Le harpon rouge (Tiger shark, Howard Hawks, 1932)

Un pêcheur épouse la jeune maîtresse d’un de ses hommes, décédé en mer.

Mineur. Howard Hawks n’est pas aussi à l’aise avec le pittoresque populiste qu’un Raoul Walsh ou un John Ford, Zita Johann n’est pas à la hauteur de Marlene Dietrich qui reprendra son rôle dans le bon remake que Walsh réalisera dix ans plus tard et la composition de Edward G.Robinson en immigré portugais est caricaturale (il sera bien plus convaincant, débarrassé de son accent de pacotille, dans le remake). Toutefois, les séquences documentaires sur la pêche -réalisées par le fidèle Arthur Rosson- insufflent une certaine vérité à l’intrigue.

Embrasse-la pour moi (Stanley Donen, Kiss them for me, 1957)

En 1944 à San Francisco, quatre pilotes bien déterminés à faire la fête pendant leurs quatre jours de permission se voient soumis à des obligations de propagande par des magnats de l’industrie…

L’élégance virtuose de Stanley Donen fait merveille dans cette comédie où, régulièrement, des notations amères matérialisent le retour du refoulé guerrier et viennent altérer l’élan vitaliste d’une mise en scène loufoque et colorée qui utilise parfaitement le CinémaScope pour filmer les fêtes en chambre d’hôtel. Derrière le pittoresque joyeux, Kiss them for me s’avère donc un film d’une grande justesse quant à l’état d’esprit du soldat en permission ou l’exploitation des héros par les capitalistes (là-dessus, il est infiniment plus léger mais non moins percutant que Mémoires de nos pères). Le dénouement, fondamentalement militariste, est sans doute une concession à l’US Air Force qui a prêté son concours à la production et jure un peu avec le reste.

Ville sans loi (Barbary coast, Howard Hawks, 1935)

Pendant la ruée vers l’or à San Francisco, la fiancée d’un homme qui s’est fait tuer avant qu’elle n’arrive s’établit avec le tout-puissant patron du tripot.

L’atmosphère brutale et pittoresque des villes sauvages de l’Ouest lointain est bien restituée grâce à une belle galerie de seconds rôles ainsi qu’à la photo nocturne et évocatrice de Ray June. La première partie du récit donne l’impression que le film a vingt ans d’avance tant elle compile d’archétypes du western: l’aventurière, le journaliste menacé par un Liberty Valance, la corruption du juge, la difficulté d’instaurer le law and order…avec une maturité et un refus du sentimentalisme typiques de Hecht et Hawks.

Malheureusement, à partir du moment où arrive le personnage du poète joué par Joel McCrea, Barbary Coast dévie vers un triangle amoureux de l’espèce la plus vulgaire. Les conflits moraux qui agitaient l’héroïne sont réduits de la façon la plus conventionnelle qui soit: elle doit choisir entre un amoureux gentil et un amoureux méchant (et riche). La caricature de chaque protagoniste, la mièvrerie de l’écriture et le jeu excessif de Miriam Hopkins (peu hawksien) desservent alors le film malgré quelques éclats de la mise en scène (l’exécution de l’homme de main) et une fin qui rehausse un peu le ton (Edward G.Robinson est toujours impeccable).

 

Frisco Jenny (William Wellman, 1932)

A San Francisco au début du siècle dernier, la vie d’une tenancière de maison close accointée avec les politiciens.

Encore un « petit » (de par une longueur inférieure à 75 minutes) film romanesque et percutant de la part de William Wellman. L’hypocrisie sociale est fustigée sans ambages, un gouffre béant d’incertitude morale est substitué au traditionnel manichéisme hollywoodien tandis que le jusqu’au boutisme mélodramatique de la narration aboutit à des paroxysmes franchement sublimes. Vivifiant.

Allo…brigade spéciale (Experiment in terror, Blake Edwards, 1962)

A San Francisco, une jeune femme menacée par un tueur asthmatique appelle la police.

Les personnages principaux, que ce soit celui de Lee Remick ou celui de Glenn Ford, n’ont aucune consistance, ils sont complètement asservis à une intrigue mal ficelée. Il manque un point de vue pour raconter l’histoire qui s’éparpille. Un personnage secondaire comme la maman chinoise introduit un peu d’humanité mais sur trois scènes dans lesquelles elle apparaît, deux sont redondantes. Bref, le scénario est vraiment mal fichu et les 122 minutes du métrages contiennent des longueurs rebutantes.

Néanmoins, Blake Edwards s’est livré à un exercice qui ne manque pas de style. Plusieurs séquences sont en effet l’occasion pour le metteur en scène de briller. De l’ouverture parfaite à la fin qui anticipe L’inspecteur Harry, nombreuses sont les séquences qui retiennent l’attention du spectateur rendue éparse par le script en bois. Tout ce qui a trait au travail de la police inspire particulièrement le cinéaste. Ecoutes téléphoniques, filatures et hélicoptères dernier cri semblent littéralement fasciner l’auteur de La panthère rose. La musique de Mancini et la photographie de Philip Lathrop, toutes deux remarquables, contribuent grandement à la réussite des morceaux de bravoure. Bref, Experiment in terror est une demi-réussite.