Pêcheur d’Islande (Jacques de Baroncelli, 1924)

A Paimpol, une jeune fille est amoureuse d’un marin qui part tous les ans pêcher en Islande.

Des images soignées, d’un dépouillement typiquement baroncellien, et des stock-shots documentaires sur la pêche retiennent l’oeil mais il est regrettable -quoique compréhensible compte tenu du succès de Pêcheur d’Islande en son temps- que les adaptateurs aient aussi servilement respecté le piètre roman de Loti, avec ses digressions inutiles et son intrigue languissante.

Les misérables (Henri Fescourt, 1925)

Jean Valjean, ancien forçat se repend en recueillant Cosette…

Illustration du roman de Hugo pas franchement nulle mais fort ennuyante de par son académisme. Sur les 6 heures 20 de projection, il y a bien deux ou trois scènes réussies (l’image saisissante de Waterloo, la fuite dans les égouts) mais les adaptateurs n’ont eu aucune intelligence de la narration cinématographique et du rythme qu’elle impose. Les quatre épisodes n’ont guère d’unité dramatique et, très souvent, les images redondent entre elles. Exemple: il se passe cinquante minutes avant que Jean Valjean ne quitte la maison de l’évêque avec les chandeliers. Ce qui, dans les autres adaptations, constitue une exposition traitée en un quart d’heure est ici d’une lourdeur atroce du fait que la situation de Jean Valjean rejeté par les aubergistes est délayée à coups de scènes parfaitement répétitives. Quant à la mise en scène, si elle dispose de moyens importants, elle n’est guère plus imaginative et variée que l’écriture.

Nène (Jacques de Baroncelli, 1923)

Une employée de ferme qui adore les enfants de son patron veuf s’échine pour son frère devenu manchot et amoureux d’une harpie.

Jacques de Baroncelli a été accusé d’affadir le roman de Ernest Pérochon (prix Goncourt 1920) par des concessions commerciales. En témoigne notamment une lettre citée par Bardèche et Brasillach dans leur Histoire du cinéma, lettre adressée à l’écrivain par le réalisateur où celui-ci défend candidement l’idée qu’un happy-end est préférable à la fin originelle car « le public n’aime pas les noyées ». Aujourd’hui, c’est pourtant l’impression inverse qui naît chez le spectateur ne connaissant pas le livre. L’histoire est un tel galimatias mélodramatique que l’on est agréablement étonné de la tenue générale de l’oeuvre.

Le dépouillement -clairement prémédité- des cadrages, les scènes montrant les ouvriers agricoles au travail, les décors naturels et la sobriété de la direction d’acteurs (à quelques passages près) insufflent une certaine dignité à ce qui, fondamentalement, demeure un mélo de la plus basse extraction. Le scénario aurait d’ailleurs gagné à être dégraissé des intrigues secondaires: se concentrer uniquement sur l’itinéraire de Nène aurait peut-être évité coïncidences et autres facilités narratives. Le trait est également épais, qui souligne par des cartons chaque révélation de peur, sans doute, de perdre « le public ».

Pourtant, Nène ne manque pas de qualités. Les paysages sont joliment filmés et, parfois, Jacques de Baroncelli inscrit dans ces paysages le présent du drame entrain de se jouer; la valeur de ces paysages n’est alors plus uniquement décorative mais a une fonction aussi essentielle que dans les westerns d’Anthony Mann. Je songe par exemple au plus beau plan du film, celui de la séparation du frère et de la soeur, plan qui justifie à lui-seul la vision de Nène. De plus, la gracile Sandra Milowanoff joue très bien les victimes de mélo tandis que le physique de Edmond Van Daële préfigure étonnamment celui de Jean Gabin.