Trois jours et une vie (Nicolas Boukhrief, 2019)

Dans un village des Ardennes, en 1999, une battue est organisée pour retrouver un enfant de six ans. La tempête met fin à ces recherches mais l’affaire resurgit quinze ans plus tard parce que des travaux ont lieu dans la forêt.

Un film noir à la Française dans la lignée de Panique, Non coupable ou Le boucher. Adapté de Pierre Lemaître, le récit, qui juxtapose plusieurs temporalités, est particulièrement prenant. La caméra de Nicolas Boukhrief, toujours très dynamique et fluide, parvient à donner une grande présence à la communauté villageoise et à l’inquiétante forêt mais aussi à insuffler une profondeur aux personnages avec des trouvailles purement visuelles. Malgré quelques fausses notes de Charles Berling, les acteurs, surtout l’enfant Jérémy Senez et l’immigré Arben Bajraktaraj qui sont fascinants et étranges chacun à leur manière, sont impeccables.

La limite d’un tel film est que la machine narrative s’en avère à la fois le prétexte et la finalité, aux contraires des chefs d’oeuvre de Clouzot ou Chabrol qui véhiculaient, puissamment, une vision du monde. Pour boucler et relancer cette machine, la vérité psychologique est quelques fois sacrifiée, surtout dans la dernière partie avec les interventions invraisemblables du docteur joué par Philippe Torreton. Nonbobstant, Nicolas Boukhrief ranime ici, avec une maîtrise qui fait de lui un des meilleurs metteurs en scène actuels, une attachante tradition du cinéma français.

Peaux de vaches (Patricia Mazuy, 1989)

Après 15 ans de prison pour avoir brûlé la ferme familiale, un homme revient au pays…

Dans ce premier long-métrage réalisé par Patricia Mazuy, on décèle déjà son ambition d’inscrire un sujet mythologique dans un cadre naturaliste. Il y a une beauté noble et grave dans les rapports entre les deux frères. Toutefois, le récit eût gagné à être plus approfondi (ou le film à être raccourci). C’est par des effets de manche grossiers que la cinéaste tente de compenser cette faiblesse de l’écriture. Pour surligner le côté « primitif et sauvage », elle filme complaisamment ses personnages se rouler dans la boue, ce qui d’ailleurs exprime une vision assez basse de nos agriculteurs. Régulièrement, elle tente d’ajouter de la tension et du mystère avec des scènes de jeu absurde comme celle où le frère s’amuse à mettre la gamine dans le four mais ces bizarreries ne débouchent sur rien et apparaissent donc artificielles. Peaux de vaches est également un des plus dignes représentants d’une tendance majeure du cinéma d’auteur français contemporain: la tendance inaudible. Comme si s’exprimer par borborygmes et marmonnements était une condition sine qua non à la paysan’s credibility…En bouseux tourmenté par le remord, Jacques Spiesser en fait parfois trop mais Jean-François Stévenin et Sandrine Bonnaire sont bien.