Bandits à Orgosolo (Vittorio de Seta , 1961)

En Sardaigne, un berger injustement impliqué dans un vol s’enfuit avec son frère et ses moutons dans les montagnes…

L’oeil documentaire de Vittorio de Seta restitue bien l’âpre beauté de la Sardaigne profonde et n’empêche pas l’instauration via le montage d’une certaine tension dramatique qui, couplée à l’enracinement d’une intrigue quasi-mythologique, contribue à auréoler ce film néo-réaliste d’une belle dimension westernienne. Les différents gestes menant tragiquement le berger au banditisme sont restitués avec justesse mais son itinéraire singulier est assez décorrélé des dures conditions de vie des autres éleveurs sardes: le contexte de crise économique évoqué reste flou. Cela limite la portée d’une oeuvre qui n’en demeure pas moins joliment réussie.

Question d’honneur (Luigi Zampa, 1965)

En Sardaigne, pour des questions d’honneur, un journalier est forcé d’épouser une détenue récemment libérée…

Se moquer des ploucs du Sud fut une grande spécialité des auteurs de la comédie italienne. C’est ici la matière de plusieurs scènes marrantes (le concours de coups de boules!) mais, fort heureusement, Luigi Zampa ne se contente pas de ricaner d’un peuple aux moeurs archaïques. Son regard est nettement plus subtil que celui de Pietro Germi dans Séduite et abandonnée par exemple. Rapidement, le récit se complexifie et ses enjeux évoluent. Plusieurs virages à 180°, toujours justifiés par la logique profonde des personnages et des évènements, lui donnent une profondeur romanesque et la tragédie contamine peu à peu la comédie avec un naturel qui n’exclut jamais le sens de la bouffonnerie. Génie italien. La beauté de Nicoletta Machiavelli fait qu’on croit sans peine à l’amour qui anime l’attachant personnage de Ugo Tognazzi. C’est en prenant son temps et en soignant les enchaînements de la narration que le cinéaste rend perceptible le glissement de son brave héros, écartelé par des codes sociaux absurdes, dans la folie. Seul le discours final venant expliciter le propos du film -péché mignon de Zampa- altère la force implacable de ce quasi chef d’oeuvre.