L’invasion des profanateurs de sépulture (Philip Kaufman, 1978)

Des particules venues de l’Espace prennent la forme des gens…

Remake creux et plein d’esbroufe formelle qui n’a pas la classe stylistique de l’autre remake, signé Abel Ferrara.

 

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Strange days (Kathryn Bigelow, 1995)

A Los Angeles au moment du passage à l’an 2000, un trafiquant de shoots de réalité virtuelle se retrouve embarqué dans une histoire de meurtres.

La résolution de l’intrigue policière est artificielle et l’unité du récit en pâtit mais la séduction punk de la direction artistique, l’inventivité spectaculaire des scènes d’action, le sex-appeal de Juliette Lewis, la fullerienne beauté de l’histoire d’amour et l’ampleur démiurgique de la mise en scène font de Strange days une oeuvre époustouflante.

Même si, évidemment, l’an 2000 ne fut pas identique à celui imaginé par James Cameron et Kathryn Bigelow, force est de constater que ces shoots de réalité virtuelle, et notamment les implications qu’ils entraînent sur la mémoire et le désir, préfigurent avec une étonnante acuité notre monde hyper-connecté.

Kathryn Bigelow était d’autant plus grande qu’elle ne se prenait pas au sérieux. Sa virtuosité, patente aussi bien dans les très complexes plans-séquences en vue subjective que dans celui, hyper-grisant, de la foule réveillonnante vue du ciel, est ici totale.

La cité foudroyée (Luitz-Morat, 1924)

Un scientifique amoureux d’une cousine ruinée et boudé par l’Académie menace de détruire Paris grâce à son invention.

Le drame mondain qui entame le récit est sans intérêt et typique du cinéma français de l’époque mais la partie « catastrophe » est suffisamment inventive pour rester impressionnante à l’heure des films de Roland Emmerich. De plus, Luitz-Morat est doué d’une véritable sensibilité plastique. Sa  façon de filmer les arbres, les clairières et la lumière du jour préfigure Mizoguchi. Enfin, la jolie pirouette finale dote le film d’un niveau de lecture supplémentaire. Bref, c’est bien.

The bay (Barry Levinson, 2011)

Le jour de la fête nationale, une petite ville de la baie du Maryland est ravagée par une infection bactériologique.

Une excellente surprise qui montre que les vertus traditionnellement attribuées au meilleur de la série B -concision, vivacité, inventivité formelle, franchise de la critique politique- ne sont pas encore mortes! On avait initialement proposé au vétéran Barry Levinson de réaliser un documentaire sur les conséquences néfastes de la pollution dans la Chesapeake Bay. Il a jugé qu’un film d’horreur intégrant un maximum de détails réalistes serait plus à même d’alerter le spectateur. D’où l’idée formelle à la base du projet: faire croire que The bay est un montage créé par l’héroïne du film pour alerter les internautes du scandale étouffé par les autorités. Ce montage aurait été réalisé à partir de sources diverses et variées: reportages, téléphones portables, caméras de surveillance, conversations webcam, images médicales…Techniquement, seule la qualité de la prise de son contrecarre ce postulat du « pris sur le vif » et les situations canoniques du film d’horreur (on pense aux Dents de la mer, à Alien) voient leur crédibilité renouvelée. L’ancrage dans la réalité est ainsi tellement probant qu’on n’a qu’une envie après la projection: taper « isopode » dans Google.

Mais ce n’est pas tout! Si, au-delà de sa fraîcheur formelle, The bay s’avère aussi percutant et aussi effrayant, c’est que Barry Levinson y fait montre de tout son talent de petit maître ayant vite assimilé les secrets du genre. Le récit, avec son unité de lieu, son unité de temps et sa multitudes d’actions est conduit avec une belle rigueur et 80 minutes suffisent à son déroulement. De plus, la mise en scène est particulièrement soignée et intelligente. On sent que, à l’opposé de la tendance contemporaine à la surenchère visuelle et au découpage fait par des robots, notre vieux routier du cinéma s’est, pour chaque séquence, posé les questions de base en vue de produire un maximum d’effets sur son spectateur: qu’est-ce qu’il faut montrer et qu’est-ce qu’il ne faut pas montrer? A quelle distance poser la caméra? Et les résultats sont là: les passages horrifiques surprennent le spectateur blasé et n’ont rien à envier aux clous des films de Jacques Tourneur ou de John Carpenter.

Bref, The bay est un digne descendant de Silver Lode, cette autre série B politique où un vétéran du cinéma américain filmait, en 1954, les festivités du Jour de l’Indépendance tourner au vinaigre.

 

Abattoir 5 (George Roy Hill, 1972)

Un ancien G.I de la seconde guerre mondiale a la faculté de revivre les différentes étapes de sa vie.

Un film tout à fait étonnant. Passé les premières réactions agacées devant l’éparpillement de la chronologie -coquetterie typique de l’époque-, on se rend compte qu’un tel dispositif n’a ici rien d’arbitraire, qu’il n’empêche pas la continuité dramatique (le montage s’assimile rapidement à un montage alterné quasi-griffithien) et qu’il donne toute sa dimension à une méditation sur la vie humaine certes un peu confuse mais nimbée d’un mélange de tendresse et d’ironie (voir la mise en scène de la mort de l’épouse) aussi subtil qu’attachant. Ce doux et étrange détachement fait finalement de Abattoir 5 une des plus pures expressions de la mélancolie produites par Hollywood (aux côtés par exemple de L’aventure de Mme Muir). La musique de Glenn Gould qui contient plusieurs morceaux de Bach, le kitsch assumé et charmant des passages dans l’Espace et des acteurs inconnus mais épatants (il est dommage pour le cinéma américain que Michaels Sacks ait abandonné l’art dramatique pour devenir trader à Wall Street) en sont les qualités les plus distinctes. Par ailleurs, les scènes de guerre à l’intérieur du film de science-fiction sont l’occasion pour George Roy Hill de porter un regard neuf et évocateur sur la seconde guerre mondiale (sans doute le conflit le plus vu au cinéma): voir la scène où un officier de la Wehrmacht ordonne à des prisonniers de guerre américains d’incinérer les Allemands tués dans les bombardements de Dresde.

Most dangerous man alive (Allan Dwan, 1961)

Injustement condamné à mort, un homme s’évade. Pendant sa cavale, il traverse un désert où ont lieu des essais nucléaires. Son corps acquiert alors la dureté de l’acier…

Le dernier film du prolifique Allan Dwan est particulièrement sombre. Après avoir aligné les chefs d’œuvre édéniques et somptueux, le vétéran -toujours associé à Benedict Bogeaus- entreprend de raconter l’histoire d’un homme tiraillé entre un nihilisme vengeur et l’amour d’une femme qui le pousse à tout faire pour reconquérir son humanité. Le cinéaste y met le même génie fait de condensation et de simplicité frontale mais, à la luxuriance visuelle de Cattle queen of Montana, Passion et autres River’s edge s’oppose désormais la sécheresse monochrome de saisissants tableaux de désolation. Quelles qu’en aient été les éventuelles raisons économiques, il n‘y a qu’à voir la terrible fin où les militaires américains éradiquent l’importun au lance-flamme pour se rendre compte que le retour au noir et blanc de la part de Dwan est, esthétiquement parlant, amplement justifié. Génie d’une certaine série B américaine où contraintes de production et qualités de mise en scène ne sauraient être distinguées. Face à une telle ampleur désespérée dans le constat de l’impossibilité du retour parmi les hommes, Terminator II peut aller se rhabiller. Ron Randell, acteur australien qui n’a pas eu la carrière qu’il méritait au cinéma, excelle dans le rôle-titre tandis que Debra Paget est sublime en garce fragile prête à toutes les séductions pour sauver sa vie. Most dangerous man alive est ainsi un des très rares chefs d’oeuvre du cinéma américain classique de science-fiction.