Je retourne chez maman (The marrying kind, George Cukor, 1951)

Devant la juge de divorce, deux époux retracent l’histoire de leur couple.

La comédie de remariage a ici gagné en précision sociologique ce qu’elle a perdu en loufoquerie. La vision d’un chimérique rêve américain qui broie le couple est aussi amère -mais moins féroce donc moins réjouissante- que les satires d’un Dino Risi contre la société de consommation italienne dans les années 60. Le film est peu drôle, aigre et touchant de par la finesse implacable qu’il déploie pour représenter l’évolution de l’amour face aux problèmes matériels et aux ambitions avortées. Un bémol toutefois: l’inopportune introduction dans le scénario d’un événement à la gravité hors de proportion avec le reste dont les résonances conjugales et métaphysiques auraient nécessité un Henry King pour être dignement traitées mais que George Cukor se contente d’expédier comme une péripétie simplement plus larmoyante que les autres. A noter que, contrastant avec un style globalement sans éclat, le jeu sur les deux voix-off commentant un même flash-back propulse le récit avec une originalité dont Martin Scorsese a du se souvenir lorsqu’il a réalisé Les affranchis, quarante ans plus tard.

Madame et son cowboy (The cowboy and the lady, H.C. Potter, 1938)

La fille d’un ambitieux politicien conservateur tombe amoureuse d’un cow-boy.

Le script est faiblard mais la présence écrasante de Gary Cooper et la profondeur de son interprétation à la fois sobre et inventive (quand il prend sa mère dans ses bras, quand il mime ses futurs gestes conjugaux…) donnent du poids à l’historiette de convention. Le charme asiatisant de Merle Oberon et le lustre de la facture Goldwyn (la photo est en quelque sorte banalement superbe) achèvent de rendre cette screwball comedy mineure assez agréable à regarder. Il y a même un plan très beau, presque fordien: celui où la mère rejoint son fils affligé près de l’arbre.

Les enfants de la chance/Laissez faire les femmes! (Paul Martin, 1937)

A New-York, un reporter se marie avec une vagabonde pour lui éviter la prison…

Si, en dépit de la relative habileté de son réalisateur, cet ersatz allemand de comédie américaine ne dispense pas le même plaisir que ses modèles, c’est d’abord à cause de ses acteurs. La jolie mais éteinte Lilian Harvey est à mille lieux de l’abattage d’une Jean Arthur ou d’une Katharine Hepburn, Willy Fritsh n’est en rien comparable à un Cary Grant et les seconds rôles ne sont pas plus que « sympathiques ». Par ailleurs, le rythme, si essentiel dans les screwball comedies, pèche par endroits. L’exposition et la séquence du tribunal qui s’ensuit, très molle, semblent durer des plombes. Enfin, tandis que Leo McCarey et Tay Garnett savaient pousser leurs séquences jusqu’à des paroxysmes délirants à force d’inventions comiques, la fantaisie demeure ici timide et velléitaire. D’où que cette histoire de mariage éclair et d’héritière enlevée, malgré ses rocambolesques rebondissements, laisse une impression de tiédeur.

Divorcé malgré lui (Eternally yours, Tay Garnett, 1939)

Parce que celui-ci refuse de s’installer, l’épouse d’un prestidigitateur quitte son mari pour un bourgeois.

Comédie de remariage assez agréable mais conventionnelle et un peu fade. Parti avec l’intention d’adapter une pièce de Sacha Guitry, L’illusioniste, le producteur Walter Wanger a, pour se conformer aux exigences du code Hays, considérablement affadi sa sauce. Comparé à d’autres screwball comedies, Divorcé malgré lui manque de détails piquants et d’allusions grivoises. Le film semble constamment sur des rails. Heureusement, il file rapidement (la narration comporte de surprenantes ellipses).

Monsieur Dodd part à Hollywood (Stand-In, Tay Garnett, 1937)

Le vice-président d’un trust de la côte Est part à Hollywood pour auditer un studio de cinéma qui appartient au groupe.

Le vice-président obsédé par les chiffres jusqu’à l’autisme est excessivement caricatural et nuit à la vraisemblance de la comédie. D’une façon générale, le trait est épais. L’inévitable romance est téléphonée et le message social-démocrate de la fin trop naïvement asséné pour être honnête. Heureusement, le film abonde en personnages secondaires loufoques, en trouvailles visuelles et en répliques vachardes. La satire du milieu du cinéma vise large et fait souvent mouche. Sans être un fleuron de la comédie américaine des années 30, Stand-in est donc un film qui demeure amusant. C’est le genre de spectacle dont à la sortie de la salle, on cite plusieurs scènes en riant.

Train de luxe (Twentieth century, Howard Hawks, 1934)

Un célèbre dramaturge tente de reconquérir une actrice qu’il a lancée et qui l’a quitté…

Avec New-York Miami sorti environ trois mois avant par le même studio (la Columbia), Train de luxe peut être considéré comme l’embryon de la « screwball comedy ». On y perçoit comment les auteurs hollywoodiens se sont peu à peu extraits de la gangue du théâtre filmé pour inventer le genre le plus florissant des années 30. Ici, des seconds rôles farfelus, un rythme impeccable et des vannes cyniques vivifient un vaudeville franchement banal.

En revanche, il n’y a pas encore la richesse d’invention dans le détail qui fera le sel des chefs d’oeuvre du genre tel Cette sacrée vérité ou L’amour en première page. Par ailleurs, John Barrymore et Carole Lombard cabotinent à qui mieux mieux. Larges mouvements de bras, grimaces, diction excessive…leur interprétation reste très théâtrale. Le fanatique de Hawks aura beau jeu de rétorquer qu’ils jouent des personnages de comédiens en perpétuelle représentation. Ils n’en sont pas moins fatigants à la longue.

Bref, Train de luxe est une bonne comédie qui a un peu vieilli mais qui a contribué à ouvrir la voie aux classiques ultérieurs. De plus, Howard Hawks y a révélé Carole Lombard.