L’institutrice de village (Marc Donskoï, 1947)

De 1910 à la Seconde guerre mondiale, la vie d’une institutrice partie enseigner en Sibérie.

Les savants clair-obscurs de Ouroussevski et les quelques incursions de poésie cosmique, typiques de Donskoï, ne suffisent pas à vivifier le déroulement programmatique de ce pur produit de la propagande stalinienne.

Le quarante-et-unième (Grigori Tchoukhraï, 1956)

Leur bateau s’étant échoué sur une île déserte, une révolutionnaire bolchevik chargée d’amener un blanc au comité central tombe amoureuse de son prisonnier.

Cette nouvelle adaptation de la nouvelle de Lavrenec convainc moins que le film de Protozanov parce que le schématisme est moins acceptable dans un film parlant que dans un film muet. Et en trente ans, le cinéma soviétique n’a guère gagné en finesse: le film de Tchoukraï est plus lourd et moins concis (la durée a presque doublé) que celui de Protzanov et Izolda Izvitskaya est moins jolie que Ada Voïtsik. Les images en Sovietcolor sont assez belles sans être les plus impressionnantes qu’ait capturées le grand Sergueï Ouroussevski.

La lettre inachevée (Mikhaïl Kalatozov, 1959)

Une expédition de jeunes géologues soviétiques (trois hommes et une femme) cherchant des diamants en Sibérie tourne au drame.

On retrouve dans La lettre inachevée l’éblouissante virtuosité de Quand passent les cigognes, le film précédemment réalisé par Kalatozov. C’est toujours l’immense Ouroussevski qui fait office de chef opérateur.

Le film peut se décomposer en deux parties distinctes. Dans la première, les auteurs  s’intéressent aux quatre personnages. Trois hommes, une femme, la taïga, les diamants…Les sentiments parfois non-dits sont exprimés avec légèreté et justesse. A ce moment, la virtuosité du cinéaste toute entière focalisée sur les personnages crée une sensation de liberté. La caméra virevolte autour d’eux -ce qui permet de suivre suivre leurs déplacements sans découper les séquences- elle achève souvent sa course par de magnifiques gros plans sur les visages. La jeunesse des comédiens ajoute à l’impression de fraîcheur. La ravissante Tatiana Samoilova est de retour. Certes, son pantalon la grossit plus que de raison (elle n’allait pas se promener en Sibérie en minishort) mais c’est un plaisir que de retrouver le petit écureuil de Quand passent les cigognes. Ce parti-pris réaliste n’empêche pas un souffle lyrique discret mais permanent. Je pense à cette discussion où le premier plan de l’image est composé de hautes herbes. C’est simple mais sublime. Kalatozov et Ouroussevski  n’ont pas encore sorti l’artillerie lourde mais visuellement, c’est déja une tuerie.

C’est dans la seconde partie que la démesure soviétique s’exprime pleinement. Oh, pas de propagande, pas de lutte des classes et même une fin à l’opposé de tout triomphalisme. Mais des personnages cheveux au vent filmés en contreplongée sur fond de ciel menaçant avec la musique grave qui va bien. Cette seconde partie est nettement plus dramatique que la première puisqu’elle fait suite à une catastrophe naturelle. Seul compte alors le combat entre les aventuriers et la nature hostile. C’est la Nature éternelle, violente, horrible, tellement plus forte que les dérisoires humains, qui est l’objet du déploiement de l’armada technique de Kalatozov. Des travellings absolument gigantesques, des morceaux de bravoure d’une ampleur exceptionnelle (la course à travers la taïga enflammée), la lumière boréale…font de cette seconde partie un somptueux poème visuel.  Kalatozov retrouve alors la beauté primitive d’un certain cinéma muet. Celui de Gance, Griffith, Murnau. Un cinéma dont les données (l’homme, l’amour, la nature) étaient simples mais sublimées par des créateurs doués d’une inextinguible inventivité plastique.

On regrettera simplement que le revirement de l’histoire étouffe dans l’oeuf les pistes narratives joliment esquissées dans la première partie, celles qui concernaient les relations entres les personnages. Quand passent les cigognes avait le mérite d’être plus équilibré, plus achevé. C’est le mérite du classique. La lettre inachevée est une oeuvre grandiose et superficielle.