Sur le territoire des Comanches (George Sherman, 1950)

Jim Bowie fait en sorte que les colons frontaliers respectent le traité de paix avec les Comanches, dont le territoire contient des mines d’argent.

Il ne faut pas se fier aux apparences: même si les Indiens ont un beau rôle et que les méchants sont blancs, le fait est que ce film prône l’exploitation des ressources en territoire indien par les Blancs. Pourvu que cette exploitation se fasse dans les termes fixés par le gouvernement américain. Cette petite hypocrisie n’est pas très grave en soi mais révélatrice de l’audace des auteurs: très limitée. De Comanche Territory, il ne faut pas attendre plus que ce qu’avaient à offrir des oeuvrettes de série B comme chaque studio en réalisait des dizaines chaque année. Sa petite originalité est qu’il commence comme une screwball comedy avec Maureen O’Hara qui en fait des tonnes en irascible pionnière. Il s’achève cependant de la façon la plus conventionnelle qui soit. Le rythme soutenu de la narration et la vision, toujours plaisante, de Monument Valley en Technicolor empêchent le spectateur de s’endormir devant ce western routinier au possible.

Club Havana (Edgar G.Ulmer, 1945)

Une soirée au club Havana: des couples se font et se défont tandis qu’un meurtrier a été repéré dans la salle par un témoin du crime.

Imaginez un film choral façon Robert Altman (ou Yves Mirande) sans star, sans misanthropie, sans prétention, sans budget mais avec beaucoup de talent. En 61 minutes chrono, le cinéaste fait vivre une petite dizaine de personnages. Bien sûr, l’artifice du fabricant de spectacle qui prend soin de mêler humour, sentiments et intrigue policière est prégnant mais la mise en scène d’Ulmer lie tout ça avec une aisance et un naturel qui laissent pantois. Voir ses mouvements d’appareil qui n’ont rien à envier à ceux de Scorsese quand il filme le restaurant dans Les affranchis. De fait: Club Havana est un film tour à tour drôle, cruel et musical.

Murder is my beat (Edgar G.Ulmer, 1955)

Un flic modèle s’entiche d’une femme condamnée pour meurtre.

Murder is my beat aurait pu être un chouette film noir de seconde zone si moins de libertés n’avaient été prises par le scénario avec le réalisme le plus élémentaire et si Barbara Patyon avait été plus belle (donc plus convaincante en tant que femme fatale).

Bandits de grand chemin (Black Bart, George Sherman, 1948)

Un braqueur de diligences se sépare de son compère et commet ses forfaits masqué.

Western conventionnel et convenu sans grand intérêt. Les motivations du personnage principal, bandit mais gentil, restent floues. Sa romance, sous deux identités différentes, avec la danseuse Lola Montès enlève toute espèce d’embryon de crédibilité à cette médiocre série B.

Joe Dakota (Richard Bartlett, 1957)

Un étranger découvre un lourd secret dans une petite ville dont les habitants comptaient s’enrichir grâce à un puits de pétrole.

En quelque sorte, Joe Dakota est à Un homme est passé ce que Quatre étrange cavaliers est au Train sifflera trois fois. A savoir une version plus modeste, plus légère, plus dégraissée, plus directe, bref plus série B que le prestigieux, poussiéreux et ennuyeux film dont il s’inspire. Joe Dakota est un western original parce que son héros ne la ramène pas beaucoup. Pendant les 80 minutes que dure le film, il ne tire aucun coup de feu. Après s’être fait jeté dans une flaque de pétrole par deux malotrus, il ne va pas leur casser la figure, tel un John Wayne de base, mais s’en va se laver à la blanchisserie, comme si de rien n’était. Il encaisse les coups et les humiliations mais s’obstine à rester alors que tout le monde veut le voir partir. Richard Bartlett, fervent chrétien et véritable auteur de films, a signé ici une parabole christique dont le sens n’est cependant jamais surligné. Son héros n’est pas un saint mais un être de chair et de sang, ancien officier qui plus est.

La mise en scène est simple et discrète sans être impersonnelle. Richard Bartlett aplanit les tensions du scénario, aidé en cela par le jeu très intériorisé de l’excellent Jock Mahoney. Sans verser dans la pantalonnade façon George Marshall, son film est non dénué d’humour. Cette légèreté de touche permet à l’auteur de maintenir un certain mystère autour de son récit. Avant un dénouement certes conventionnel et éhontément simplificateur, les camps ne sont pas clairement délimités avec le gentil qui serait d’un côté et le méchant qui serait de l’autre. Enfin, le charme de la délicieuse et trop rare Luana Patten (Arlene Dahl en plus innocente) achève de faire de ce western joliment humaniste un film plein d’intérêt.

Le voyageur du temps (Beyond the time barrier, Edgar G.Ulmer, 1960)


Alors qu’il essaye un nouvel avion, un pilote de chasse américain se retrouve dans un futur dévasté.

L’indigence de cette série Z n’empêche pas un singulier travail sur les décors dessinés par Ulmer lui-même. Si le film n’est pas des plus passionnants, on notera qu’il n’est pas complètement nul non plus. Son intrigue n’est pas simpliste et il fallait oser réaliser un film ouvertement anti-nucléaire en 1960, c’est à dire au plus fort de l’équilibre de la terreur. Avec trois bouts de ficelle, le cinéaste arrive à exprimer une certaine désolation quant au devenir de l’humanité.

La ville de la vengeance (The restless breed, Allan Dwan, 1956)

Pour venger son père, un homme nettoie une ville des bandits qui s’en sont accaparés.

Si ce film réalisé par Allan Dwan en parallèle à sa fructueuse collaboration avec Benedict Bogeaus ne bénéficie pas de la somptuosité formelle conférée par les géniaux artisans de la R.K.O (Van Nest Polglase, Louis Forbes et autres John Alton), il n’en reste pas moins un très bon western dans lequel le cinéaste déjoue la convention avec l’humanisme simple et sans atours qui est le sien. Ainsi, The restless breed est des très rares films américains où l’élimination des méchants par le héros n’est pas vue comme un geste complètement positif. A l’habituelle thématique de la loi et l’ordre, Dwan a greffé un itinéraire moral qui voit son héros vengeur aller vers une certaine sérénité au contact des villageois. Le fade Scott Brady n’est pas l’acteur idéal pour retranscrire cette évolution mais les digressions orchestrées par Dwan, les moments suspendus qui s’articulent autour d’enfants, de chant, de religion et, aussi, de sensualité latine, pallient cette insuffisance. Figurez-vous un scénario de Borden Chase mis en scène par Leo McCarey. Il y a un peu de ça dans cette série B nimbée d’une saveur primitive qui, elle, n’appartient qu’à Allan Dwan.

Count the hours (Don Siegel, 1953)

Un avocat se démène pour innocenter un employé de maison accusé du meurtre de ses patrons.

La rapidité de cette petite série B de la RKO (Benedict Bogeaus à la production) fait oublier les quelques invraisemblables facilités du scénario. Ce scénario contenait la matière d’une satire de la bêtise provinciale ainsi que d’une critique contre le système accusatoire américain mais Don Siegel est dans l’esprit plus proche d’un Phil Karlson que d’un Fritz Lang et il se contente d’emballer ça durement et prestement, quoique son film ne soit pas strictement dénué de petites lourdeurs (le jeu de l’accusé est quelque peu appuyé). Bon film en définitive.

La mission du capitaine Benson (7th Cavalry, Joseph H.Lewis, 1956)

Après le fiasco de Little Big Horn, un capitaine qui s’était absenté lors de la bataille se charge d’aller récupérer les corps de ses camarades, quitte à braver les Sioux…

Série B ne payant pas de mine, 7th cavalery s’avère un très bon western. Son argument dramatique est complexe et original puisque l’enjeu de l’action concerne les morts et leur mémoire. Cette expédition en territoire ennemi pour ramener des cadavres peut légitimement paraître absurde et c’est ce qui fait toute la richesse du film. Les opposants du capitaine Benson ne sont pas ridicules ou caricaturaux puisque leurs motivations sont très solides. Benson peut même apparaître névrotique car son zèle d’origine douteuse (ne s’eusse t-il pas comporté en lâche au moment de la bataille?) met en péril la vie de ses troupes. Dans la scène de l’audition, il est même présenté comme antipathique, interrompant sans cesse ses camarades officiers.

Il n’y a qu’un affrontement mais sa violence est remarquable. Il y a peu d’action mais le scénario est suffisamment bien écrit, les acteurs suffisamment bons et la mise en scène suffisamment solide pour maintenir l’attention. On appréciera encore une fois la concision du style de Joseph H. Lewis qui est peut-être (avec Boetticher?) le réalisateur hollywoodien qui avait besoin du plus petit nombre de plans pour découper une séquence. Seul défaut notable de ce 7th cavalry: le deus ex machina final qu’on voit arriver à trois kilomètres et qui ramène le film vers des conventions desquelles il était jusqu’ici assez éloigné.

Moon over Harlem (Edgar G. Ulmer, 1939)

Une jeune fille est amoureuse d’un jeune homme honni par sa mère qui est sous la coupe d’un mauvais garçon.

Aux Etats-Unis dans les années 30, certains studios de troisième zone produisaient des films destinés à des marchés « ethniques ». On faisait des films avec des Noirs pour les Noirs, des films en yiddish pour les Juifs…Au cours de son long purgatoire, Edgar G.Ulmer a tourné plusieurs de ces oeuvrettes qui étaient réalisées dans des conditions misérables. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est un film de blaxploitation mis en boîte 30 ans avant la blaxploitation.

Bouclé en quatre jours avec des bouts de super 8 en guise de pellicule qui font qu’aucun plan ne dure jamais plus de cinq secondes, il est d’une effarante pauvreté technique mais il a un intérêt historique évident en cela qu’il est un témoin cinématographique de la culture afro-américaine des années 30. On y voit d’ailleurs Sidney Bechet. Dépeignant des passions dont l’intensité est plus exacerbée que chez les Blancs, le film est plus cru et plus réaliste que ses homologues hollywoodiens (dans les scènes de bagarre notamment). Moon over Harlem est une sorte d’équivalent cinématographique (très) low-fi aux chansons de R&B des années 50.

Strange illusion (Edgar G. Ulmer, 1945)

Un jeune homme rêve que le prétendant de sa mère est l’assassin de son père, un juge.

Une histoire à dormir debout qui aurait peut-être pu donner lieu à un chouette thriller de série B si au bout d’une demi-heure, la narration n’avait pas bêtement dévié du point de vue du jeune héros vers celui du méchant, levant de ce fait tout mystère, toute ambigüité.

The devil thumbs a ride (Felix E. Feist, 1947)

Un jeune marié prend un tueur en auto-stop…

Série B adaptée d’un roman pulp que l’on peut décomposer en deux huis-clos successifs: l’intrigue commence dans une voiture et se poursuit dans une maison. Sans être renversant de maîtrise, le film se laisse regarder sans déplaisir. Cela ne se prend pas au sérieux, la noirceur du thriller est couplée a un humour sardonique bienvenu. Exemple: alors qu’un pompiste lui montre fièrement une photo de sa gamine, le tueur balance: « avec de telles oreilles, elle saura voler avant de marcher ». LOL!, comme qui dirait. Ce mixte tout à fait inhabituel pour l’époque annonce le cinéma de Tarantino, fan déclaré du film qui donnera à l’excellent Lawrence Tierney le rôle du caïd dans Reservoirs dogs.

Strangers in the night (Anthony Mann, 1944)

Un soldat rapatrié veut rendre visite à la femme avec qui il correspondait. Il tombe sur sa mère, un brin timbrée…

Le gros problème de ce thriller psychanalitico-gothique de série Z (il dure 55 minutes donc on n’a pas trop le temps de s’ennuyer) est un scénario consternant qui essaie de faire mystère d’une révélation éventée par l’ensemble des spectateurs au bout d’un quart d’heure. Plusieurs séquences d’une bêtise sans commune mesure ne dépareilleraient pas dans un sketch des Inconnus. Strangers in the night est donc ce qu’il est convenu d’appeler un nanar mais précisons qu’il est excellemment cadré par Reggie Lanning, futur chef opérateur des Alfred Hitchcock présente, et Anthony Mann qui faisait alors ses débuts de réalisateur.

Quand les tambours s’arrêteront (Apache drums, Hugo Fregonese, 1951)

Une petite ville isolée est menacée par les Apaches.

Dernier film produit par Val Lewton (La féline, Vaudou, La septième victime…), Quand les tambours s’arrêteront jouit d’un certain prestige chez les amateurs de western. Il est vrai qu’il réunit les qualités propres aux meilleures séries B: subversion des codes du genre, évidence de l’exposition, rapidité de la narration, richesse des enjeux dramatiques, efficacité de la mise en scène. Qualités dont Hollywood a malheureusement perdu le secret depuis bien longtemps, l’inflation des budgets ayant entraîné l’inflation narrative.

Par ailleurs, l’influence du génial producteur se fait sentir dans une première partie ayant plus à voir avec le film d’horreur qu’avec le western. La gradation de la menace indienne est subtile. Les auteurs s’intéressent aux effets des attaques et non aux attaques elles-mêmes. L’essentiel de l’action a donc lieu hors-champ, ce qui permet de se focaliser sur les réactions des villageois tout en stimulant l’imagination du spectateur. A ce titre, il est dommage qu’une poignée de contrechamps déplacés percent le mystère un peu trop tôt.

La seconde partie, qui voit tous les survivants retranchés dans l’église affronter des guerriers apaches sortis d’un cauchemar, brille par son inventivité plastique. Le réalisateur argentin cristallise la terreur guerrière dans de saisissants tableaux façon Goya en Technicolor mordoré.

Bref, Quand les tambours s’arrêteront ne manque ni d’originalité ni d’intérêt. Pourtant, je n’y ai pas vu un chef d’oeuvre de la série B, un film de l’acabit des classiques d’Allan Dwan ou Budd Boetticher. La faute à plusieurs conventions mal digérées par les auteurs. La réconciliation des rivaux sous le feu de l’ennemi, l’arrivée deus ex-machina de la cavalerie…jurent avec l’ensemble. Il faut dire que les acteurs de deuxième ordre n’aident pas à incarner ces clichés.

Ainsi, sans prétendre au statut de chef d’oeuvre, Quand les tambours s’arrêteront est un très bon film.

Texte plus développé sur Inisfree

Decoy (Jack Bernhard, 1946)

Une garce séduit le médecin légiste du pénitencier pour qu’il trafique l’exécution de son amant condamné à mort qui seul connaît l’emplacement de son magot…

…Et ceci n’est qu’un aspect de l’histoire ahurissante racontée par Decoy, série Z de la Monogram dont l’intérêt se limite à l’immoralité absolue de son héroïne. En dehors de quelques idées qui brillent par leur mauvais goût (le plan subjectif depuis la chambre à gaz pendant l’exécution), la mise en scène est d’une ennuyeuse platitude. Il n’y a pas un millième de la poésie de Détour, autre film noir fauché. Dommage.

Contrechamp ici

L’homme qui rétrécit (Jack Arnold, 1957)

Le titre est un parfait résumé du film.

Et pourtant celui-ci ne cesse de surprendre. C’est que l’idée de base, loin de stériliser l’inventivité des auteurs, entraîne les idées de mise en scène. L’environnement du héros est le moteur de la narration. Un canapé, une paire de ciseaux, une araignée, une maison de poupée…sont autant d’éléments concrets générateurs de péripéties et qui font de L’homme qui rétrécit un formidable film d’aventures. Une buanderie devient un territoire aussi riche de possibles que l’Amazonie. D’une façon élémentaire donc implacable, L’homme qui rétrécit montre que l’homme possède en lui les ressources intellectuelles et morales lui permettant de maîtriser n’importe quel environnement hostile. On appréciera également la fin -aussi logique qu’inattendue- qui donne une portée cosmique à ce poème humaniste. L’homme qui rétrécit est véritablement une quintessence de la « série B » américaine.

Sunny side of the street (Richard Quine, 1951)

Comme il voit et entend plein de vedettes dans ses émissions, un type qui travaille à la télévision veut devenir chanteur.

Western, polar ou fantastique sont les premiers genres qui viennent à l’esprit lorsqu’on évoque la série B américaine. Pourtant, celle-ci ne concernait pas que les films d’action. Une partie de la production des comédies musicales de l’âge d’or était également consacrée à des budgets réduits. Ainsi de ce produit de la Columbia qui est également une des premières réalisations de Richard Quine. C’est en couleurs mais l’intrigue et la mise en scène sont franchement indigentes. Sunny side of the street est du niveau des films de rock&roll qui sortiront d’Hollywood quelques années plus tard. Reste quelques standards interprétés par Frankie Laine qui est la vedette du film. A réserver aux fans du bonhomme.

The river’s edge (Allan Dwan, 1957)

Un fermier qui vit près de la frontière mexicaine a épousé une jeune femme en liberté conditionnelle. L’ancien amant et complice de celle-ci revient un jour avec un magot d’un million de dollars. Il entraîne le couple dans sa cavale…

The river’s edge est un polar dans lequel les conventions du genre sont complètement transcendées par les auteurs. Il y a d’abord la formidable inventivité d’une équipe de vieux routiers hollywoodiens aptes à créer avec trois fois rien. Voir par exemple la longue et passionnante séquence de la grotte dans laquelle trois protagonistes, un pistolet, un magot et un serpent suffisent pour faire rebondir intelligemment les situations et révéler la nature profonde des personnages. Une des marques du génie d’Allan Dwan dans ce film est sa façon de réduire un décor à quelques éléments clés pour en synthétiser l’essence. Par exemple, un feu de camp et deux arbres lui permettent de réduire la forêt à une scène de théâtre et de faire ainsi fusionner les dimensions du drame avec celles du cosmos. Les possibilités du Cinémascope sont magnifiquement exploitées. La lumière de The river’s edge est également extraordinaire. La vivacité des couleurs et l’épaisseur des textures des accessoires modernes (voitures, mobilier intérieur…) aussi bien que le scintillement des rayons solaires sur la rivière donnent à l’environnement une présence profondément irréelle, subtilement magique. Cette harmonie plastique est cependant régulièrement heurtée par des éclats de violence tel, au milieu d’une séquence nocturne, ce raccord brusque sur le corps ensanglanté d’un flic venant d’être écrasé.

En effet, Dwan n’est pas metteur en scène à faire de la joliesse pour esquiver le traitement du drame. Aussi panthéiste que soit son style, les passions des protagonistes sont au centre des préoccupations de cet authentique humaniste. Passion est d’ailleurs le titre d’un autre de ses chefs d’oeuvre. The river’s edge est d’abord un film d’amour avec des personnages magnifiques. Anthony Quinn est bouleversant de vérité. Lorsqu’il conduit la caravane et qu’il regarde dans le rétroviseur, les tourments intimes de son personnage sont exprimés en deux plans. Debra Paget, affriolante comme il faut, incarne parfaitement l’ambigüité féminine. Quant au personnage de Ray Milland, les auteurs ont eu l’idée de détourner la convention qui régit son caractère de méchant. Idée d’une simplicité biblique qui achève de  faire du polar un sublime poème élégiaque. The river’s edge est un des meilleurs films nés de la miraculeuse association entre Allan Dwan et le producteur Benedict Bogeaus.

Je relis ma critique et je me rends compte de la variété quasi-délirante des adjectifs que j’ai employés pour qualifier la beauté de cette série B. Elégiaque, panthéiste, humaniste…autant de termes parfois contradictoires qui devraient m’engager à revoir ma copie. Mais si le secret de ce joyau baroque et primitif (allez, deux de plus) résidait dans sa faculté à épuiser le cartésianisme de ses commentateurs?