Journal d’une famille (Hiroshi Shimizu, 1938)

Un scientifique marié par intérêt à une femme sage retrouve un ami de jeunesse, photographe tourmenté par son couple avec une ancienne serveuse.

Une fois n’est pas coutume, ce film de Hiroshi Shimizu impressionne d’abord par sa densité narrative. Ellipses fulgurantes, changements de protagoniste principal et variété des enjeux dramatiques caractérisent un récit polyphonique qui trouve cependant son unité: on désire toujours ce que l’on n’a pas, on regrette les directions que l’on n’a pas prises. A côté de séquences de parlotte parfois plan-plan, la mise en scène sait faire preuve d’une formidable poésie -l’ouverture- ou d’une prodigieuse finesse: un seul travelling évoque tout ce que le chichiteux Wong Kar-Waï s’est efforcé d’illustrer pendant 1h40 dans son pénible In the mood for love. Par ailleurs, comme dans Betty de Claude Chabrol, le mélodrame romanesque s’avère le véhicule d’une dure critique des conventions de la bourgeoisie. Bref, Journal d’une famille est une nouvelle réussite à porter à l’actif de Shimizu, un film riche, juste, subtil et touchant.

Journal d’une femme médecin (Hiroshi Shimizu, 1941)

Deux jeunes infirmières arrivent dans un village arriéré…

Le caractère édifiant du sujet est contrebalancé par:

  1. La légèreté de touche propre à Shimizu, son rythme flottant et dédramatisé, le naturel de son style qui met en valeur les rivières et les bois plus que les discours de ses personnages.
  2. Les nuances apportées par le découpage à la motivation de l’héroïne: elle reste aussi bien par dévouement à la communauté que par amour pour l’instituteur. Comme souvent avec Shimizu, ça n’est que suggéré par la mise en scène mais c’est parfaitement clair.

Bref, Journal d’une femme médecin est un joli film, tout à fait typique de la manière Shimizu, y compris dans ses limites (on ne peut nier une certaine mollesse).