L’athlète vedette (Hiroshi Shimizu, 1937)

Deux amis dans un régiment de cadets en manoeuvre dans la campagne.

Comme souvent avec Hiroshi Shimizu, le canevas narratif est très, très, ténu. La légèreté virerait à l’inconsistance si les inventions de la mise en scène n’entretenaient l’intérêt. Les personnages sont toujours aussi bien intégrés aux paysages, certains instants sont chargés d’une relative densité en dépit qu’ils sont presque déconnectés de tout récit (signe de modernité s’il en est) grâce au sens que sait imprimer Shimizu à un choix d’emplacement de caméra ou à un mouvement d’appareil. Notamment, le jeu sur les points de vue lors de la marche du début est brillant et générateur d’émotions variées. Bref, même si sa trame est similaire, L’athlète vedette n’est pas aussi abouti que Les masseurs et la femme ou Le peigne mais les qualités de Shimizu -décidément un des plus purs metteurs en scène de cinéma qu’on puisse imaginer- sont d’autant plus éclatantes que son scénario frôle l’absolue vacuité.

Dans le bas-quartier de Yokocho (Hiroshi Shimizu, 1953)

Un écrivain et sa jeune épouse manquent d’argent et ont du mal à se loger.

Sans enfant et sans paysage naturel, les limites de la dédramatisation chère à Hiroshi Shimizu se font sentir. Ces limites se font d’autant plus sentir ici que le film dure 97 minutes soit une demi-heure de trop. D’où que, malgré quelques images joliment composées, l’impression de mollesse peu consistante domine. Cette chronique sentimentalo-sociale n’a ni la vivacité de Antoine et Antoinette ni l’acuité de Haines.

Coeur enchaîné (Hiroshi Shimizu, 1937)

Hiroshi Shimizu est considéré par certains historiens du cinéma (ce brave Lourcelles en tête) comme un des précurseurs du néo-réalisme et l’auteur de quelques chefs d’oeuvre de vérité humaine. Coeur enchaîné, l’histoire d’une hôtesse de bar qui lutte pour élever son enfant dans une communauté hostile, n’en fait manifestement pas partie. Tourné en studio, les conventions mélodramatiques y sont vraiment pesantes. Il est difficile de ne pas sortir du film au moment du dernier acte, moment où les ficelles larmoyantes apparaissent dans toute leur grossièreté. Pourtant, Coeur enchaîné n’est pas complètement nul. L’actrice principale, Michiko Kuwano, y est convaincante. Dans un ensemble globalement épuré, Shimizu fait preuve à plusieurs reprises d’un talent évident pour la mise en scène, telle cette séquence où la mère rejetée par son fils rentre chez elle tandis que les enfants vont à l’école en sens inverse. En un plan-séquence, la détresse du personnage est exprimée.