The last supper (Cynthia Roberts, 1994)

Avant de se faire euthanasier, un danseur malade du sida organise ses derniers instants avec son compagnon.

Une fois passé l’introduction où la caméra se focalise sur les gestes du malade (joué par un sidéen décédé quatre jours après le tournage: Ken McDougall), la dimension sordide est évacuée car le sujet profond du film est en fait la transfiguration esthétique de la vie et de la mort ainsi que les limites éventuelles de cette transfiguration. Après s’être rappelé ses beaux souvenirs culturels et hédonistes avec son amant dans une énumération qui frise le snobisme mais qui est profondément justifiée par la nature de leur couple, l’ancien danseur se livre à une dernière prestation qui occasionne une scène sublime et poignante. Seul défaut de ce grand film: une caméra qui tournoie dans l’instant qui précède l’injection fatale, procédé qui jure avec la sobriété tranchante de l’ensemble.

Les témoins (André Téchiné, 2007)

En 1984, une riche écrivain et son époux policier sont confrontés à l’arrivée du SIDA via un jeune homosexuel dont est fou amoureux leur proche ami médecin.

Le lyrisme est parfois forcé: le montage abrupt et la musique expressive de Philippe Sarde suppléent tant bien que mal à certains raccourcis du scénario. Fondamentalement réduite à un quatuor amoureux, la fresque semble étriquée mais comme souvent chez Téchiné, les acteurs sont excellents donc le film reste prenant.

Encore (Once more) (Paul Vecchiali, 1987)

De son divorce à son décès du SIDA, les dix dernières années de la vie d’un homme.

Si un gay passe dans le coin, il pourra confirmer ou infirmer mais c’est à ma connaissance le premier film français tourné sur le SIDA. Sans faire la morale d’aucune façon que ce soit, Paul Vecchiali montre le parcours d’un homme qui se libère de toutes sortes de jougs sociaux pour finir par assumer pleinement ses désirs, quitte à s’y brûler (l’amour ça fait mal). Le fait est que cette libération se fait sans excès de violence contre son milieu initial. S’il y a des scènes franches et dures de dispute conjugale, le personnage principal reste finalement lié avec sa famille, sans cependant leur raconter d’histoires. Malgré l’actualité brûlante du sujet et grâce à la franche audace du traitement, aucun discours militant ne vient plomber le film. Encore (once more) n’a rien à voir avec quelque chose comme Jeanne et le garçon formidable. C’est à une célébration pleine et entière de la vie, avec toute la douleur qui en découle, que s’est livré Vecchiali.

Pour ce faire, il s’est astreint à  l’emploi d’un dispositif  très contraignant: à l’exception de la séquence finale, le film est découpé en neuf plan-séquences, chacun représentant une année. Cela donne au film une stylisation très théâtrale qui l’empêche de verser dans le naturalisme sociologique. Plusieurs chansons de Roland Vincent ponctuent le film (Ducastel et Martineau n’ont décidément rien inventé). Il faut bien le dire cependant: cet artifice délibéré n’est pas toujours facile à admettre pour le spectateur. Ainsi, les ruptures de ton ou encore la bizarrerie de plusieurs protagonistes secondaires paraissent parfois trop arbitraires pour être féconds. Il y a néanmoins des instants magnifiques de justesse et de pudeur, tel celui où le héros malade retrouve son ancienne femme au mariage de leur fille. Et, toujours, le regard à la fois droit et empathique de Vecchiali sur son personnage.

Jeanne et le garçon formidable (Olivier Ducastel et Jacques Martineau, 1998).

Une jeune fille qui couche avec plein de garçons tombe enfin amoureuse. Pas de bol, il a le SIDA.

Comédie musicale traitant d’un sujet de société, dans la lignée des films de Jacques Demy, Jeanne et le garçon formidable s’avère plutôt réussi malgré le côté foncièrement casse-gueule du projet. Certains chansons ralentissent le film mais d’autres sont entraînantes tout en synthétisant bien la situation. Le scénario est un peu simpliste mais concis et la mise en scène aérée donne au film une certaine légèreté malgré que celui-ci soit encombré de vouloir-dire militant: caricatures simplistes (le salaud d’ex qui évidemment sort de HEC!), idéologie post soixante-huitarde infantile, apologie des blaireaux d’Act-up. Et puis, il y a Virginie Ledoyen à 20 ans. Elle est merveilleuse de jeunesse, de beauté, de vitalité. Simplement irrésistible.