Une fille épatante (Raoul André, 1955)

Un policier infiltré cherchant à démasquer un trafiquant se retrouve face à une jeune chercheuse d’or…

La nullité à peu près totale de la mise en scène fait de ce soi-disant divertissement un film très ennuyeux.

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Seul dans la nuit (Christian Stengel, 1945)

A Paris, des jeunes femmes sont assassinées. Un policier débutant est chargé de l’enquête qui s’oriente vers l’entourage d’une vedette de la chanson.

C’est une idée intéressante que d’avoir situé le polar dans le milieu de la chanson (on voit une des premières apparitions de la télévision au cinéma), les acteurs sont corrects (sans être sensationnels) et l’intrigue est correctement ficelée mais le tout demeure un peu plan-plan. Il manque à la mise en scène de Christian Stengel quelque chose qui épicerait et singulariserait son enquête policière tel que la vivacité entomologiste d’un Becker, l’ampleur pessimiste d’un Clouzot ou l’entrain piquant d’un Jacques Daniel-Norman. Bref, Seul dans la nuit est un assez bon film quelque peu frustrant.

120, rue de la gare (Jacques Daniel-Norman, 1946)

Après le meurtre de son ancien élève, Nestor « Dynamite » Burma enquête sur une sale affaire…

La première adaptation cinématographique de Nestor Burma fut et demeure une très plaisante réussite. Cette réussite tient essentiellement à la singularité du ton employé par le réalisateur et adaptateur, Jacques Daniel-Norman. En effet, la légèreté de touche va de pair avec la vigueur policière. Les auteurs parviennent à moquer la vanité du héros sans décrédibiliser son enquête. Le début, alors que le spectateur ne sait pas sur quel pied on veut le faire danser, est d’ailleurs assez malaisant. Toutefois, la vitalité du personnage séduit rapidement et excuse son comportement hâbleur dans l’esprit du public. René Dary est ainsi une sorte de cousin parigot du Errol Flynn de Walsh.

Une belle galerie de seconds rôles étoffe le récit, en tête desquels Jean Tielment en judoka des Batignolles, le trop rare Albert Dinan en sympathique truand montmartrois et la jeune Sophie Desmarets en secrétaire impétueuse dont les vifs échanges avec son patron dénotent une influence bien digérée de la comédie américaine. D’une façon générale, les dialogues excellent, tant dans leur écriture -un argot sans concession qui préfigure Simonin et Audiard- que dans le rythme étourdissant avec lequel ils sont débités. Merveille de pétulance, 120, rue de la gare est bien un des joyaux méconnus du polar à la Française.

Escalier de service (Carlo Rim, 1954)

Une bonne à tout faire raconte ses différents emplois à une bande de squatteurs chez qui elle s’est réfugiée après avoir perdu ses certificats.

Film à sketches pas si mauvais que ça. L’interprétation façon « chien battu » de Etchika Choureau et le récit médiocre qui fait le lien entre les sketches marquent la désuétude du film. En revanche, la plupart des segments (le dernier est moins bien), quoique partant de postulats conventionnels, sont mis en scène avec une finesse et une absence de caricature tout à fait remarquables. Ainsi, rarement le désir sexuel au sein du couple marié aura, dans le cinéma français des années 50, été évoqué avec plus d’élégance et de tendresse que dans le sketch avec Jean Richard.

Les trois font la paire (Sacha Guitry, 1957)

A Paris, un policier enquête sur un meurtre commis au moment d’une prise de vue cinématographique.

On ne saurait réduire ce dernier film de Sacha Guitry à ce « sujet ». Cet argument policier est essentiellement un prétexte permettant à l’auteur de laisser libre cours à sa fantaisie, à sa malice et à son inventivité comique. Bien que rempli de vedettes, Les trois font la paire a visiblement été tourné avec trois fois rien. Son charme est celui de la série B, l’ingéniosité, la liberté de ton et l’audace narrative palliant largement la relative faiblesse des moyens. L’intrigue, reposant sur une histoire éculée de sosies, m’a semblé moins bien ficelée que celle d’Assassins et voleurs, son précédent film mais qu’un vieux maître de l’acabit de Guitry ait achevé son œuvre avec une pièce d’une telle fraîcheur d’esprit est un enseignement à méditer par ceux qui enterrent les grands cinéastes un peu rapidement. Les trois font la paire, porté aux nues par Godard et Truffaut en son temps, fait immanquablement songer à la Nouvelle Vague qui allait surgir 3 ans plus tard.