La mer cruelle (Charles Frend, 1953)

Pendant la bataille de l’Atlantique, les missions d’un équipage de la marine marchande anglaise.

Aussi chiant que ce résumé le suggère, La mer cruelle est un film de guerre anglais typique: un vernis de sobriété documentaire qui dissimule mal des effets de manche théâtraux et qui semble surtout justifier l’absence totale d’invention de la mise en scène (une exception: la poésie morbide des voix-off lorsque les cadavres des naufragés sont filmés), un récit programmatique et monotone, une dignité générale qui empêche le film d’être vraiment mauvais. Voyez ce qu’un grand cinéaste comme John Ford peut tirer d’une matière analogue avec un chef d’oeuvre comme Les sacrifiés.

A la Française (Robert Parrish, 1964)

A Paris, une peintre américaine rencontre un étudiant…Quelques années plus tard, elle s’est faite à la vie mondaine.

La construction inhabituelle du récit en deux segments indépendants accroît la nostalgie de cette belle histoire d’une pureté perdue (et un peu facilement retrouvée). Robert Parrish, grand auteur de westerns, se montre aussi à l’aise dans le quartier latin que sur les rives du Rio Grande. On retrouve ici sa finesse psychologique, matérialisée par des détails concrets, tel l’étreinte avortée dans la chambre d’hôtel glaciale, et par des dialogues parfois surexplicatifs mais d’une telle justesse qu’il est difficile de faire la fine bouche. Tous les acteurs sont très bons mais Jean Seberg est au-delà des superlatifs. Comme Madame de… à Danielle Darrieux, A la Française lui doit énormément de sa vérité émotionnelle.

Section d’assaut sur le Sittang (Yesterday’s enemy, Val Guest, 1959)

Pendant une retraite dans la jungle birmane, des soldats britanniques sont bloqués dans un village…

Quelques combats de jungle joliment filmés n’empêchent pas ce film de guerre produit par la Hammer d’être plombé par les artifices théâtraux de sa dramaturgie. Sa conception surannée est à l’opposée de l’approche documentaire, factuelle et, pour tout dire, moderne des chefs d’oeuvre américains de Walsh et Fuller. Derrière sa façade de « dénonciation tous azimuts de l’horreur de la guerre », il est même assez malhonnête puisque là où la méchanceté du capitaine anglais apparaît motivée par les circonstances, celle du Japonais apparaît finalement gratuite. Les acteurs, chevronnés, sont expressifs mais ne surprennent jamais tant leur partition est écrite à l’avance.

Les criminels (Joseph Losey, 1960)

Un caïd sort de prison, commet un vol puis retourne en prison…

Le scénario est un peu alambiqué et manque d’unité dramatique mais la mise en scène de Losey, ultra-rigoureuse, est d’une grande force. Sa gestion de l’espace est magistrale. Moins réaliste que dans ses films américains, le style intègre des éléments d’expressionnisme pour insuffler encore plus de folie et de violence.  Soutenue par le jazz de Johnny Dandkworth (qui va bientôt signer la B.O de Chapeau melon et bottes de cuir), la séquence d’émeute est ainsi particulièrement impressionnante. L’importance donnée aux décors dans la caractérisation des personnages (voir les posters sur les murs) colore un film qui aurait pu pécher par aridité. L’auteur porte un regard distancié sur ses personnages qui fait ressortir l’ironie tragique de leur destin. Le début, avec le chanteur qui commente l’action, a même quelque chose de discrètement brechtien. Brillant.

L’enquête de l’inspecteur Morgan (Blind date , Joseph Losey, 1959)

Se rendant à un rendez-vous galant avec une femme de la haute-société, un jeune peintre est accusé du meurtre de sa maîtresse. Pour tenter de se disculper, il raconte leur histoire à l’inspecteur de police…

Blind date est un bon polar dans lequel apparaît la thématiques chère à Losey des désirs sexuels venant s’immicer dans la bonne marche des rapports de classes. Compte tenu de l’acharnement de la police contre le jeune homme, on aurait pu craindre un discours gauchiste un peu lourd mais les personnages s’éloignent de leurs archétypes dans la dernière partie du récit et rendent du coup le film plus subtil qu’il n’en avait l’air. Le jeu de Hardy Kruger dans le rôle principal paraît affecté mais Micheline Presle est superbe.