Brancaleone s’en va-t-aux croisades (Mario Monicelli, 1970)

Tout est dit dans le titre.

Cette suite directe de L’armata Brancaleone a le même type de structure que son prédécesseur. Elle le prolonge comme le ferait un nouvel épisode dans un feuilleton: signée des mêmes auteurs, l’écriture est (presque) d’égale qualité et on retrouve une analogue profusion de péripéties, mais, à l’exception de la confrontation avec la Mort qui introduit une dose de fantastique baroque dans le diptyque, l’effet de surprise a disparu. Le subtil équilibre du premier épisode fait place à un ton plus uniformément grotesque. De plus, avec la disparition de Gian Maria Volonte, on pourra regretter qu’il n’y ait plus de second rôle de taille à renvoyer la balle à Gassman. Bref, c’est moins bien même si ça reste bien.

Police Python 357 (Alain Corneau, 1976)

A Orléans, un flic tombe amoureux de la maîtresse de son patron…

Si l’extraordinaire scénario n’est pas exempt de facilités qui lui permettent de boucler la boucle, Police Python 357 n’en demeure pas moins un magnifique polar. La façon purement visuelle qu’a Alain Corneau de dessiner le portrait de son héros fêlé, en montrant la répétition obsessionnelle de ses gestes techniques ou en vidant son appartement de toute décoration, révèle un sens de la mise en scène aussi aigu que rare. Le visage fatigué de Yves Montand donne une épaisseur émotionnelle au personnage. La musique de Georges Delerue, originale et différente des adagios qu’il a l’habitude de composer, insuffle un beau lyrisme à des scènes d’amour qui risqueraient de tomber à plat sans elle, Stefania Sandrelli étant le maillon faible d’une distribution quatre étoiles. Au fur et à mesure que le récit avance, une dramaturgie aussi tragique que généreuse (aucun personnage n’est « méchant ») étreint le spectateur.

Je la connaissais bien (Antonio Pietrangeli, 1965)

Une ouvreuse de cinéma tente de devenir actrice en fréquentant les milieux mondains…

La confusion du découpage, l’absence de progression dramatique et la distance entretenue par l’auteur vis-à-vis de personnages fondamentalement inintéressants expliquent sans doute pourquoi cette pâle vulgarisation de La dolce vita est tombé dans un oubli aussi profond que juste.

Le maître-nageur (Jean-Louis Trintignant, 1978)

Une femme vénale fait en sorte que son mari soit engagé comme maître-nageur par un multi-milliardaire.

Comédie « absurde » dont la répétitive incongruité des situations dépasse rapidement le seuil de tolérance du spectateur normalement constitué. On peut rapprocher ça de la fantaisie paresseuse et arbitraire de Michel Deville.

La fiancée de l’évêque (Nanni Loy, Luigi Magni et Luigi Comencini, 1976)

Un film à sketches comme il s’en tournait beaucoup lors de l’âge d’or de la comédie italienne.

Le premier segment est clairement le moins bon, il s’appuie sur une et une seule idée farfelue sans que celle-ci ne donne lieu à des ramifications narratives intéressantes. C’est une farce vulgaire aux ressorts comiques très grossiers.

Le deuxième, signé par un grand méconnu du genre, Luigi Magni, est nettement plus charmant. Il met en scène Nino Manfredi qui accueille une jeune Suédoise amie de la famille pendant que son épouse et sa fille sont parties en week-end. On a droit à tous les clichés de l’époque sur la Suédoise tellement libérée qu’elle se ballade nue dans la maison d’un type qu’elle n’a pas vu depuis dix ans. C’est croustillant, Manfredi est excellent en père de famille dépassé qui se remet en question, et plusieurs dialogues entre lui et sa fille font mouche même si, là encore, les ficelles du scénario ne s’embarrassent guère de nuance et de subtilité. C’est peut-être dû aux exigences du format court.

Le dernier film, réalisé par Comencini, est le meilleur. L’argument de base est simplissime; un  prêtre joué par Alberto Sordi est coincé dans un ascenseur avec Stefania Sandrelli un jour de canicule. Situation incongrue qui permet toutes sortes de gags, parfois un peu faciles, mais toujours efficaces. Ce qui distingue clairement ce dernier segment des deux autres sketches, c’est que quelque chose de profondément réjouissant se dégage de sa fin à tiroirs. Le film s’avère en définitive une exaltation des plaisirs de la chair mais aussi du plaisir intellectuel de jouer avec la morale pour l’adapter à notre situation. Il y a quelque chose qui tient de Diderot dans ce qui pourrait être un des épisodes de Jacques le fataliste. Ce n’est pas un mince compliment.

La famille (Ettore Scola, 1987)

La chronique d’une famille bourgeoise italienne sur l’ensemble du XXème siècle…Ici, la grande histoire est moins importante que dans Nous nous sommes tant aimés ou La terrasse. La chronique s’étalant sur quatre-vingts ans, chaque évènement politique n’est pas regardé en profondeur et certains sont carrément éludés (les années de plomb). Ici, Scola s’intéresse d’abord aux sentiments de ses personnages, notamment ceux du patriarche joué par Vittorio Gassman. L’ampleur du récit permet de nous faire partager pleinement ses regrets et ses accomplissements sur le plan affectif.
L’amertume politique de La terrasse laisse place à une nostalgie sereine mais toujours lucide. Il faut voir par exemple les vacheries que s’envoient les personnages à la fin, fin qui aurait pu sombrer dans la guimauve si le film n’était écrit par des maîtres de la comédie à l’italienne (il n’y a pas Age mais il y a Scarpelli au scénario). La distribution est évidemment royale, comprenant nombre de collaborateurs fétiches du cinéaste.
L’abscence de ligne directrice apparente donne à La famille des allures de saga télévisuelle, certains aspects de la mise en scène apparaissent parfois un peu facile (ainsi de la photographie un peu jaunie) mais comment résister à la tranquille virtuosité des narrateurs, comment résister au charme nostalgique des ritournelles d’Armando Trovajoli, comment résister aux jolies Italiennes, comment résister à tout ce qui avait fait le succès d’un certain cinéma transalpin qui brillait alors de ses derniers feux ?