Le sillage de la violence (Baby the rain must fall, Robert Mulligan, 1964)

Un chanteur de rock&roll retrouve sa femme et sa fille après avoir passé quelques années en prison. Il va tenter de percer tout en luttant contre les démons qui le rendent violent.

Le titre (original) est magnifique mais le film n’est pas franchement convaincant. D’abord, il souffre d’avoir un acteur aussi médiocre que Steve McQueen dans le rôle principal. En plus d’être post-synchronisé lors des scènes musicales, en plus de mal imiter l’accent sudiste, le comédien peine à retranscrire la colère rentrée de son personnage. Il faut dire que le bougre n’est guère aidé par un scénario qui se complait dans le flou narratif, esquissant sans les traiter une multitude de pistes (rêve américain, couple, emprise d’une marâtre façon Psychose…). Reste une poignée de jolis moments transcendés par la musique de Bernstein ainsi que l’ineffable charme de Lee Remick. Et encore: le noir et blanc ne saurait rendre justice aux yeux sublimes de la belle.

L’ombre du doute (The defender, Robert Mulligan, 1957)

Deux avocats, un père et un fils, sont chargés de la défense d’un jeune homme accusé de meurtre.

Il s’agit du téléfilm dont le succès a engendré la série The defenders. C’est un banal récit de procès singularisé par la relation entre les deux avocats, un père et son fils, qui permet à Robert Mulligan d’exprimer sa sensibilité. A noter aussi l’absence de triomphalisme à la fin. Le spectateur ne sera même pas certain de l’innocence (ou non) de l’accusé. Steve McQueen à ses débuts est plutôt mauvais, son jeu plein de tics est une caricature de l’Actor’s studio.

Une certaine rencontre (Robert Mulligan, Love with the Proper Stranger, 1963)


Merveilleux !
Un film qui, via un réalisme saisissant et des questions brûlantes abordées de front, régénère le pouvoir enchanteur du meilleur cinéma hollywoodien, pouvoir alors amenuisé par la fin de l’âge d’or des studios. En effet, le film démarre comme un drame intimiste avant de s’achever comme une comédie romantique sans que jamais le spectateur ne perçoive la transition. C’est que les clichés eux-mêmes sont des ressorts dramatiques puisque Une certaine rencontre peut être résumé comme la confrontation entre l’amour comme idéal formaté par les contes de fées et Hollywood et l’amour comme réalité sociale généralement contraignante (mariage…). Le film n’est ni plus ni moins que l’histoire d’une jeune femme à l’esprit indépendant (une femme « moderne » diront certains) qui va tenter de trouver sa voie entre le poids des traditions familiales et ses images d’adolescente qu’elle sait surannées mais qu’elle ne peut s’ôter de la tête. Ou comment composer avec la réalité pour trouver son bonheur. Le style de Robert Mulligan convient parfaitement à cette histoire à la fois crue et optimiste; c’est une parfaite synthèse entre acquis des nouvelles vagues (filmage dans la rue, ellipses audacieuses qui dynamisent la narration, représentation mature de la sexualité) et clichés utilisés avec justesse (la séquence dans le taxi de nuit, très hollywoodienne). Grâce à ce génie de la composition, le cinéaste arrive à de véritables miracles -tel, dans la séquence centrale de l’œuvre, la captation de la naissance du sentiment amoureux. De plus, la musique doucement lyrique d’Elmer Bernstein se marie à merveille aux images de Mulligan.
Enfin, il serait inconvenant de finir une chronique, si minime soit-elle, d’Une certaine rencontre sans parler du couple de vedettes. Steve McQueen est étonnant dans ce rôle à contre-emploi d’homme un peu terne dépassé par la situation.
Et, j’ai gardé le meilleur pour la fin, Natalie Wood est juste resplendissante dans ce petit chef d’œuvre. Comme j’espère vous en avoir convaincu, le film est excellent, mais Natalie est y tellement belle -ses yeux, son sourire, son corps, ses diverses coupes de cheveux, tout, tout, absolument tout concourt ici à l’élever au rang d’incarnation de la perfection féminine- qu’à elle seule elle justifie un coup d’oeil attentif sur cette oeuvre injustement méconnue du non moins injustement méconnu Robert Mulligan.