Les comancheros (Michael Curtiz, 1961)

En 1843 au Texas, un Ranger est aidé dans sa lutte contre les trafiquants d’armes aux Comanches par un Louisianais qu’il a arrêté parce qu’il a tué un homme en duel.

La splendeur de Monument Valley en Cinémascope (trahison fordiennement poétique de la réalité géographique de l’intrigue), les pauses familiales du récit qui crédibilisent la relation amicale en l’enracinant, John Wayne dans un rôle sur mesure mais pas trop (étonnant plan où on le voit se réveiller dans la boue) et le découpage toujours impeccable de Michael Curtiz qui tournait alors son 166ème et dernier film font des Comancheros un bon western malgré que son récit manque d’unité dramatique.

 

Le jour et l’heure (René Clément, 1963)

Pendant l’Occupation, une grande bourgeoise est amenée par un concours de circonstances à aider des aviateurs américains.

Dans ce bref synopsis, la locution importante est « concours de circonstances ». La vision de la Résistance est ici à l’opposé de la solennité d’un Melville. Les détails concrets qui montrent tout le caractère laborieux et hasardeux du travail clandestin (liaisons, planques, interrogatoires, fuites préparées) sont ce que Le jour et l’heure contient de plus réussi et de plus intéressant. Malheureusement, Roger Vailland a également insufflé à cette rencontre entre la Française et l’Américain un improbable parfum romanesque que la rigidité appliquée de René Clément, pas aidé par le médiocre Stuart Whitman, échoue à rendre convaincant. Par ailleurs, de regrettables conventions (la sale gueule du gestapiste) subsistent et achèvent de transformer la volonté de réalisme en velléité.

Crazy mama (Jonathan Demme, 1975)

Après que leur propriétaire les ait expulsées, une famille de coiffeuses s’en va braquer des banques…

Produit par Roger Corman, le deuxième film de Jonathan Demme est une sorte de variation fauchée et déjantée des Raisins de la colère. La vitalité d’une mise en scène mouvementée et percutante alliée à une vraie tendresse pour un panel de désaxés d’âges et de sexes divers et variés qui se trouvent unis par la force des circonstances rend cette série B particulièrement attachante. La bande originale, composée de standards américains du début des années 60, ajoute évidemment au plaisir.

Rio Conchos (Gordon Douglas, 1964)

En 1867, un tueur d’Apaches, un Mexicain condamné à mort et un officier de l’Union entreprennent une expédition à la frontière mexicaine afin de récupérer une cargaison de fusils dérobée par un ancien officier de la confédération sudiste.

Comme on peut l’entrevoir avec ce bref résumé, la richesse du background qui cumule guerres indiennes et relents de la guerre de Sécession assure une certaine complexité dramatique au film. En plus de rendre ambiguës les motivations des personnages, elle permet à l’auteur (Rio Conchos est un des rares films dont Gordon Douglas a participé au scénario) de laisser libre cours à sa fantaisie. Ainsi, Rio Conchos est un western somme toutes assez conventionnel (exemple: le personnage du Mexicain hâbleur fait trop souvent « comique de service ») se distinguant par la cruauté et le baroque de plusieurs passages qui lui donnent une certaine ampleur. Il y a d’abord toutes les séquences de violence.

De l’introduction percutante au final apocalyptique, la maestria de Gordon Douglas dans les scènes d’action revêt des formes particulièrement variées. Cette virtuosité n’est pas pur ornement spectaculaire mais est l’expression sans fard d’une réalité exceptionnellement dure. La noirceur de Gordon Douglas vaut mieux que celle de Sam Peckinpah parce qu’elle n’est pas décorative, elle n’est pas au service d’une complaisante rhétorique de la frime. Par exemple, y a t-il eu dans l’histoire du genre évocation plus terrible d’un monde désolé que la découverte de la maison attaquée avec l’exécution de la mère ensanglantée qui s’ensuit?

Pourtant, le talent de Gordon Douglas ne se limite pas à la mise en scène de la violence. Citons donc le rêve fou du méchant qui donne lieu à une vision hallucinée, quasi-fantastique, vision tout droit sortie de l’imagination baroque d’un metteur en scène décidément inspiré: la reconstitution du vieux Sud dans le désert de Monument Valley. Malheureusement, cela reste une vision. En effet, s’il y a bien une chose qui empêche Rio Conchos de figurer parmi les plus grands chefs d’oeuvre du western, c’est une certaine forme de superficialité. Au cours du déroulement du récit, de nombreuse thématiques intéressantes sont effleurées mais aucune n’est privilégiée donc aucune n’est réellement développée. Les personnages restent au service de l’intrigue-reine. Ainsi, l’alliance entre le renégat sudiste et les Apaches aurait gagné à être affinée pour éviter d’apparaître comme un deus ex-machina.

Rio Conchos n’en reste pas moins un très bon film. Transition idéale entre le western classique et le western italien qui allait naître quelques mois plus tard, c’est peut-être le dernier témoignage d’une époque où les petits maitres étaient parfois en mesure de transcender les conventions et de se hisser alors à la hauteur des plus grands (Rio Conchos vaut largement les westerns que Raoul Walsh et John Ford ont réalisé la même année, à savoir La charge de la huitième brigade et Les cheyennes).