La nuit est mon royaume (Georges Lacombe, 1951)

Suite à un accident du travail, un conducteur de locomotive devient aveugle…

C’est avec une belle délicatesse que la première partie suit les premiers pas de l’aveugle, fort bien interprété par Gabin. Son mauvais caractère n’est pas escamoté et son entourage n’est pas caricaturé. La scène de la rencontre avec le réparateur de TSF est presque du McCarey. Même l’obligatoire romance, avec une enseignante en braille, est traitée avec une certaine justesse. En revanche, l’arrivée du « troisième homme » joué par Oury, qui n’a d’autre fonction que de servir de faire-valoir-repoussoir à Gabin, fait dévier le film vers la convention la plus éculée. Dommage.

Le temps des oeufs durs (Norbert Carbonnaux, 1958)

Après avoir gagné à la loterie, un garagiste achète les toiles d’un peintre raté par amour pour sa fille.

Plus abouti que Courte-tête, Le temps des oeufs durs est un des plus sympathiques parangons de burlesque à la Française. Dénué du volontarisme stérilisant de Tati ou Etaix, Norbert Carbonnaux a un naturel dans la fantaisie qui rappelle le cinéma français d’avant-guerre. En cela, il est aidé par des acteurs magnifiques d’extravagance: Darry Cowl, bien sûr, mais aussi Julien Carette, glorieux rescapé des années 30 justement. Le relatif manque d’impulsion de la mise en scène empêche certes Le temps des oeufs durs de prétendre à la perfection formelle mais la gentillesse inhabituelle du ton séduit tandis que certains gags, tel celui de « Petit papa Noël », sont la preuve d’une inventivité poétique dans la droite lignée du merveilleux Monsieur Coccinelle de Bernard-Deschamps. La place de ce film parmi les dix préférés de Jean-Luc Godard en 1958 était donc méritée.