Chants de tourtereaux (Masahiro Makino, 1939)

La fille d’un marchand de parapluies est amoureuse d’un samouraï courtisé par deux autres femmes…

Bien qu’il fut tourné en 15 jours, ce classique de la comédie musicale japonaise étonne par sa haute tenue formelle. Les images sont joliment composées, la caméra est mobile, le rythme est enlevé et il y a même un beau passage nocturne et fantastique qui paraît tout droit sorti de chez Mizoguchi. Les nombreuses chansons amènent de la variété et de la gaieté. Cette gaieté n’exclut pas quelques moments touchants; le caractère mélodramatique du sujet n’étant pas tout à fait escamoté par la mise en scène. Bref, Chants de tourtereaux allie la fantaisie d’un Jean Boyer à la maîtrise technique d’un George Stevens.

Le sifflement de Kotan (Mikio Naruse, 1959)

La peinture d’une communauté d’Aïnous confrontés aux discriminations raciales dans une petite ville de la province japonaise. La remarquable narration entremêle les destins de divers personnages tout en se focalisant sur deux écoliers aïnous. Le fait que le racisme soit l’objet de l’histoire confère une certaine unité thématique à la chronique et empêche un récit semi-choral de sombrer dans l’accumulation d’anecdotes. Naruse, à ma connaissance le plus sentimental des grands cinéastes japonais classiques, ne s’intéresse pas au racisme en tant que doctrine mais révèle avec une terrible acuité les états d’âme des gens qui en sont victimes: le sentiment d’injustice mâtiné d’orgueil du gosse, la terrible résignation des anciens…Le constat qui se dégage de cette fable pourrait être le suivant: il faut se battre tout en sachant accepter les évènements sur lesquels on a aucune prise. La mise en scène élégiaque, tout en ayant les personnages pour objet principal, célèbre aussi la nature, les cours d’eau grâce à ses couleurs éclatantes et à la superbe musique symphonique. D’où un lyrisme tranquille et des séquences porteuse d’espoir éparpillées dans un récit violent; d’où, malgré des séquences très dures, le souvenir presque revigorant que laisse ce film déchirant et magnifique.