Vita coi figli (Dino Risi, 1990)

Son épouse décédée dans un accident, un riche quinquagénaire se rapproche de ses cinq enfants et tombe amoureux d’une jeune fille.

Une énième variation sur deux thèmes canoniques de la comédie italienne: rapprochement d’un père avec ses enfants après un drame et démon de midi. Cette fois, c’est particulièrement mal écrit et mis en scène avec un je-m’en-foutisme consternant. Malgré le sujet, ce n’est jamais drôle ni touchant. La faute à la télé Berlusconi pour qui « l’oeuvre » a été entreprise? On note bien sûr quelques plans tout à fait gratuits de la jeune Monica Bellucci nue.

Dogface (Samuel Fuller, 1959)

En 1943 en Tunisie, des G.I sont canardés à cause d’un chien allemand qui repère leur trace.

Ce pilote d’une éventuelle série commandé par CBS mais jamais diffusé est une oeuvre poignante et personnelle qui pourrait faire office de segment supplémentaire au chef d’oeuvre de son auteur: The big red one. A travers 30 minutes d’action quasi-continue, Fuller déploie, en ne s’interdisant pas certains raccourcis scénaristiques mais en faisant preuve d’efficacité visuelle, un drame complexe sur les relations entre l’homme et le chien dans un contexte guerrier. Ainsi, Dogface préfigure aussi White dog.

Un ciel radieux (Nicolas Boukhrief, 2017)

Après un accident de voiture du à la pression professionnelle, un père de famille se réincarne dans la peau du jeune motard qu’il a percuté.

Nicolas Boukhrief s’est très bien tiré de l’adaptation du manga à dormir debout de Taniguchi. Le montage lui permet de juxtaposer les deux vies et de les assimiler à deux niveaux de conscience sans la lourdeur verbale de la bande dessinée (la voix-off est heureusement très peu présente). La souplesse de son découpage fluidifie le récit alambiqué. Peut-être eût-il pu se passer de faire figurer les deux personnages en même temps dans quelques scènes qui, de ce fait, gardent un parfum d’incongru…

Moins redondant dans sa narration, le cinéaste français se montre plus rentre-dedans -mais aussi plus simpliste- que le dessinateur japonais dans son traitement du conflit entre le salarié décédé et son employeur. Les parcs dans leurs couleurs automnales et les plages du nord de la France fournissent un écrin apaisant à la tragédie fantastique. Toutefois, l’épure des cadres et la fréquente distance de la caméra par rapport aux acteurs n’empêchent pas l’émotion d’affluer progressivement jusqu’à un dernier plan de l’ordre du génie pur. Conjuguant grandeur, élégance et tendresse pour évoquer une puissance spirituelle, Boukhrief se montre alors encore plus fort que Jacques Tourneur dans la séquence de résurrection de Stars in my crown.

Beau travail (Claire Denis, 2000)

A Djibouti, un légionnaire devient jaloux d’une nouvelle recrue.

Le sens et la narration sont réduits à néant au profit d’un pompeux lyrisme de la fascination pour les corps virils et la nature grandiose (le bleu de la mer est un des plus sublimes jamais vus au cinéma): Claire Denis se montre ici digne héritière de Leni Riefenstahl. Un montage ouvertement insensé apporte la griffe arty-moderniste nécessaire à l’adoubement contemporain.

Bonheur (Cédric Kahn, 1994)

Trois jeunes filles et cinq garçons s’en vont faire la fête dans la maison désertée d’une des filles.

Plusieurs qualités font de l’opus de Cédric Kahn un des meilleurs téléfilms de la collection Tous les garçons et les filles mon âge, derrière les deux chefs d’oeuvre de Téchiné et Mazuy mais assez loin devant le reste (Akerman, Assayas, Denis…). D’abord, la multiplicité des personnages assure à la narration un séduisant caractère polyphonique que l’auteur orchestre avec une grande subtilité. Ensuite, les kékés du Sud sont plus amusants à suivre sur un écran que les intellos suicidaires. Observés avec une justesse qui ne manque pas de cocasserie, ils vivent et ils agissent plutôt qu’ils ne théorisent, ce qui conduit le metteur en scène à faire preuve d’inventivité et d’imagination et à faire passer sa vision politique (car politique il y a) en filigrane et non via de faciles explicitations verbales. Enfin, les paysages ensoleillés de la Drôme provençale fournissent un magnifique écrin aux premières amours qui sont ici filmées. Le dernier plan pare la chronique adolescente d’un tantinet de poésie cosmique.

Paix et amour (Laurence Ferreira Barbosa, 1994)

A Nice en 1975, un jeune fan de rock embarque un copain dans ses velléités révolutionnaires.

Les années 80 sont fréquemment associées au mauvais goût mais une reconstitution comme Paix et amour permet de se rendre à l’évidence: les années 70 n’étaient pas mieux. Vêtements informes, cheveux démesurés, tentures cumulatrices d’acariens, silhouettes avachies par le shit…la décadence par rapport aux glorieuses 60’s était déjà consommée. Laurence Ferreira Barbosa suit un adolescent assez bête et antipathique dans ses solos de guitare imaginaire et ses dérisoires envies léninistes. Le ton est plutôt comique et certaines répliques sont vraiment drôles. Avec une certaine justesse, le dénouement auréole ce qui n’était qu’une inégale et inconséquente pochade d’un semblant de gravité. Pas mal.

Brève traversée (Catherine Breillat, 2001)

Sur un ferry traversant la manche, une mère de famille rencontre un jeune homme de 18 ans et couche avec lui.

Sarah Pratt est bien et il y a une certaine justesse dans le traitement d’un sujet d’article pour Femme actuelle (l’unité de temps et la brièveté du métrage évitent au déroulement d’apparaître trop conventionnel) mais il faudrait dire à Catherine Breillat d’éviter la prise de son  en direct lorsque les deux personnages sont sous les draps ou alors, si le film est en fait post-synchronisé, de demander aux acteurs de parler près du micro; la moitié des dialogues sont inaudibles. A tous les niveaux, la grisaille prédomine.

Portrait d’une jeune fille de la fin des années 60 à Bruxelles (Chantal Akerman, 1994)

A la fin des années 60 à Bruxelles, une adolescente rencontre un déserteur…

Il s’avère donc que, comme tous les ensembles de (télé)films, la collection Tous les garçons et les filles de mon âge contient une large majorité de films anecdotiques et que les chefs d’oeuvre y sont l’exception. Certes, deux chefs d’oeuvre (au moins) sur neuf opus, c’est déjà extraordinaire. Mais si Les roseaux sauvages et Travolta et moi se distinguent c’est parce qu’ils ne se bornent pas à suivre des jeunes gens plus ou moins tête-à-claques dans leurs premières coucheries. Chacun d’eux transfigure la banalité de la commande: l’un en confrontant l’adolescence à l’Histoire, l’autre au lyrisme noir de l’auteur la plus mal embouchée du cinéma français.

Le morne film de Chantal Akerman, lui, ne décolle guère de son réalisme ras-les-pâquerettes. C’est principalement -mais pas uniquement tel qu’en témoigne la meilleure scène qui est celle de la danse- par de longs dialogues dans les rues de Bruxelles que l’auteur exprime le désarroi de son héroïne; désarroi face à la société de consommation, désarroi face à la guerre du Viêt-Nâm, désarroi face au sexe. Un découpage alerte basé sur le plan-séquence insuffle toutefois un certain naturel à cette construction paresseuse. Enfin, il faut noter que la fin tragique de Chantal Akerman a aggravé la tonalité des interrogations suicidaires de son personnage -de toute évidence très autobiographique.

Tricked (Paul Verhoeven, 2012)

La fête d’anniversaire d’un bourgeois tout juste quinquagénaire est perturbée par d’anciennes maîtresses…

Coécrit par des centaines d’internautes au fur et à mesure de son tournage, Tricked n’en demeure pas moins, de par les obsessions satiriques qui l’animent, un film de Paul Verhoeven. Le cinéaste vétéran a d’ailleurs nettement recadré les amateurs lorsque le processus d’écriture divergeait par trop des prémisses. La légèreté du budget induit concision et souplesse. Concision d’une histoire racontée en trois quarts d’heure, souplesse d’une caméra à l’épaule dont la mobilité immersive préfigure Elle. Les acteurs sont très bons et il serait juste que la jeune et plutôt sublime Gaite Jansen devienne une star. Le malicieux déroulement justifie a posteriori des plans de très mauvais goût. Même si la pirouette finale dévoile les limites du projet en ravalant la satire à un spectacle de marionnettes, Tricked est une friandise qui devrait ravir les amateurs du « Hollandais violent ».

U.S Go home (Claire Denis, 1994)

Dans les années 60, dans une ville de province française près d’une base américaine, une adolescente cherche à se faire dépuceler.

La brièveté de ce téléfilm n’empêche pas qu’il paraisse très long au regard du peu qu’il montre et raconte. Claire Denis a réussi l’exploit de faire un film à la fois plat et creux.

Le grand jour ou « Souris, t’es heureux ce jour-là » (Michèle Rosier, 1978)

Le jour de son mariage, de la coiffure jusqu’au retour à la chambre d’hôtel, un couple de la banlieue ouvrière est filmé.

En tant que rituel qui mêle l’intime, la société et le sacré, il n’y a pas grand-chose de plus cinégénique qu’un mariage. John Ford, Luchino Visconti et Michael Cimino en savaient quelque chose. C’est ainsi que derrière des apparences de vidéo amateur, Michèle Rosier arrive à faire ressentir le lien qui perdure entre les conventions sociales et l’idée de transcendance amoureuse. Les personnages sont filmés avec un respect et un amour qui rappellent les films de Paul Newman et John Cassavettes. La dignité simple des vieux chantant en patois, des amis routiers et de l’oncle gentiment éméché, tous réunis dans cette brasserie albertivillarienne disparue, rend immanquablement nostalgique à l’heure de la profusion des mariages bling-bling dans le 93. Cerise sur le gâteau, la mariée, Soraya Alvarez, est très jolie. En dépit de petites longueurs (lors de la séance photos notamment), Souris, t’es heureux ce jour-là est donc un bien beau film.

Travolta et moi (Patricia Mazuy, 1994)

A Châlons-en-Champagne en 1978, une adolescente fan de John Travolta apprend qu’elle doit garder la boulangerie familiale tout le week-end, ce qui compromet son rendez-vous avec un garçon rencontré il y a peu.

Le genre de petite perle qui, ne payant pas de mine, révèle d’autant mieux le talent d’un auteur. En effet, dans le genre hyper rebattu de la chronique des premières amours, Patricia Mazuy a trouvé une tonalité inédite et fascinante grâce, en premier lieu, à ses qualités de cinéaste. Après que l’action a été très précisément ancrée dans un contexte réaliste, un montage sec et des cadrages serrés élèvent peu à peu le propos jusqu’à faire ressortir physiquement une certaine folie noire typique de l’adolescence.

Un récit dégraissé où prime l’attention aux gestes dessine une trajectoire dense et implacable qui donne à ce téléfilm commandé par Arte des allures de western Ranown. Certaine façon d’installer des religieuses en vitrine, certain suspense basé sur l’abandon de la boutique ouverte en disent soudain très long sur les tourments intérieurs d’une jeune fille qui découvre le sentiment amoureux. Derrière un réalisme concret qui permet à chacun de s’identifier, Mazuy excelle à restituer l’instabilité émotionnelle de son personnage. Elle est en cela parfaitement servie par l’interprétation quasi-miraculeuse de Leslie Azzoulai (la jeune actrice a disparu après ce film au grand dam de sa réalisatrice).

La singulière beauté de Travolta et moi culmine dans la séquence de la boum qui offre à la petite boulangère un moment de grâce sublime entre les bras d’un Candeloro marnais. C’est une idée géniale que d’avoir situé la fête imposée par le cahier des charges de Arte dans une patinoire. Qui plus est, le jeu très sophistiqué sur les couleurs renforce le lyrisme bizarre de la scène.

L’âge des possibles (Pascale Ferran, 1996)

A Strasbourg, de jeunes couples se font et se défont.

Chronique ras-les-pâquerettes d’existences sans intérêt. Alors d’accord, c’est plutôt bien joué (par les élèves du Conservatoire de Strasbourg) mais ce n’est franchement pas mémorable. Si je devais donner la définition du glamour au cinéma, je citerais ce film morne et flasque, qui en est le parfait opposé.

C’était le mois de mai (Marlen Khoutsiev, 1970)

Pendant les jours de mai 1945 qui suivent l’armistice, des soldats russes se reposent dans une ferme allemande…

La dramaturgie est complètement diluée dans des séquences dont la durée est étirée au-delà du raisonnable. Cela n’empêche pas la première partie de comporter de jolis moments dont la légèreté de touche rappelle Eclairage intime. Après des scènes de chant, de danse et de beuverie, la découverte d’un camp d’extermination est filmée avec une terrible justesse, sans que les actions de soldats confits dans leur ignorance ne semblent parasitées par le regard d’un auteur ayant conscience de l’Histoire. S’en serait-il tenu à ça, C’était le mois de mai aurait pu laisser une bonne impression mais la deuxième partie, plus grave mais non moins languissante que la première, s’avère pesante au-delà du supportable.

Coeur de hareng (Paul Vecchiali, 1984)

Dans le XVIIème arrondissement parisien, guerre entre deux proxénètes.

Cette commande de la télévision dans le cadre de la « Série Noire » est du pur Vecchiali. Couleurs saturées, folklore des années 50 et grands sentiments forment un cocktail chargé d’intentions esthétiques mais pas toujours très digeste.

Le jardin des plantes (Philippe de Broca, 1994)

Après que son père trafiquant du marché noir a été fusillé par les Allemands, une petite fille est recueillie par son grand-père, naturaliste en charge du Jardin des plantes…

Ce téléfilm est une des oeuvres les plus personnelles et les plus achevées de Philippe de Broca. La facture, avec une lumière aussi travaillée que les mouvements de caméra, n’a rien à voir avec celle de Navarro. L’absence de concession de l’exposition, dont le ton est très grave, montre combien ce film tenait au coeur de son auteur. Le « je suis prêt à vous vendre des Juifs » hurlé par le père qui espère sauver sa peau devant ses bourreaux manifeste une audace aussi profonde que discrète de la part du scénariste et réalisateur. C’est avec beaucoup de finesse que seront ensuite montrés les mensonges dans lesquels se réfugie le grand-père pour oublier une réalité absolument insupportable.

Dans le contexte de l’Occupation allemande, l’archétype cher à de Broca du mélancolique confronté aux soubresauts du monde prend une dimension tragique. Il est remarquable que le cinéaste parvienne à maintenir l’équilibre entre cette dimension tragique prise à bras le corps et la légèreté, ce mélange d’humour, de fantaisie et de tendresse qui a toujours été sa marque de fabrique et qui demeure heureusement présent ici. L’interprétation de Claude Rich concourt évidemment à cette merveilleuse alchimie. Face à lui, Salomé Stévenin , 9 ans à l’époque, se tire très bien d’un rôle pas évident du tout.

Cette légèreté vivifie le rythme des images, empêche l’appesantissement et fait apparaître plusieurs des plus beaux instants du film comme comme saisis à la dérobée. Ainsi, la tonalité onirique du plan du grand-père et de sa petite fille sur le toit de la pension restera t-elle une tonalité et cette image ne fera pas dévier le cours du film vers une songerie hors de propos. Cette sobriété dans l’invention stylistique, cette humilité du regard, sont une évidente manifestation du tact de Philippe de Broca. Un tact sensible jusque dans les détails les plus anodins. Voir ainsi comment la mise en scène intègre l’handicapé mental à la petite famille: le plus naturellement du monde.

Bref, en dépit d’un dénouement qui accumule les facilités d’écriture au détriment d’une crédibilité jusque là maintenue, Le jardin des plantes demeure le film le plus émouvant de Philippe de Broca. Peut-être parce que c’est la plus récente de ses grandes réussites, il fait particulièrement réaliser combien cet auteur, noble et populaire, manque au cinéma français.