La ménagerie de verre (Paul Newman, 1987)

Un homme qui a fui son foyer raconte comment sa mère, abandonnée par son mari, avait tenté de marier sa fille infirme qui s’évadait de la réalité grâce à sa collection d’animaux de verre.

Le dernier film de Paul Newman en tant que réalisateur, La ménagerie de verre, est réputé être un des films les plus fidèles au texte du célèbre dramaturge dont il est adapté: Tennessee Williams. Cela signifie que le récit avance souvent à travers de longues tirades, que les monologues sont nombreux et rarement concis, que le décor est unique, que le symbolisme n’est pas d’une très grande subtilité. Même la grande Joanne Woodward se laisse aller au cabotinage. Mais l’auteur a l’astuce de prévenir les reproches de théâtralité excessive en racontant son histoire via un flashback du fils annonçant que « tout ceci est une pièce de théâtre et ne saurait être réaliste ». Il ne s’agit pas d’un effet de distanciation gratuit mais d’une façon pas plus bête qu’une autre de rappeler ce vieil adage: « la frontière entre le théâtre et la vie est floue ».

Et de fait, le spectateur finit par oublier les artifices théâtraux. La tristesse, l’espoir, la mélancolie…Impossible de résister à la déferlante d’émotions diverses et variées, au concentré d’humanité brassée par La ménagerie de verre, à la justesse du regard de l’auteur sur ses magnifiques personnages. Des personnages d’Américains bouffés par leurs rêves. Par certains aspects, le film m’a rappelé Gens de Dublin qui sortait la même année. Les regrets de la mère lorsqu’elle évoque sa jeunesse à moitié fantasmée d’aristocrate sudiste sont comme une version acide de la nostalgie d’Anjelica Huston dans l’ultime chef d’œuvre de son père.

Si l’intérêt varie au cours des deux heures et quart du métrage, si l’outrance de certains passages saute aux yeux, la dernière partie balaye toutes les réticences. La longue scène au cours de laquelle Jim « ouvre les yeux » de Laura à la vie est une des plus belles jamais imprimées sur pellicule. A ce degré de vérité humaine, à ce  stade d’empathie pour les personnages, qu’importe que l’émotion tienne du cinéma ou du théâtre. Une seule certitude: le découpage et la lumière magnifient les acteurs, leurs visages. Karen Allen est superbe de fragilité. Rarement personnage de fiction aura suscité autant de tendresse, de compassion que le sien dans La ménagerie de verre. Voir Laura se mettre à danser et mourir…

Propriété interdite (Sidney Pollack, 1966)

Cher Raoul,

Comme promis, je te fais part de mes impressions concernant Propriété interdite maintenant que j’ai pris le temps de visionner ma k7.
Premier constat: Arte la putain dévoyée a diffusé le film en VF.
Deuxième constat -oui je précise bien deuxième constat car biberonné que j’ai été aux films du jeudi soir sur FR3, je ne considère pas qu’un doublage est mauvais par principe: cette VF est lamentable. Qu’à cela ne tienne, je me concentrerai plus sur ce qui se passe à l’image.

Le souci, c’est qu’il ne s’y passe pas grand-chose, à l’image. Sidney Pollack manque singulièrement de style et de toute évidence, le film est médiocre, lourdement pesé qu’il est par l’académisme de sa forme. Passons sur le fond d’une intrigue typiquement intello new-yorkaise qui brasse confusément préoccupations sociales, sexe et nostalgie américaine sans jamais approfondir quoi que ce soit. Bruce Springsteen, lui, en aurait fait une bonne chanson.

Mais il y a notre Natalie adorée. Natalie qui est un auteur plus intéressant que Sidney Pollack. Natalie qui, en vraie contrebandière hollywoodienne, marque tous ses films, même les plus formatés, de sa griffe. Qu’est ce donc que la griffe de Natalie Wood ? C’est le génie d’incarner la jeunesse dans ce qu’elle a de plus séduisant et donc de plus subversif. Dans tous les bons films de Natalie Wood, de La fièvre dans le sang à Love with the proper stranger en passant par La fureur de vivre il y a une séquence où elle se fritte avec ses parents, sa mère en général. Et c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans Propriété interdite: l’exposition sans fard de cette jalousie larvée, taboue mais éternelle, entre une mère et sa fille, la première refusant que la seconde ait droit au bonheur qu’elle n’a pas eu lors de sa prime jeunesse. Ha, cette séquence où la vieille maquerelle réveille sa progéniture au petit matin, Natalie nue sous son drap, ha les violentes disputes qui s’ensuivent, c’est vrai, ça renvoie directement au chef d’oeuvre de Kazan. Corrige moi d’ailleurs si je me souviens mal, lors de la scène analogue dans La fièvre dans le sang, Natalie était aussi à poil, dans son bain cette fois; ce qui est logique puisque c’est bien l’insolente beauté de ce corps qui est au centre du conflit mis en scène. Je retiendrai d’ailleurs Natalie d’abord en déshabillé blanc plutôt qu’en robe rouge. Et les couettes aussi. Ha, les couettes de Natalie Wood, tout un programme. Les couettes, le symbole de l’innocence qui peut stimuler la pire des perversions…

Enfin, j’espère ne pas avoir paru trop dur pour ce film parce qu’un film qui cite expressément One way passage ne mérite pas qu’on en dise trop de mal.

Bien amicalement,

Christophe