Enquête sur une passion (Bad timing, Nicolas Roeg, 1980)

A Vienne, une jeune Américaine victime d’une overdose est conduite à l’hôpital par son amant psychanalyste…

Le film retrace ensuite le passé du couple à travers une narration exagérément alambiquée. Nicolas Roeg fait partie de ces cinéastes qui, dans les années 1970, sont passés pour des expérimentateurs en recyclant les procédés les plus éculés du cinéma muet. Je pense à l’insertion de séquences figurant ce à quoi un personnage est censé penser. Cet exemple suffit à révéler la conception plate et littérale du cinéma qui anime l’auteur. Cet ancien directeur de la photographie aime aussi faire mumuse avec ses focales tel qu’en témoigne cette séquence en champ-contrechamp où, à chaque raccord, l’arrière plan devient de plus en plus flou, sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. Chansons pop et standards de la musique classique sont très présents, comme s’ils étaient censés suppléer l’absence d’expressivité de la mise en scène. Comme ils semblent souvent plaqués sur les images, ils ne font que redoubler l’aspect artificiel de cette mise en scène; en dépit de la qualité de l’interprétation de Art Garfunkel et Theresa Russell (Keitel, lui, est ridicule).

Impuissant à rendre sensible la substance dramatique et humaine de cette liaison entre un psychanalyste qui se croit affranchi des carcans sociaux et une jeune paumée dont l’insaisissabilité avive les instincts possessifs de son amant, le réalisateur multiplie donc les effets d’esbroufe pour montrer qu’il est bien présent derrière la caméra. Nicolas Roeg pourrait n’être que prétentieux et incapable. Il se révèle vil et détestable lorsqu’il enchaîne arbitrairement et brutalement une scène d’amour avec un gros plan sordide du type trachéotomie ou avortement.

Le récidiviste (Straight time, Ulu Grosbard, 1978)

Un détenu libéré sur parole replonge…

Un beau film simple et réaliste. Le contexte social et les flics pourris ont leur importance dans la récidive mais l’oeuvre n’a rien du manifeste gauchiste excusant tout. L’ancien prisonnier est clairement montré comme étant un être avide et pulsionnel. S’inscrivant dans la grande tradition des récits américains, Straight time est un film behavioriste. Pas de discours plaqué, pas de simplification théorique mais une chronique qui vise à représenter de la façon la plus juste possible les actions des personnages. D’anciens braqueurs ont d’ailleurs servi de conseillers techniques. Dustin Hoffman, qui a failli réaliser le film, compose ici l’un de ses plus beaux rôles. La mise en scène est pudique, spécialement lors des moments d’intimité entre le malfrat et sa compagne. A noter finalement que ce film sorti la même année que Darkness on the edge of town est un des plus parfaits équivalents cinématographiques à une chanson de Bruce Springsteen.