La taverne de l’enfer (Paradise Alley, Sylvester Stallone, 1978)

En 1946 dans le Bronx, trois frères essayent de s’en sortir.

Comme Rocky, La taverne de l’enfer est une fable à la Capra avec de beaux personnages de prolos immigrés à New-York croyant trouver dans un sport de combat (ici, le catch) la possibilité de vivre le rêve américain. Contrairement à Rocky, la mise en scène est hyper-stylisée. Tel les réalisateurs du Kammerspiel, Sylvester Stallone condense son pessimisme social dans des images d’une grande force. Ainsi, un colosse en sueur montant un énorme pain de glace au dernier étage d’un immeuble lâche t-il subitement son fardeau dans les escaliers. La chute du glaçon est filmée en contre-plongée tandis que les éclats bleutés de sa désagrégation illuminent les quatre coins de l’écran. C’est beau et poignant. Le formidable travail sur les décors en studio annonce le Coup de coeur de Coppola et on note d’ailleurs l’apparition de Tom Waits.

Quoique se terminant de façon plus joyeuse que Rocky, La taverne de l’enfer est un film beaucoup plus noir que son illustre prédécesseur. En effet, Sylvester Stallone ne se contente plus de montrer la pauvreté des immigrés. Il s’en prend au rêve américain dans sa définition même lorsqu’il montre la réussite matérielle des frangins allant de pair avec la déchéance physique de l’un d’entre eux (en même temps que leurs relations, évidemment, se délitent). Son film est parsemé de moments poétiques où le grotesque se conjugue avec le sublime pour mieux faire ressortir le sinistre de la condition des personnages. Exemple: le suicide d’un catcheur retraité qui, ivre, se jette du pont le soir de Noël, « pendant qu’il est heureux ».

Mélange d’artifice revendiqué et de noirceur sociale gorgé de l’humanisme épais et sentimental de son auteur, La taverne de l’enfer est un film bizarre, attachant et franchement magnifique.

Candy mountain (Robert Frank, 1988)


Un jeune musicien new-yorkais est chargé par une maison de disques de retrouver un mythique fabriquant de guitares exilé au fin fond du Canada. Il croisera toutes sortes de personnages sur sa route.

Réalisé par Robert Frank, grand photographe américain, Candy mountain est une essence de ciné indé US. On retrouve cette caractérisation des personnages qui refuse toute psychologie au profit parfois d’une  « poésie décalé » qui frise le pittoresque à deux francs six sous (le passage avec les Rangers père et fils). On croise une galerie d’icônes à faire pâlir d’envie un Jim Jarmush: Joe Strummer, Tom Waits, Dr John, Bulle Ogier… Toutefois, les auteurs arrivent à faire passer, avec une belle limpidité, quelque chose sur l’éternel appel de l’Ouest, sur le caractère illusoire des mythes américains (voir la légende de la musique qui se vend aux Japonais sans le moindre état d’âme). Des paysages routiers saisis dans toute leur âpreté, des seconds rôles avec une belle présence donnent une certaine authenticité  à ce voyage au coeur de l’Amérique profonde qui aurait pu n’être qu’une branchouillerie sans âme.