Le bel Antonio (Mauro Bolognini, 1960)

A Catane, l’impuissance d’un soi-disant séducteur met en péril son mariage arrangé avec une fille sublime.

La satire du patriarcat sicilien recèle des moments amusants dont le meilleur est l’ellipse de la mort du père, sommet d’humour noir. La mise en scène de Mauro Bolognini met bien en valeur les jolis décors intérieurs mais elle est un peu amidonnée. Assumer pleinement le genre comique en insufflant plus de mordant et de vivacité n’eût pas nui à la force dramatique. Les acteurs -en particulier Pierre Brasseur- sont très bons mais on ne voit pas assez Claudia Cardinale (alors qu’on voit beaucoup Marcello Mastroianni).

Des filles pour l’armée (Valerio Zurlini, 1965)

En 1941, un jeune soldat italien est chargé de conduire des prostituées grecques vers un bordel militaire.

Le soldatesse, titre original, aborde donc un aspect de la guerre peu traité au cinéma. En suivant un convoi de prostituées dans un pays dévasté, il raconte comment, dans les conditions les plus sordides qui soient, le désir, les sentiments et la vie tentent de reprendre leurs droits avant de définitivement s’effacer devant les manifestations les plus horribles de l’Occupation. D’où une émouvante dialectique qui évite toute lourdeur dénonciatrice alors que le film s’avère in fine un des réquisitoires les plus sombres et les plus implacables contre les guerres d’agression. Le raffinement de la mise en scène va de pair avec une distance pudique qui nuance et explique la conduite des personnages les plus apparemment ignobles.

Typiquement zurliniens, les nombreux plans larges où deux visages juvéniles sont côte à côte face à la caméra, l’un légèrement en retrait, et éclairés par les beaux contrastes de Tonino Delli Colli situent les personnages hors de leur environnement immédiat et donnent une résonance élégiaque au drame qui est le leur. Les dialogues généralistes dénotent une certaine théâtralité de l’écriture mais sont parfois sublimes. Ils accentuent ce côté « hors du temps » de la mise en scène avant la dernière partie, avant que la réalité de la guerre ne reprenne ses droits sur les états d’âme de héros mélancoliques. L’interprétation dans son ensemble est d’une parfaite justesse.

Incisif, délicat et profondément singulier, Des filles pour l’armée est bien un film du plus secret des grands auteurs italiens.

Le dernier face-à-face (Sergio Sollima, 1967)

Un professeur rejoint une bande de hors-la-loi.

Sollima se sert du cadre westernien pour raconter une fable politique dont l’artifice de la construction est mis en évidence par des ressorts très grossiers. Impossible de prendre au sérieux un revirement aussi brutal que celui de ce professeur humaniste jusqu’à la caricature se mettant à tirer à bout portant dans la gorge des prisonniers. La désinvolture de la mise en scène (que de zooms!) n’aide pas non plus à l’implication dans le drame.

Deux rivales (Gli indifferenti, Francesco Maselli, 1964)

Un homme séduit la mère et la fille d’une famille bourgeoise désargentée.

Un film sinistre, terne, creux qui se complait dans la représentation de personnages médiocres. La bassesse et l’insignifiance des sentiments exprimés engendre la nullité d’un film par ailleurs mis en scène sans la moindre inspiration. Même Claudia Cardinale, coiffée n’importe comment et dont le corps est rarement filmé en entier, ne s’avère pas beaucoup plus désirable que Paulette Goddard, quinquagénaire décadente apte à stimuler nos instincts les plus pervers. Cette aberration est à l’image d’une œuvre à l’opposé de toute jeunesse, de tout désir, de toute vitalité.