Qui était donc cette dame? (George Sidney, 1960)

Surpris entrain d’embrasser une étudiante, un professeur de chimie, conseillé par un ami noceur, fait croire à son épouse en colère qu’il est un agent du FBI sous couverture.

L’idée de départ est amusante et le duo formé par Tony Curtis et Dean Martin sympathique mais la comédie, restée très théâtrale dans son écriture, patine à partir du moment où le véritable agent du FBI entre en scène, c’est-à-dire assez rapidement.

No room for the groom (Douglas Sirk, 1953)

Un soldat en permission constate que toute la famille de sa nouvelle épouse s’est installée chez lui.

Le découpage vif et précis de Douglas Sirk, le sens du tempo comique et l’entrain de Tony Curtis transfigurent les artifices théâtraux de l’intrigue (coïncidences opportunes et condensation abusive des péripéties). Bonne comédie.

L’étrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968)

Au début des années 60, la police de Boston chercher à retrouver un criminel qui étrangle des femmes.

Suremployé, le split-screen a tout d’un gadget fatigant. La narration ne privilégiant aucun point de vue, le spectateur ne sait pas vraiment pourquoi les auteurs se sont piqués de faire un film de ces faits divers monstrueux: l’adresse finale fait office de note d’intention plus que de conclusion. Heureusement, il y a Henry Fonda (le jeu de Tony Curtis est trop chargé).

Comment réussir en amour sans se fatiguer (Don’t make waves, Alexander Mackendrick, 1967)

A Malibu, après que sa voiture a été accidentée par une jolie peintre entretenue par un riche constructeur de piscines, un homme exige de se faire dédommager…

Le manque d’unité et de développement dans la narration est préjudiciable à cette satire amère du « californian way of life ». De sublimes actrices en petite tenue, des accents pathétiques rares et bienvenus, une chanson des Byrds et une maîtrise du Cinémascope digne de Blake Edwards la rendent toutefois assez plaisante. Certains gags tel la fin où une maison dégringole une falaise de boue poussent l’absurde jusqu’au malaise.

Le grand chantage (Sweet smell of success, Alexander Mackendrick, 1957)

Un journaliste-vedette utilise son sous-fifre pour briser l’idylle entre sa soeur et un musicien de jazz.

La peinture cynique et inédite de certains milieux journalistes (jusqu’ici plus souvent représentés dans des comédies que dans des films noirs) est une percutante métonymie de la société américaine des années 50. Ses peurs et ses valeurs perverties sont puissamment évoquées à travers les rapports entre le personnage de Burt Lancaster, imposante incarnation de ces faiseurs d’opinion qui sont conservateurs avec trop d’ostentation pour être honnêtes, et celui de Tony Curtis, fébrile et pathétique larbin prêt à toutes les compromissions morales pour grimper l’échelle sociale.

L’acteur d’Amicalement vôtre, éblouissant, trouve ici ce qui fut peut-être le rôle de sa vie. La souplesse et l’ampleur de ses gestes, en parfaite harmonie avec la belle partition jazz d’Elmer Berntein, apportent une grâce féline à son personnage de petite frappe tout droit sortie d’une chanson de Bruce Springsteen. Le somptueux noir et blanc de James Wong Howe, des dialogues incisifs, un soupçon de tragédie discrètement mêlé à la satire sociale (voir ce magnifique plan de Burt Lancaster surplombant New-York sur son balcon après qu’il ait constaté que sa soeur lui échappait) et une caméra en état de grâce achèvent de faire de ce premier film américain d’Alexander Mackendrick un des derniers chefs d’oeuvre du film noir.

Vacances à Paris (The perfect furlough, Blake Edwards, 1958)

Pour calmer des soldats envoyés dans une base du grand Nord pendant un an, l’état-major offre trois semaines de vacances à Paris avec une vedette argentine à l’un d’entre eux.

Peu nous importe les invraisemblances de l’intrigue tant celle-ci est dynamisée par l’entrain de Tony Curtis et la verve d’un Blake Edwards au sommet de son inspiration comique. Du champagne.

L’extravagant Mr Cory (Blake Edwards, 1957)

Un homme issu d’un quartier pauvre de Chicago utilise sa chance au jeu et son baratin pour grimper l’échelle sociale.

A la fois romanesque et concis, Mr Cory est un récit d’ascension et de chute classique mais très bien mené. Le Cinémascope-couleurs de Russel Metty est joli (le début au bord d’un lac rappelle Le secret magnifique), les seconds rôles tel le maître d’hôtel ou le vieux mentor sont excellents parce que leur caractérisation est nuancée et Tony Curtis incarne superbement ce personnage de beau gosse qui se veut cynique mais qui est au fond trop naïf. Le film commence comme une comédie mais perd de sa drôlerie et gagne en amertume au fur et à mesure qu’il avance sans que la rupture de ton ne soit perceptible. Ce savant mélange des registres annonce les grandes oeuvres à venir de Blake Edwards.

Au revoir Charlie (Vincente Minnelli, 1964)

Un scénariste mufle se fait assassiner par un producteur jaloux d’une de ses conquêtes. Il se réincarne en superbe blonde…

Cette comédie satirique réalisée à la Fox fait plus penser à du Wilder qu’à du Minnelli période MGM. Ce n’est malheureusement pas très réussi. L’idée de départ est riche de potentiels mais est mal développée. Le scénario manque de péripéties, de gags, d’idées. Et le film dure pourtant près de deux heures…Son rythme est du coup assez lent. De plus, le cinémascope semble -une fois n’est pas coutume- anesthésier la mise en scène de Minnelli. Blake Edwards sera plus inspiré trente ans plus tard lorsqu’il dirigera le quasi-remake qu’est Dans la peau d’une blonde. Reste Tony Curtis et Debbie Reynolds qui forment un sympathique duo.

Diable au soleil (Kings go forth, Delmer Daves, 1958)

De la romance tourmentée sur fond de guerre, le tout saupoudré d’un message bien-pensant. Diable au soleil est un parfait archétype du film « de prestige » hollywoodien, genre d’entreprise impersonnelle taillée sur mesure pour les Oscars dont l’insupportable Tant qu’il y aura des hommes pourrait être considéré comme le parangon. Passer outre les clichés débités à la pelle (ça se passe en France donc je vous laisse imaginer…), les bons sentiments qui tiennent lieu de psychologie, la timide audace (l’héroïne métisse jouée par…Natalie Wood !), les rebondissements prévisibles (la réconciliation des rivaux sous le feu de l’ennemi) alors que le film ne cesse de se prendre au sérieux à coups de tirades lénifiantes comme quoi le racisme c’est pas bien demande une énorme dose de foi au spectateur. Alors bon, le filmage d’un Delmer Daves est moins sec que celui d’un Zinnemann, ses quelques gros plans, son noir et blanc soyeux font que ses séquences de baisers seront toujours plus érotiques que celles de son collègue autrichien -et sans les vagues s’il vous plaît- mais il n’empêche: le film reste médiocre. Pour un beau film sur l’armée américaine en garnison dans une ville européenne, on se tournera vers le moins connu mais nettement moins idiot A bell for Adano.

Les pièges de Broadway (The rat race, Robert Mulligan, 1960)

Ce deuxième film de Robert Mulligan n’est certainement pas son plus réussi. Le scénario n’est n’est pas très fin dans sa démonstration du « New-York, c’est la jungle pour les âmes pures venues de la province ». La mise en scène est assez statique, la dramaturgie évolue principalement via de longs dialogues -souvent justes- filmés en champ-contrechamp. Malgré cela, le film se suit avec plaisir grâce surtout à l’excellent duo de comédiens, Tony Curtis et Debbie Reynolds, dont les personnages sont très attachants. Un joli film.

Une vierge sur canapé (Sex and the single girl, Richard Quine, 1965)



Tony Curtis travaille dans un magazine à scandales et décide de prouver que la ravissante Natalie Wood, brillante psychanalyste, est vierge en se faisant passer pour un patient…s’ensuit une série de quiproquos savamment agencés par Richard Quine, pygmalion de Kim Novak, partenaire de Blake Edwards et réalisateur aussi brillant que méconnu.
Les seconds rôles sont excellents, surtout le couple Fonda/Bacall. Parmi tous les plaisirs distillés par cette comédie, celui de voir Henry Fonda, l’incarnation hollywoodienne de la droiture puritaine, jouer un vendeur de bas rejeté par une épouse jalouse n’est sans doute pas le plus négligeable. Le reste, c’est à dire la musique jazzy, les yeux de Natalie Wood, le générique très pop, les jambes de Natalie Wood, la photo pastel, les robes de Natalie Wood, n’est que pur délice.