Amours italiennes (Rome Adventure, Delmer Daves, 1962)

Une jeune bibliothécaire quitte son poste dans une école guindée de la Nouvelle-Angleterre et part en Italie pour, s’imagine t-elle, profiter de l’amour…

Dernier film du cycle de films sur la jeunesse de Delmer Daves avec Troy Donahue, Rome adventure se distingue de ses trois prédécesseurs de par son ton: apaisé, contemplatif, réflexif et donc à l’opposé de la flamboyance mélodramatique qui caractérisait Susan Slade, Parrish et A summer place. On est ici plus proche d’Eric Rohmer que de Douglas Sirk. Visuellement, le cinéaste s’en donne en coeur joie dans le registre touristique et filme avec gourmandise les monuments romains dans la lumière du soir aussi bien que les lacs du Nord de l’Italie. Le point de vue étant celui d’une touriste, on ne saurait lui en faire grief.

Ces délicieuses déambulations dans la ville éternelle pourraient même passer pour le nec plus ultra de la modernité tant il est vrai que le récit n’avance quasiment pas pendant les trois premiers quarts d’heure. Entre conversation dans une librairie avec sa future patronne et bagarre dans un club de jazz, ce sont de petites touches qui dessinent peu à peu le portrait d’une jeune femme découvrant les divers aspects de l’amour.

Un récit aussi ténu dans un cadre aussi somptueux fait qu’on n’est pas très loin du roman-photo mais, grâce notamment à la franchise de son traitement et à la jolie présence de Suzanne Pleshette, Delmer Daves parvient à restituer ces questionnements d’adolescente dans toute leur fraîcheur virginale. On regrettera simplement que la résolution de la confrontation de l’héroïne à ces différents types d’amour soit conventionnelle, aussi bien dramatiquement que moralement parlant. Le personnage d’Angie Dickinson est ainsi tristement sacrifié sur l’autel de la facilité scénaristique.

Susan Slade (Delmer Daves, 1961)

Sur le bateau qui ramène sa famille en Californie, une jeune fille a une aventure avec un jeune homme en partance pour l’Alaska…

Encore une fois, Delmer Daves magnifie la confrontation entre l’amour de jeunes bourgeois et les préjugés de leur classe. Cette magnification est d’abord morale en ceci que les personnages d’adultes sont globalement bienveillants. Une grande douceur revêt les rapports entre Susan et ses parents. Ainsi une norme sociale est-elle condamnée sans que ses promoteurs, qui finiront par abandonner d’eux même cette norme devenue absurde, ne le soient. La magnification est ensuite esthétique: mouvements d’appareil à la grue, musique de Max Steiner, décors superbes et Technicolor de Lucien Ballard fournissent un écrin somptueux aux passions des protagonistes.

Vanité décorative direz-vous peut-être? Je dis non car d’une part, l’utilisation d’une mise en scène aussi grandiose pour exprimer des amours d’adolescents est le signe émouvant de la générosité de l’auteur (qui a écrit, produit et réalisé le film). D’autre part, poussé à un tel extrême et couplé à la sensibilité paysagiste de Daves, un style décoratif tend nettement vers l’expressionnisme. Témoin cette séquence où la jeune fille se retrouve seule sur son cheval face à l’océan déchaîné de sa douleur. A ce titre, l’artifice théâtral du dénouement dénote d’avec le reste du film, torrent de lyrisme qui intègre avec une aisance déconcertante les rebondissements les plus improbables par la grâce de sa forme.

Ils n’ont que vingt ans (A summer place, Delmer Daves, 1959)

Un couple de déclassés américains accueille dans leur résidence transformée en hôtel la famille de leur ancien maître-nageur qui a depuis fait fortune. Les deux familles ont des enfants en âge d’aimer…

Premier des quatre mélodrames sur la jeunesse écrits, réalisés et produits par Delmer Daves, A summer place accumule les péripéties feuilletonesques à la limite de l’invraisemblable mais séduit par la relative franchise avec laquelle il traite du sexe ainsi que par le lyrisme de son style. A l’image de ce que faisait Douglas Sirk à Universal, la mise en scène est ainsi somptueuse: couleurs flamboyantes, musique magnifique de Max Steiner (dont le disque cartonna), ampleur des cadrages insérant les personnages dans un décor naturel qui reflète leurs tourments à la façon de la plus belle tradition expressionniste. Avec candeur et magnificence, Delmer Daves arrive à nous faire prendre au sérieux les drames sentimentaux de ses protagonistes, insufflant même à certains endroits de son mélodrame des accents tragiques. Il rend sensible le poids de la fatalité parentale qui pèse sur les deux jeunes héros. La distribution de ce joyau du genre « mélodrame flamboyant » est dominée par l’excellent Arthur Kennedy.