Bouge pas, meurs, ressuscite! (Vitali Kanevsky, 1989)

En 1947 près d’un goulag sibérien, les tribulations d’un gamin livré à lui-même.

Film naturaliste qui mise plus sur l’effet produit par le sordide des situations et l’esthétisme du joli filmage en noir et blanc que sur un scénario très ténu. Un film pour festival quoi.

Un brave garçon (Ceux de Novgorod, Boris Barnet, 1943)

Pendant la seconde guerre mondiale, des partisans russes recueillent un chanteur lyrique évadé et un aviateur français parachuté.

Le scénario de ce film de propagande est grossier mais la mise en scène est étonnamment sereine et aérée. Le naturel du découpage en plans-séquences, l’importance visuelle de la nature ainsi que la place incongrue accordée à la musique (il y a plusieurs passages chantés dûs au personnage du chanteur lyrique) font oublier les inévitables clichés. Ceux de Novgorod est un petit film (1 heure) d’une beauté inattendue.

Trois chants sur Lénine (Dziga Vertov, 1934)

Panégyrique à la gloire de Lénine dans lequel Dziga Vertov continue ce qu’il entreprenait dans L’homme à la caméra, à savoir la savante mise en correspondance de prises de vue pseudo-documentaires. Il n’y a ni narration ni apparence de mise en scène mais le montage se charge de nous montrer que de l’Anatolie à la Place rouge, tout le monde aime Lénine. Il y a certes quelques plans frappants mais le film est dans l’ensemble fort peu intéressant puisque les images se contentent d’illustrer des cartons du type « Les siècles passeront, et les gens oublieront les noms des pays dans lesquels vécurent leurs ancêtres. Pourtant, ils n’oublieront jamais le nom de Lénine. Vladiminir Litick Lénine. » De la propagande soviétique dans toute sa splendeur idéale pour montrer à des jeunes (ou des moins jeunes) qu’une forme documentaire n’a rien à voir avec l’objectivité ou la vérité.

La Terre (Alexandre Dovjenko, 1930)

On l’a quelque peu oublié aujourd’hui mais l’Ukraine fut une des provinces soviétiques où le cinéma était le plus florissant. Dans les années 20, le pouvoir central avait bien du mal à étouffer les traditions des metteurs en scène de ce pays de petits propriétaires (les vilains koulaks). Pour rééduquer les réfractaires, on fonda une école de cinéma à Odessa mais les cinéastes détournèrent l’expression du sentiment national en exaltant la Nature. A la fin des années 20, les Soviets décidèrent alors de frapper un grand coup en fermant les studios d’Odessa et de Yalta. Plusieurs réalisateurs furent envoyés en stage de rééducation à Moscou. Ils revinrent dans leur pays natal frappés par la lumière du génial petit père des peuples.

Alexandre Dovjenko était de ceux-ci, qui entreprit dès son retour de « combattre le nationalisme et le chauvinisme réactionnaire ukrainiens et chanter et glorifier la classe ouvrière ukrainienne qui a accompli la révolution socialiste » (propos de Dovjenko à propos de L’Arsenal, son film réalisé avant La Terre). La Terre est donc d’abord un film de propagande célébrant la « vie nouvelle », cette tarte à la crème du cinéma soviétique. La vie nouvelle, ici, ce sont les tracteurs et la mécanisation de l’agriculture qui permettront aux serfs de s’émanciper des koulaks. C’est pour le moins schématique, le drame individuel symbolisant cette lutte n’a strictement aucun intérêt tant il est traité niaisement, mais c’est sauvé de la pire des platitudes par un réel sens plastique.

C’est que Dovjenko a intégré le folkore ukrainien aux exigences du Parti. A priori, des plans appuyés sur la rosée tombant des pommes, sur les chevaux qui galopent, sur les têtes des vaches, sur les blés soufflés par le vent n’ont que peu à voir avec la doxa révolutionnaire. Aussi beaux soient ces plans. L’idée de Nature, c’est à vrai dire l’antithèse absolue du marxisme. Pourtant -et c’est là le génie du cinéaste- le montage fait que tous ces plans appuient et augmentent infiniment la portée du discours sur la « vie nouvelle ». La symphonie d’images montre qu’il n’y a pas que la foule de kolkhoziens qui empêche le koulak assassin de dormir tranquille. La Nature elle-même rend caduque l’existence des koulaks. A en croire ce film de propagande aux allures de poème cosmique, les saisons n’attendaient que le communisme pour se dérouler correctement.