Au service de la gloire (What price glory, Raoul Walsh, 1926)

Dans un village picard pendant la première guerre mondiale, un capitaine des Marines retrouve un sergent avec lequel il a l’habitude de se battre pour les femmes.

Cela manque de concision à certains endroits mais, cinéaste au sommet de son art, Raoul Walsh mêle magnifiquement la truculence (beaucoup), l’émotion (un peu) et la virtuosité spectaculaire (plus que dans son oeuvre ultérieure, les artifices de la Fox sont notamment utilisés pour styliser les grandioses batailles). Magistral et en tous points supérieur à la version de Ford tant l’inventivité visuelle et, aussi, une plus grande empathie de Walsh envers les « femmes à soldats », empêchent ici la verdeur de sombrer dans la vulgarité.

While Paris sleeps (Allan Dwan, 1932)

Un forçat s’évade pour s’occuper de sa fille qu’il n’a pas connue.

Récit superficiel et conventionnel mais varié et dense. L’étonnante souplesse de la caméra apporte une belle fluidité à la mise en scène et la douceur du ton rend While Paris sleeps assez attachant alors qu’avec son canevas hugolien, il aurait pu verser dans l’emphase mélodramatique.

 

Rivaux (Under pressure, Raoul Walsh et Irving Cummings, 1935)

A New-York, deux équipes rivales percent un tunnel sous la mer…

Les quelques notations documentaires (ainsi des risques de malaise encourus par les ouvriers lorsqu’ils remontent à la surface) sont ce qu’il y a de plus intéressant dans ce digne et conventionnel petit film à la gloire des perceurs de tunnel.

The black watch (John Ford, 1929)

Le capitaine King de l’armée britannique part en Inde alors que commence la Première guerre mondiale, passant pour un lâche aux yeux de ses camarades. En réalité, il est en mission secrète pour libérer des soldats britanniques détenus dans cette région…

Le début est typiquement fordien avec départ de soldats à la gare, chants collectifs et adieux des épouses. C’est assez réussi malgré la lenteur inhérente à ces tout-débuts de cinéma parlant. Après le départ en Inde, le scénario vire au grand n’importe quoi et le jeu excessivement solennel des acteurs achève de faire de The black watch un véritable navet. A noter que plusieurs scènes de dialogue n’ont pas été dirigées par Ford mais par le comédien Lumsden Hare.

Pagode en flammes/Sur la route de Birmanie (China Girl, Henry Hathaway, 1942)

Film de propagande sur la résistance chinoise. Le début est très bon, avec des péripéties typiques du film d’aventure qui  s’enchaînent sans la moindre graisse, dans le plus pur style Hathaway. De plus, la photo de Lee Garmes est jolie. Malheureusement, la love story conventionnelle est difficilement croyable et la fin emphatique est risible même si spectaculaire au sens le plus primaire du terme. Quant à Gene Tierney, elle est -évidemment- superbe, dans un rôle d’Asiatique similaire à celui qu’elle tenait la même année dans Shanghai Gesture. Un film anecdotique à réserver aux inconditionnels de la belle.

La mascotte du régiment (Wee Willie Winkie, John Ford, 1937)

Un film pour le moins atypique que cette adaptation de Rudyard Kipling par John Ford alors militant de l’IRA et donc, on l’imagine, peu enclin à chanter les louanges de l’Armée de Sa Très Gracieuse Majesté. De plus, il s’agit d’un film avec Shirley Temple, donc le film est d’abord destiné au jeune public. La mascotte du régiment n’aurait pu être qu’une curiosité infantile et vieillotte si Ford n’avait trouvé matière à injecter ses préoccupations dans ce projet très calibré.
C’est que finalement une garnison anglaise aux Indes ressemble beaucoup à un régiment de la cavalerie de l’Union à la Frontière. On retrouve dans La mascotte du régiment une veuve dont la dignité impose le respect, un vieux colonel intransigeant, un sergent tapageur (Mac Laglen est là !), un redoutable chef de guerre indigène, des scènes de bal avec de jeunes couples…De plus, Ford se focalise sur un régiment écossais. L’occasion pour lui de jouer sur le pittoresque et de présenter l’Armée comme lieu de reconnaissance nationale. Une bonne part du matériau fictionnel est donc éminemment fordienne.
A côté de ça, il y a le cahier des charges « Shirley Temple ». Certaines péripéties, dont le dénouement, consterneront tout spectateur âgé de plus de dix ans. Cependant la jeune star est une remarquable comédienne qui, loin de gâcher le potentiel dramatique du film, réhausse la valeur de certaines séquences par son jeu étonnant de naturel. Je pense ici notamment au passage le plus émouvant du film, une des plus belles morts qu’ait mises en scène John Ford. Shirley Temple s’est d’ailleurs, contre toute attente, très bien entendu avec lui et elle est revenue dix ans plus tard, dans Fort-Apache. Un chef d’oeuvre pas si différent de La mascotte du régiment.