Avant l’aube (Raphaël Jacoulot, 2011)

Dans les Pyrénées pendant les fêtes de fin d’année, le directeur d’un hôtel aide son fils à cacher un cadavre mais est surpris à son retour par un de ses employés…

L’absence de logique dans la conduite des personnages nuit grandement à l’efficacité du polar et à la pertinence de la « critique sociale ». De plus, au lieu de se focaliser uniquement sur les rapports entre le directeur (impeccable Bacri qui permet au film d’être regardé sans trop d’ennui) et l’employé (monocorde Vincent Rottiers), la narration ménage faussement des mystères sans intérêt. Bref, c’est pas terrible du tout.

Valentin Valentin (Pascal Thomas, 2015)

Dans un immeuble, chronique des jours ayant précédé l’assassinat d’un jeune et riche locataire…

Après avoir brillé dans une veine naturaliste, Pascal Thomas s’est mis à tourner le dos à son époque, à exploiter des archétypes et à soigner ses images plus que de coutume. Cette stylisation exacerbée correspond dans son oeuvre à la période 2002-2012. Période pas très heureuse où la gesticulation des acteurs, le chatoiement des couleurs et les intrigues tirées d’Agatha Christie tournaient à vide à cause d’une paresse certaine de l’écriture.

Il y a des reliquats de cet anti-réalisme dans Valentin Valentin. Je pense notamment au lieu de l’action: un immeuble quasi-utopique situé dans une ville indistincte. Les scènes de fête révèlent la conception, vaguement surannée, de la fête selon l’auteur plus qu’elles ne sont en prise avec la réalité des goûts actuels. Des goûts que Pascal Thomas conchie sans doute aussi allègrement que légitimement. Cependant, ce petit monde sous cloche parvient à s’animer d’une vie véritable. Délaissant très vite l’intrigue policière pour n’y revenir que lors d’un final doté d’un admirable sens du rythme où la narration jusqu’ici un peu brinquebalante trouve son harmonie naturelle, Pascal Thomas se focalise sur la multitude de personnages, hommes et femmes, jeunes et vieux, qui habitent l’immeuble.

Un axe commun dans ce récit choral: le plaisir. Qu’il s’agisse du portrait plein d’empathie mais sans complaisance de l’alcoolique jouée par une émouvante Geraldine Chaplin, d’une liaison adultère avec Marie Gillain se montrant peu avare de ses charmes, de la dangereuse passion pour les belles fringues d’une étudiante ou du voyeurisme pédophile d’un jardinier, ce vieux libertaire qu’est Pascal Thomas n’a de cesse de révéler les secrets derrière la façade tout en interrogeant la frontière entre hédonisme et vice avec une lointaine et universelle compassion qui l’apparente au Fritz Lang des derniers films américains.

Le cinéaste a composé cette amère fantaisie avec goût, tact et sensibilité. Un plaisir parmi d’autres: Arielle Dombasle rappelle quelle grande actrice comique elle est. La principale réserve: Vincent Rottiers dans le rôle de Valentin. Il est difficile de croire que tant de femmes soient folles de lui.