Les loups dans la vallée (The big land, Gordon Douglas, 1957)

Après la guerre de Sécession, un cow-boy Texan aide des fermiers du Kansas à construire une gare pour pouvoir vendre son bétail à d’autres marchands que les rapaces du Missouri.

Malgré des transparences hideuses et une musique parfois pléonastique, Les loups dans la vallée est un très bon western qui témoigne d’autant mieux des vertus du genre qu’il est dénué du génie d’un auteur. Entremêlant avec un admirable naturel relents de la guerre de Sécession, convoyage de bétail, avancée du chemin de fer et histoire d’amitié rédemptrice qui préfigure Rio Bravo, le récit est d’une grande variété dramatique. Toutefois, l’absence de mise d’accent sur l’un ou l’autre de ces aspects fait que le tout demeure un peu superficiel malgré quelques éclats de la mise en scène notables dans les séquences violentes ou tristes. La virilité un tantinet maniérée de Alan Ladd apporte aussi une touche de singularité. C’est un des rôles qui justifient le mieux sa réputation de star du genre.

Le shérif (The proud ones, Robert D. Webb, 1956)

Pour lutter contre un caïd, un shérif vieillissant embauche comme adjoint le fils d’un truand qu’il a tué…

Rarement western aura fusionné l’intimisme et le politique avec autant d’évidence. La chronique des derniers jours du mandat d’un shérif dans une ville en pleine expansion économique permet aux auteurs d’aborder plusieurs thèmes, certains typiques du western (la relation entre l’homme de loi expérimenté et le jeune chien fou, l’établissement du law and order…), d’autres plus inhabituels (le vieillissement qui rend inapte au métier). Le traitement est simple et précis, le rythme est ample et fluide, le regard est droit et toujours à hauteur d’homme. Clairement, on songe à Hawks d’autant que Walter Brennan campe ici rigoureusement le même personnage que dans Rio Bravo, qui sortira deux ans plus tard.

Le film est plein de détails qui donnent de l’épaisseur aux personnage et enrichissent l’intrigue. Ainsi d’un adjoint démissionnant sans que l’on ne sache vraiment si c’est par lâcheté ou parce que sa femme est sur le point d’accoucher.  La plus belle de ces idées est sans doute d’avoir rendu le shérif sujet à des crises de cécité partielle après qu’il a été agressé. Ces crises obligent parfois le héros à fuir devant l’ennemi et donc l’humanisent considérablement. Plus subtilement, on retrouve ce poids d’humanité du héros dans son acharnement quasi-obsessionnel. En témoigne la scène où il explose de colère face à un conseil municipal qui s’accommode fort bien des nouveaux tripots, très bons pour les affaires. Le jeu extraordinaire du grand Robert Ryan (c’est peut-être son plus beau rôle au cinéma) dit ici toute la rigueur puritaine qui motive son personnage, parfois à l’encontre des gens qui l’ont élu.

D’une façon générale, la compromission morale de la communauté est très bien montrée: précisément et graduellement. Il n’y a pas de simplification abusive et démagogique au service d’un quelconque message politique ou ressortant d’une convention mal digérée mais la présentation claire, rigoureuse et intelligemment dramatisée de chacun des tenants et aboutissements d’une situation donnée. Bref: un précis de mise en scène.

En somme, Le shérif est un des meilleurs westerns urbains qui soient.

Si bémol et fa dièse (A song is born, Howard Hawks, 1948)


Ce remake de Boule de feu ravive l’éternel schéma hawksien de l’homme niais face à la femme dégourdie.
Sauf que là, Danny Kaye apparaît vraiment trop niais pour être supportable. Certains gags sont à ce sujet vraiment lourds. On ne croit pas une seule seconde à l’intrigue avec les gangsters tant ceux-ci semblent sortis d’une opérette. Les séquences musicales sont souvent médiocres même si elles font intervenir pas mal de vedette de l’époque (Louis Armstrong…). Ainsi Virginia Mayo est sexy, ce qui est appréciable compte tenu de son rôle, mais ce n’est pas une grande chanteuse. Le Technicolor pastel ravira le mauvais goût qui sommeille en chacun de nous.
Quelques belles scènes, notamment la fin où la musique sauve littéralement les héros, donnent un semblant d’intérêt à Si bémol et fa dièse qui reste une variation faiblarde d’un schéma hawksien si brillamment utilisé dans d’autres oeuvres du maître.