La reine Margot (Patrice Chéreau, 1994)

En 1572, le mariage entre Marguerite de Valois soeur du roi de France et Henri de Navarre, chef protestant, déclenche la Saint-Barthélémy.

La reine Margot est un film écartelé entre la volonté de Patrice Chéreau de faire savoir à son public qu’il est un artiste concerné par les grands maux de la société et son tempérament lyrique qui l’incline à ne s’intéresser qu’à des corps. C’est ainsi que l’oeuvre échoue à nous faire comprendre quoi que ce soit des guerres de religion: accumuler des images sanguinolentes ne saurait suffire à concrétiser un point de vue sur « l’intolérance » ni, à plus forte raison, sur le complexe contexte politique de l’époque. Si cette adaptation de Dumas est assez fidèle à l’Histoire et si les dialogues dispensent toutes les informations nécessaires au déroulement de l’intrigue, pour tout saisir, mieux vaut s’être rafraîchi la mémoire avant la projection avec un bon livre sur le sujet.

En effet, Chéreau ne se soucie guère de rendre intelligibles les tenants et aboutissants de la Saint-Barthélémy. La mise en scène, complètement focalisée sur les corps gesticulant et déclamant, n’inscrit jamais les personnages dans un cadre spatio-temporel. A la rigueur, pourquoi pas. Pourquoi ne pas s’intéresser exclusivement aux grands et à leurs désirs plus ou moins malsains? Le problème est que les longues séquences de massacre vont à l’encontre d’un tel parti-pris et que le tout apparaît comme un brouet hystérique d’où aucune ligne de force (et certainement pas celle annoncée par Chéreau dans ses interviews: la prise de conscience d’une princesse des horreurs qui l’entourent) n’émerge de façon sensible.

Seul l’effet de choc intéresse en fait le réalisateur, un effet de choc dispensé à grand renfort de trucs plus vulgaires les uns que les autres: complaisance doloriste, porno chic, musique dans la droite lignée de Era et interprétation dénuée de toute nuance; le pompon de la caricature revenant à Jean-Hugues Anglade.

Ces messieurs dames (Pietro Germi, 1965)

Trois sketches sur l’hypocrisie des Italiens qui n’en ratent pas une pour tromper leur conjoint.

Caricature de comédie italienne. On peut lui faire les mêmes reproches qu’à certains films français d’après-guerre, tel Occupe toi d’Amélie: noirceur de pacotille, complaisance dans la bassesse, cynisme qui tient plus de la paresse morale que des enseignements d’Antisthène, jeu d’acteur réduit à de vaines gesticulations, absence de finesse et de subtilité. Heureusement, Virna Lisi illumine le film. Ses fossettes, ses yeux, la courbe de ses hanches, d’une beauté si singulière et si évidente, constituent la plus éclatante des parades au frelaté de cette représentation de pantins qui se prétend étude de moeurs. Virna Lisi est un ange que l’esprit des auteurs, aussi étriqué et vil soit-il, ne peut pas atteindre.

Que ce film justement tombé dans l’oubli ait été palmé à Cannes alors que les chefs d’oeuvre antérieurs de Risi (Le fanfaron), Monicelli (La grande guerre) ou Comencini (La grande pagaille) avaient été purement et simplement ignorés par le comité de sélection n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’inanité des jugements de cette réunion de pingouins qui trop souvent a préféré les ersatz aux authentiques bons films.

Comment tuer votre femme ? (Richard Quine, 1964)

Encore une comédie éminemment sympathique de Richard Quine. Encore une fois, le film est coloré, ludique (je songe notamment à une ouverture géniale que n’aurait pas reniée Guitry), délirant et très drôle. Jack Lemmon est encore une fois excellent dans ce rôle de dessinateur de BD qui tient absolument à vivre les aventures de ses héros pour que ses lecteurs lisent quelque chose de « réaliste ». Virna Lisi fait un peu potiche mais elle est sublime et c’est l’essentiel. Et encore une fois, une galerie de personnages secondaires très bien croqués même si très typés enrichit le film. Ici, l’humour est particulièrement noir, le film prenant l’allure d’un jubilatoire pamphlet misogyne d’une férocité assez inouïe avant de se terminer en happy end conventionnel qui sauve la morale au détriment d’une certaine cohérence de l’intrigue. En effet, s’il est évident que les auteurs se moquent autant des célibataires endurcis que du matriarcat, on peut légitimement se demander pourquoi l’épouse ne réapparaît pas plus tôt alors que la vie de son mari est quand même en danger. Je n’en dis pas dis plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte des futurs spectateurs mais cette fin est la seule ombre au tableau d’un film par ailleurs délicieux.