Les surprises de l’amour (Luigi Comencini, 1959)

A Rome, deux cousines exaspérées par la conduite de leurs fiancés tentent de se les échanger.

Amusant marivaudage où le tiraillement des personnages entre leurs propres désirs et les stéréotypes auxquels ils tentent de se conformer est plaisamment brocardé. La multiplicité des protagonistes, la sympathie des acteurs, le charme des actrices, la tendresse du ton et une certaine inventivité réaliste de la mise en scène (l’idylle montrée du point de vue des potaches, le jeu entre l’appartement et le café…) compensent bien la paresse du récit.

Zig-zig (László Szabó, 1975)

Deux danseuses de cabaret qui se prostituent pour se payer un chalet sont mêlées à une affaire d’enlèvement…

En présentant Zig-zig à la Cinémathèque, le brillant Serge Bozon l’a placé dans la continuité du cinéma français des années 30. Je ne suis pas tout à fait d’accord car, outre que certaines figures de conventions utilisées ici n’ont rien à voir avec cette époque (le boxeur déchu), il est évident que László Szabó est conscient du caractère suranné de ces figures, qu’il n’essaie nullement de les intégrer à la réalité de son temps ni même de filmer cette réalité (les extérieurs naturels sont filmés comme des décors de studio). Il n’y a pas d’échappée documentaire (comme dans Paris béguin ou Mauvaise graine) ni d’évocation de la société contemporaine (Derrière la façade ou La crise est finie). Le film fonctionne donc en vase clos et s’apparente à un exercice de style puisant ses références dans un fonds commun immémorial et transnational.

Ribambelle musicale et colorée mélangeant les genres et les archétypes, Zig zig fait songer à du Vecchiali en moins conceptuel (donc, quelque part, en plus réussi). Le résultat manque trop d’unité (d’unité dramatique, d’unité de ton) pour qu’on puisse vraiment se passionner pour l’intrigue et les personnages mais fonctionne par a-coups. A côté de scènes bêtement parodiques, l’émotion affleure ici et là, tantôt franche tantôt délicate, servie par l’inventivité poétique de la mise en scène (la maquette du chalet symbolisant les passes) et la surprenante justesse des comédiens (on a fait un faux procès à Deneuve qui est ici parfaite). La fantaisie semble tantôt gratuite (le flic qui rejoint sa maîtresse dans le bain habillé) tantôt géniale de par son impact dramatique et la logique jusqu’au-boutiste avec laquelle elle est déroulée (le flic qui voit son doigt coincé dans le robinet quand le mari rentre).

Drôle de film en vérité, dont le caractère foncièrement hétérogène et inégal provient peut-être de son tournage chaotique où Szabó, souvent ivre mort, fut forcé de déléguer une bonne partie de la mise en scène à son assistant, Jean-François Stévenin. A voir, en tout cas.

Il Giovedi (Dino Risi, 1964)

Un homme passe une journée avec son fils qu’il n’a pas vu depuis cinq ans.

Une merveille de sensibilité. Quelles sont les qualités permettant d’affirmer que, sur le thème assez classique du père tentant de regagner l’estime de son enfant, Dino Risi a réalisé le film le plus beau et le plus émouvant ?

  1. L’idée d’avoir insufflé un cruel parfum de lutte des classes à la chronique familiale. Ainsi les mensonges comico-pathétique du père pour faire croire qu’il est socialement plus élevé que la mère de son fils relèvent-ils du meilleur de la comédie italienne.

  2. Plus généralement, la façon de faire résonner l’intrigue intimiste dans l’ensemble de la société italienne. En rendant le spectateur complice quoique, suprême génie de leur part, non complaisant via-à-vis de ce père aimant et immature, les auteurs égratignent discrètement mais sûrement le matriarcat régnant tout en s’attendrissant sur les illusions de liberté du mâle (sublime dernier plan). Tout comme Le fanfaron, Il giovedi me fait dire que Risi a filmé l’Italie et l’Italien mieux que personne.

  3. La mise en scène au sens strict du terme. Contrairement à ce que les auteurs eux-mêmes aimaient à clamer, il y a bien, comme pour tous les genres, une hiérarchie qualitative des films de la comédie italienne suivant leurs réalisateurs. Dans Il Giovedi, la finesse de la direction d’acteurs*, l’absence de caricature, le découpage en plans longs, larges et mobiles ainsi que l’attention de la caméra à l’environnement des personnages donnent une sensation de libre évidence à l’action qui est à l’opposé de la vulgarité sursignifiante d’un Germi. La relation du père avec son fils est représentée avec une économie de gestes qui redouble l’intensité émotionnelle de ceux-ci. Comment ne pas fondre devant l’adieu de l’enfant? Et pourtant, il ne se passe quasiment rien. Tout est dans ce « quasiment ».

  4. La bande originale, bel échantillon de variété italienne des années 60 en parfaite adéquation avec les images.

*Walter Chiari n’a pas fait carrière au cinéma mais c’est regrettable tant son interprétation est d’une grande justesse et le gamin, Roberto Ciccolini, est aussi épatant que les gamins chez Comencini, tout en sobriété.