Le code criminel (Howard Hawks, 1931)

Nommé directeur de prison, un ancien procureur retrouve des détenus qu’il a condamnés…

Adaptation d’une pièce de théâtre « à thèse » dont Hawks aurait allégé le déterminisme de gauche. Le film, bavard et mou, n’en reste pas moins plombé par ses origines scéniques. Au sein d’un film plutôt académique, il y a toutefois quelques instants brillants (le meurtre hors-champ, très malaisant) ou personnels (la sécheresse forcée de la scène où le jeune détenu apprend la mort de sa mère).

Law and order (Edward L.Cahn, 1932)

L’ancien shérif de Wichita est embauché pour mettre de l’ordre à Tombstone.

Petit western adapté de W. R. Burnett par John Huston qui frappe par sa dureté et sa sécheresse. Séquence étonnante et peut-être unique dans l’histoire du cinéma américain: après avoir sauvé un homme du lynchage, le shérif le conduit à la potence une fois qu’il a été légalement jugé. Cette scène de pendaison s’avère de plus particulièrement éprouvante car le condamné, idéalement joué par Andy Devine, a très peur de monter sur l’échafaud. Les auteurs montrent un héros, ersatz de Wyatt Earp, qui rechigne à rempiler et qui ne se fait aucune illusion sur le rétablissement du « law and order ». D’où une fin parmi les plus désenchantées du genre. Toutefois, en dépit des nombreux travellings, la mise en scène n’a pas le dynamisme de Afraid to talk.

Belle jeunesse (Summer holiday, Rouben Mamoulian, 1948)

Dans une petite ville de province américaine, un jeune homme apprend à grandir durant ses vacances d’été…

Petite tranche d’americana musicale et colorée dans la lignée du Chant du Missouri, Summer holiday raconte comment un adolescent pétri de lectures révolutionnaires et un oncle alcoolique retrouvent le giron de leur communauté. Dans la plus pure tradition MGM, la somptuosité de la direction artistique s’accorde parfaitement à l’idéalisation de cette communauté. On aurait aimé que ce message éminemment conservateur soit transmis avec plus de profondeur dialectique, avec une meilleure prise en compte du « point de vue de l’adversaire ». Si le début avec les violentes diatribes anticapitalistes du fils pouvait apparaître audacieux, la résolution des conflits dramatiques apparaît pour le moins expédiée. De plus, Mickey Rooney, 28 ans et 1,57m, n’est guère crédible en ado rebelle. D’où l’impression d’un film très charmant et parfois touchant mais finalement superficiel. A son habitude, Rouben Mamoulian a concentré son talent sur la forme. Pour exprimer les états d’âme de ses personnages, il privilégie le symbolisme des couleurs à la justesse des gestes et des dialogues. Voir le numéro onirique de « la fille en rouge » ou les tableaux, magnifiques quoique plus décoratifs, de la fête du 4 Juillet.

Les furies (Anthony Mann, 1950)

Le propriétaire d’un ranch immense se heurte au caractère indépendant de sa fille…

C’est comme si les auteurs avaient utilisé un marteau pour faire rentrer la tragédie grecque dans le cadre du western. On est loin du merveilleux naturel des films d’Anthony Mann écrits par Borden Chase ou Philip Yordan. Les relations entre les personnages et l’évolution du récit semblent artificielles. Hypothèse: le tempérament foncièrement classique d’Anthony Mann s’accorde moins à l’univers « bigger than life» de Niven Busch (scénariste des Furies) que celui des flamboyants réalisateurs de Duel au soleil et La vallée de la peur. Certes, le cinéaste enrobe les tunnels de dialogues (préférés ici aux scènes d’action) avec le génie du cadrage qui est le sien : on sent que chaque plan est savamment étudié pour intensifier le drame. Le déroulement global du film n’en reste pas moins laborieux tant l’histoire, capillotractée au possible, est traitée avec un sérieux plombant. La photo très sombre impressionne avant que son uniformité ne la fasse apparaître comme facilement décorative et non comme l’expression du climat dramatique d’un moment donné.

The star witness (William Wellman, 1931)

Une famille chez qui s’est réfugié un tueur est écartelée entre les pressions du procureur qui exige qu’elle témoigne contre le tueur et celles des gangsters qui ont pris leur enfant en otage.

Petite fable très typique de l’époque sur la corruption et les gangsters en Amérique. Le drame est schématique mais la concision de la narration et la sécheresse percutante du style le rendent convaincant. Le bref plan du cadavre éclaboussé dans le caniveau est emblématique du génie de la fulgurance propre à William Wellman. On voit également dans The star witness un magnifique personnage de vétéran de la guerre de Sécession joué par le formidable Charles ‘Chic’ Sale. Sorte de mauvaise conscience de l’Amérique bourgeoise et tranquille, sa fantaisie et sa mélancolie alcoolisée éloignent le film de la convention. Le dernier plan qui le voit revenir dans son asile d’anciens combattants après avoir résolu le drame est digne de John Ford.