Empreintes digitales (Big brown eyes, Raoul Walsh, 1936)

Après une dispute avec son fiancé policier, une manucure est engagée dans un journal où elle enquête sur la même affaire criminelle que son ex.

Alors que ses films réalisés dans les années 30 sont majoritairement décevants, cela fait plaisir de retrouver le rythme vif, les ruptures de ton surprenantes mais logiques et le populisme de bon aloi (les clients du coiffeur qui font office de choeur tragique!) propres à Raoul Walsh dans un bon film. Cette comédie policière, non dénuée de gravité, bénéficie de dialogues vachards, de l’amoralisme du style qui détourne la convention et d’un Cary Grant plus plébéien qu’à l’accoutumée mais non moins spirituel; son couple avec Joan Bennett fonctionne bien.

 

Nick Carter, détective (Jacques Tourneur, 1939)

Série B tournée à la MGM par Jacques Tourneur. Avant sa période vénérée par les cinéphiles de la RKO donc. Ici, pas de « poésie de l’invisible », pas de « sous-texte », pas de psychologie, pas de recherche esthétique. Simplement le premier volet d’une trilogie consacré à un héros de bande dessinée. En une heure, l’affaire est pliée. Un film à l’ambition -très- limitée mais à la naïveté que d’aucuns trouveront charmante.

L’escadron noir (The dark command, Raoul Walsh, 1940)

Un des premiers westerns de série A entrepris après le succès de La chevauchée fantastique en 1939.
Certains aspects sont encore d’une naïveté confondante. Ainsi, le héros joué par un John Wayne encore jeune est un des personnages les moins intéressants de l’oeuvre de Walsh. Il paraît bien fade face à Quantrill, la terreur de la guerre de Sécession présentée ici comme un amoureux désespéré. Ce lettré déçu par ses concitoyens, qui va se perdre en tentant de reconquérir la femme aimée, aurait pu être un bel avatar négatif du héros walshien si sa caractérisation avait été plus soignée. En l’état, son évolution est présentée assez sommairement.
Heureusement, le rythme enlevé de la narration, qui brasse plusieurs périodes (avant et pendant la guerre de Sécession) en 90 minutes, permet de passer un très bon moment. L’importance d’un contexte historique complexe entraîne une variété des enjeux dramatiques et des rôles endossés par les protagonistes (ainsi du frère de l’héroïne, joué par Roy Rogers, tantôt gentil tantôt méchant), variété qui confère un cachet feuilletonesque très agréable à l’histoire racontée. De plus, L’escadron noir comporte son lot de séquences d’action débridées, scènes extraordinaires comme on n’en filmait qu’à cette époque (par exemple, un attelage qui saute d’une falaise dans une rivière). La vivacité du rythme et la mise en scène spectaculaire permettent également de faire accepter au spectateur certains raccourcis scénaristiques un peu grossiers, la fin notamment.
Bref, L’escadron noir est un western de très bonne facture bien qu’assez superficiel du fait notamment de certains conventions narratives mal intégrées à la trame globale.