Le journal du docteur Hart (Paul Leni, 1916)

Un médecin de l’armée allemande retrouve sur le front polonais une famille qu’il a connu avant la guerre dans les ambassades.

Tourné en pleine grande guerre, Le journal du docteur Hart frappe par son absence totale de bellicisme et de propagande. Avec une technique riche et maîtrisée, Paul Leni raconte l’histoire d’un médecin qui retrouve sur le front des gens qu’il a connu avant-guerre. Il le fait sans excès mélodramatique mais avec une belle fraîcheur, intercalant de larges plages semi-documentaires dans sa narration (transport des prisonniers, recherches des blessés, soin des blessés, assaut…). Un très beau panoramique synthétise cette tendance et montre que, dès son premier film, le réalisateur de L’homme qui rit savait très bien ce qu’il faisait: le héros sort d’une maison où il a retrouvé une femme connue avant-guerre. La caméra le suit, il retrouve sa compagnie en cantonnement, c’est la compagnie qui devient le sujet de l’image.  Le tout sans la moindre coupe. Ainsi, le romanesque individuel est-il naturellement dilué dans la description du collectif. Très bon film.

Les mystères d’une âme (Georg Wilhelm Pabst, 1926)

Un chimiste marié à une bourgeoise est sujet à différents cauchemars et fantasmes de meurtre conjugal. Il rencontre un psychanalyste qui va le soigner.

Certes, le film est didactique. Il est clairement dit dans le carton introducteur que l’objectif de ces Mystères de l’âme est d’expliquer la théorie psychanalytique au vulgum pecus. Des disciples de Freud ont d’ailleurs collaboré à la préparation de l’oeuvre. Cependant, Pabst n’est pas à proprement parler le premier réalisateur venu et son inspiration visuelle rend le film digne d’intérêt au-delà de son discours. Le style des visions hallucinées du personnage principal reprend tous les trucs du cinéma muet « d’art » : surimpressions et compagnie qui ont fait le bonheur de l’expressionisme allemand et le malheur de l’avant-garde française. Mais au milieu de ce foisonnement, il y a des images qui frappent par leur beauté nue, des images qui notamment annoncent le Bergman de Persona.