Le survivant des monts lointains (Night passage, James Neilson, 1957)

Après avoir été renvoyé, l’employé d’une compagnie de chemin de fer est embauché à nouveau pour convoyer la paye des ouvriers, systématiquement volée depuis quelques mois…

Produit par Universal, Le survivant des monts lointains eût pu être le sixième western de Anthony Mann avec James Stewart si le cinéaste n’avait finalement été appelé à d’autres besognes. C’est ainsi qu’un certain James Neilson fut chargé de la réalisation. Visionner ce film dont les ingédients (héros au passé mystérieux joué par James Stewart, scénario moral et tragique de Borden Chase, décors sauvages photographiés par William Daniels…) sont les mêmes que ceux des splendides Je suis un aventurier et Winchester 73 permet, par contraste, de se rendre compte du génie de Mann. En effet, quoiqu’il se suive sans trop d’ennui, Le survivant des monts lointains manque de l’unité et du caractère d’évidence que peuvent apporter un grand metteur en scène. La narration apparaît dispersée et artificielle (le gosse, pur prétexte à la confrontation morale des deux frères), le lien entre les personnages et l’environnement naturel où ils évoluent n’est pas rendu sensible par la caméra, Dan Duryea est bizarrement grotesque, l’action est rare et manque d’intensité dramatique et le format large du Technirama permet à Neilson d’éviter de faire des choix de découpage décisifs, ce qui accentue le caractère filandreux de son oeuvre. Même une séquence qui eût pu être magnifique, celle où James Stewart chante sur le wagon, est gâchée par le montage mécanique des plans qui la composent. Quant au grand acteur, il « fait le boulot » mais semble moyennement impliqué dans un rôle dont il a du se rendre compte qu’il était une synthèse peu inspirée de ses rôles westerniens précédents.

 

Le mensonge de Rio Jim (Keno Bates, Liar, William S. Hart, 1915)

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Après avoir tué un homme qui voulait le braquer, un tenancier de saloon s’occupe de la soeur de sa victime.

C’est ainsi que la subversion du manichéisme emblématique des westerns de William S.Hart prend ici des atours particulièrement surprenants et touchants. Le mensonge de Rio Jim est probablement un des plus beaux films de sa période « deux bobines » (une petite demi-heure).

Les rôdeurs de la plaine (Flaming star, Don Siegel, 1960)

Une famille où la mère est indienne et le père est blanc est tiraillée au moment où une nouvelle guerre avec les Indiens est imminente.

Ce film avec Elvis ne ressemble pas à un film avec Elvis. D’abord, il n’y chante que dans le générique et dans la scène de fête familiale qui ouvre le film. Ensuite, l’oeuvre est d’un jusqu’au-boutisme pessimiste qui, même considéré dans le cadre général de la production hollywoodienne de l’époque, étonne. Don Siegel met en scène le drame de ce métis victime du rejet des différentes communautés avec la franche dureté qui lui est propre. Son découpage est sec, utilisant bien le Cinémascope, et les scènes d’action sont parsemées de notations très violentes comme lorsque le personnage de Presley cogne la tête d’un cow-boy qui a mal parlé à sa mère. Sans être un comédien exceptionnel et en dépit d’un brushing toujours impeccable (seule concession à son image), la star ne peine pas à être crédible dans le rôle de ce jeune homme ombrageux et très proche de sa maman. Quelques articulations de scénario un peu faciles n’empêchent pas Les rôdeurs de la plaine de s’avérer un très bon western, rappelant fortement lors de ses premières séquences La Prisonnière du désert sans avoir à rougir de la comparaison.

La journée des violents (Day of the bad man, Harry Keller, 1958)

Des bandits arrivent dans une petite ville pour faire libérer leur frère coupable de meurtre.

Variation sur le thème du Train sifflera trois fois (on retrouve John W. Cunningham au scénario). Le récit ne sort guère des rails de l’opposition manichéenne entre le gentil juge et les bandits. La méchanceté de ces derniers donne lieu à des scènes d’une étonnante violence physique et psychologique. Le reste, surtout l’intrigue sentimentale, est sans intérêt.

Grand frère (The cold deck, William S.Hart, 1917)

En Californie aux alentours de 1860, un joueur professionnel accueille sa jeune soeur qui vient d’arriver en diligence…

Parmi les quelques westerns de William S.Hart que j’ai pus voir, celui-ci apparaît comme un des meilleurs. D’abord, c’est un des moins rigides. Le canevas n’est pas celui de la rédemption d’un chef de gang mais celui de l’itinéraire d’un joueur qui oscille entre le Bien et le Mal en fonction de ses affects et des soubresauts de l’action. L’ambiguïté morale est donc plus vivante et moins schématique que dans Blue blazes rawden ou La rédemption de Rio Jim. 

A l’exemple du plan où le contour d’une diligence lointaine se marie avec une branche feuillue devant la caméra, les images de Joe August frappent à la fois par leur fraîcheur réaliste et leur précision sophistiquée. Plusieurs fois, le spectateur est saisi par la vérité de l’instant qui vient transfigurer un récit rondement mené mais conventionnel. Je pense à ce moment où, après une longue cavale dans les bois, la vamp éconduite trouve la maison du héros et regarde son linge étendu et séché par le vent. Ce sublime champ-contrechamp cristallise une charge de mélancolie inversement proportionnelle à sa durée.

La ville sous le joug (The vanquished/The gallant rebel, Edward Ludwig, 1953)

Après la guerre de Sécession, le fils d’une grande famille sudiste retourne dans sa ville natale, accaparée par un « administrateur » appointé par le gouvernement fédéral.

Plus que l’expression d’un propos politique, ce contexte historique incertain permet à Edward Ludwig d’exploiter sa verve romanesque en se délectant des trahisons, infiltrations et autres retournements de situation. A l’exemple de l’amoureuse pressée d’arriver, les opposants au héros ne sont nullement caricaturés mais présentés avec une certaine justesse. Comme d’habitude, John Payne est excellent. Bref, même s’il contient plus de parlotte que d’action, La ville sous le joug est un bon petit western.

Blue blazes rawden (William S.Hart, 1918)

Au Canada, un bandit est transfiguré par sa rencontre avec la mère d’un rival qu’il a assassiné.

En dehors du fait qu’il soit bouclé avec la ficelle artificielle et puritaine de la femme qui fait le mal parce qu’elle serait éconduite, ce nouveau drame de la rédemption par William S. Hart est une nouvelle réussite. Sa dureté réaliste et sa tendre pudeur n’empêchent pas ses scènes de violence d’être stylisées par les éclairages de Joe August pour maximiser leur impact dramatique.