Le droit d’asile (The silent man, William S.Hart, 1917)

Un chercheur d’or dépossédé par un tenancier de saloon récupère son bien en se faisant bandit.

Malgré certains enchaînements de plans trop rapides à l’intérieur des séquences d’action (impression peut-être dûe à une copie incomplète?), cet énième western de Hart/Ince est une énième réussite. Le début, avec la ville corruptrice, laisse présager un recyclage manichéen de la formule puritaine chère à Hart puis, dès que l’espace s’élargit et intègre des grands chemins, des forêts et des rocailles, c’est comme si le paysage, toujours merveilleusement photographié par Joe August, auréolait d’une vérité mythique les conventions du récit et transformait les stéréotypes en archétypes. A partir du moment où la fiancée du méchant est délivrée, les images sublimes se succèdent, sans jamais entraver le rythme général ni le mouvement, souvent brutal, des scènes. La relation avec le pasteur et sa fille coucourt également à enrichir le film d’une dimension pionnière et fondatrice. La résolution, facile et expéditive, fait un peu retomber la sauce, mais la saveur puissante demeure.

Le justicier (The gunfighter, William S. Hart, 1917)

Un bandit surnommé « The killer » s’entiche d’une jeune fille et est embauché par le shérif pour qu’il élimine son ennemi, un bandit encore plus méchant que lui.

Cette nouvelle variation de Hart sur le bandit gentil au fond est particulièrement sombre et brutale, tel qu’en témoigne la scène du pillage final. Mise en scène toujours aussi mouvementée et précise; bref, impeccable.

Pour sauver sa race (The Aryan, William S.Hart, Reginald Barker & Clifford Smith, 1916)

Un jeune chercheur d’or devient un chef de bande haineux après qu’une entraîneuse l’a tenu éloigné de sa mère lorsqu’elle mourait.

Pourquoi, au sein de l’excellente production de William S.Hart à la Triangle -toujours riche d’un réalisme dru, d’une interprétation sobre, d’une dramaturgie complexe et d’un découpage concis- Pour sauver sa race est-il le plus réputé, reconnu comme un titre capital du septième art dès sa sortie par Delluc, Mitry, Cocteau et consorts? Il y a d’abord la forme narrative que prend ici l’itinéraire moral du héros. Une utilisation géniale de l’ellipse et l’hétérogénéité des situations dramatiques et des décors insufflent une dimension romanesque tout en présentant un large panel de scènes amenées à devenir canoniques pour le genre western. Le tout en moins d’une heure. Mais ce qui fait de Pour sauver sa race une oeuvre véritablement unique est que, en plus de péréniser voire d’inventer les conventions du genre, elle se paye le luxe d’en détourner certaines, pour un maximum de vérité humaine et de grandeur tragique. Voir ainsi la façon dont Rio Jim se débarasse de son gang, ou encore le dernier plan.

Il y a aussi une mise en scène d’une maîtrise exceptionnelle, mettant aussi bien en valeur le détail significatif que le dessein d’ensemble. Parmi mille bonheurs d’expression, citons ce plan du convoi avançant sur une ligne d’horizon accidentée, superbement photographié par Joe August, analogue à ces images qui enchantèrent tous les amateurs de John Ford et que, très possiblement, le réalisateur des Cheyennes a piquées ici. Enfin et surtout, il y a Bessie Love, aussi frêle et pure que Lilian Gish, qui s’avère la plus parfaite des partenaires féminines de William Hart car son charisme irradiant rend instantanément crédible la mutation morale dont elle est la vectrice.

Bref, plus de cent ans après sa sortie, la force expressive de ce classique fondateur du western (à mon avis le premier chef d’oeuvre du genre) n’a nullement été altérée par ses nombreux et souvent glorieux successeurs. Qu’une copie, fût-elle incomplète, ait été retrouvée après que l’oeuvre a été considérée perdue pendant 80 ans devrait, dans un milieu cinéphile doté d’un juste sens des priorités, constituer un évènement capital. On voit bien qu’il n’en est rien.

Knight of the trail (William S.Hart, 1915)

Par amour, un bandit restitue son butin…

Ces deux bobines ne constituent ni le plus ambitieux ni le plus abouti des westerns de Williams S.Hart mais il y a déjà tout ce qui fera son succès: histoire de rédemption, sens de l’action (on note une belle chevauchée filmée avec un large panoramique), concision de la mise en scène (profondeur de champ bien exploitée dans le saloon), sobriété expressive de son interprétation (qui tranche ici d’avec celle, outrancière, de sa partenaire). Le genre de film qui aurait pu être refait quasiment à l’identique cinquante ans plus tard pour la télévision, avec juste le son en plus.

La belle du Montana (Belle Le Grand, Allan Dwan, 1951)

En 1870, une joueuse professionnelle tente d’empêcher sa petite soeur, chanteuse d’opéra qu’elle n’a guère connu parce qu’elle était en prison, de tomber dans les griffes de l’homme qui la fit sombrer.

Belle le Grand se situe à mi-chemin exact entre le western et le mélodrame, genre auquel il s’apparente par la nature des péripéties mais pas par le ton, toujours pudique voire feutré. Lors des séquences dramatiques, un plan final sur le visage féminin suffit à évoquer son tourment, sans qu’il ne soit besoin d’épanchement lacrymal. Le découpage fluide et concis sert un récit pas si conventionnel que ça, dont les ressorts dramaturgiques sont canoniques mais où les registres varient et où la compassion des auteurs pour chacun des personnages engendre des surprises. C’est très typique de Dwan. A noter enfin l’importance de la musique, airs d’opéra et negro spirituals, qui vient poétiser la parabole romanesque. A ce titre, le sommet est le superbe travelling du retour de Belle chez ses esclaves.

Les parias de la vie (The good bad man, Allan Dwan, 1916)

Dans le Wyoming, un bandit qui donne ses butins aux orphelins retrouve l’assassin de son père.

La mise en scène enlevée et parfois grandiose (des plans très larges pleins de cavaliers) ainsi que l’interprétation bondissante de Douglas Fairbanks transfigurent une dramaturgie des plus conventionnelles.

Les comancheros (Michael Curtiz, 1961)

En 1843 au Texas, un Ranger est aidé dans sa lutte contre les trafiquants d’armes aux Comanches par un Louisianais qu’il a arrêté parce qu’il a tué un homme en duel.

La splendeur de Monument Valley en Cinémascope (trahison fordiennement poétique de la réalité géographique de l’intrigue), les pauses familiales du récit qui crédibilisent la relation amicale en l’enracinant, John Wayne dans un rôle sur mesure mais pas trop (étonnant plan où on le voit se réveiller dans la boue) et le découpage toujours impeccable de Michael Curtiz qui tournait alors son 166ème et dernier film font des Comancheros un bon western malgré que son récit manque d’unité dramatique.

 

Wild girl (Raoul Walsh, 1932)

Dans une communauté de pionniers, une jeune fille garçon manqué est courtisée par deux joueurs et un puritain voulant être élu maire tandis qu’un ancien confédéré recherche ce dernier pour accomplir une vengeance.

En adaptant une pièce elle-même adaptée d’un roman de Bret Harte, Raoul Walsh a réalisé une oeuvre dans la continuité directe de La piste des géants. Le film commence là où le précédent se terminait: la communauté est établie mais pas complètement civilisée.

Comme dans le western avec John Wayne, la superbe -quoique moins monumentale- appréhension des décors naturels, avec la claire lumière descendant dans les immenses séquoias en bas desquels s’animent les hommes, constitue l’atout majeur de Wild girl. C’est un cadre réaliste et poétique qui transfigure l’origine théâtrale du scénario. Voir par exemple la première rencontre entre le héros et l’héroïne, alors que cette dernière se baigne dans un lac.

D’un récit mouvementé et hétéroclite, où l’aptitude de Walsh à varier les registres fait merveille, émerge une morale pessimiste: les gentils doivent fuir la civilisation et se retrouver proscrits pour réaliser leur bonheur. Une séquence terrible où un père de famille est lynché témoigne également de cette audacieuse noirceur.

On note également un étonnant générique « guitryesque » où les acteurs présentent oralement le personnage qu’ils incarnent. Des transitions de montage en forme de pages qui se tournent affichent la dimension romanesque du film mais apparaissent parfois comme de regrettables ellipses; étrangement, deux séquences d’action potentiellement spectaculaires ne sont pas montrées mais racontées par le truculent Eugene Palette.

Malgré ce parti-pris qui accélère le rythme mais rétrécit l’ampleur d’un film ne durant que 1h20 et malgré une Joan Bennett parfois trop sophistiquée dans son habillement et son maquillage pour son rôle, Wild girl s’avère donc un très bon film; en fait le deuxième meilleur réalisé par Raoul Walsh entre 1931 et 1938.

Qui a tiré le premier? (A time for dying, Budd Boetticher, 1969)

Un jeune homme habile avec son pistolet enlève une jeune fille qui avait été envoyée dans un bordel et est forcé de l’épouser par le juge Roy Bean.

Pour fauché qu’il soit, ce dernier western du grand Budd Boetticher n’en demeure pas moins impressionnant grâce à une science des ruptures de ton qui culmine dans une fin littéralement extraordinaire.

 

Le dernier des géants (The shootist, Don Siegel, 1976)

En janvier 1901 à Carson city, un as de la gâchette apprend qu’il est condamné par un cancer.

Malgré un dénouement mal justifié scénaristiquement parlant, le dernier film de John Wayne est un beau film. La musiquette massacre une ou deux séquences mais les acteurs sont bons et la sécheresse de Don Siegel rentre dans le vif des scènes sans excès pathétique. Le sujet grave, traité avec une sobriété et une frontalité dignes de Ingmar Bergman, et la correspondance entre la vie de la star et son rôle sont de toute façon suffisamment vecteurs d’émotion.

Les loups dans la vallée (The big land, Gordon Douglas, 1957)

Après la guerre de Sécession, un cow-boy Texan aide des fermiers du Kansas à construire une gare pour pouvoir vendre son bétail à d’autres marchands que les rapaces du Missouri.

Malgré des transparences hideuses et une musique parfois pléonastique, Les loups dans la vallée est un très bon western qui témoigne d’autant mieux des vertus du genre qu’il est dénué du génie d’un auteur. Entremêlant avec un admirable naturel relents de la guerre de Sécession, convoyage de bétail, avancée du chemin de fer et histoire d’amitié rédemptrice qui préfigure Rio Bravo, le récit est d’une grande variété dramatique. Toutefois, l’absence de mise d’accent sur l’un ou l’autre de ces aspects fait que le tout demeure un peu superficiel malgré quelques éclats de la mise en scène notables dans les séquences violentes ou tristes. La virilité un tantinet maniérée de Alan Ladd apporte aussi une touche de singularité. C’est un des rôles qui justifient le mieux sa réputation de star du genre.

Un génie, deux associés, une cloche (Damiano Damiani, 1975)

Un homme manipule un couple d’escrocs pour faire échouer le plan d’un colonel de cavalerie voulant voler des terres aurifères aux Indiens.

La puérilité parodique, typique du western italien en fin de course, n’annihile jamais complètement l’intérêt dramatique parce que le film a la forme d’un déroulé d’action continue et que cette action est mise en scène avec un indéniable brio, fût-il caricatural. Ce ton m’a beaucoup fait songer à Lucky Luke. Malgré la confusion de la narration, accentuée par les aléas de la post-production (des négatifs furent volés), c’est pas si mal.

Un homme traqué (A man alone, Ray Milland, 1955)

Dans une petite ville de l’Ouest, un étranger est pourchassé par des notables l’accusant de leur crime.

Le récit comporte des facilités et des cheveux sur la soupe mais l’exploitation visuelle, dramatique et poétique du vent, de la poussière, de la soif et de la faim insuffle un ton singulier à ce petit western. Les quinze premières minutes presque complètement muettes sont à la fois audacieuses et pertinentes (avec qui parlerait un homme seul dans le désert?).

Face au châtiment (The Doolins of Oklahoma, Gordon Douglas, 1949)

Bill Doolin, le chef de la Horde sauvage, s’est amouraché de la fille d’un notable mais son gang ne veut pas être abandonné…

La vivacité de la mise en images permet de passer outre la convention un peu affadissante du scénario et le manque de crédibilité de Randolph Scott en bandit.

 

 

Le mercenaire de minuit (Invitation to a gunfighter, Richard Wilson, 1964)

Un pistolero métis est engagé par une communauté nordiste pour éliminer un vétéran confédéré venu réclamer sa ferme accaparée.

L’angle d’attaque historico-politico-sentimental est intéressant mais les enjeux dramatiques manquent de clarté. Yul Brynner a beaucoup de charisme mais son interprétation ne contribue pas à crédibiliser un personnage dont la complexité a dépassé ses auteurs.