Wind River (Tom Shell, 1998)

L’histoire d’un enfant mormon élevé par les Shoshones après une fugue.

Le doux pacifisme du ton est joli mais, rechignant aux plans larges, la caméra ne rend pas justice aux beaux décors naturels. Les ralentis et la musique accentuent le kitsch de l’ensemble. Karen Allen n’apparaît que très peu de temps à l’écran. Bref, cette adaptation des mémoires d’un ancien du Pony Express ne gagne pas à être connue.

Publicités

Son meilleur ami (Sand, Lambert Hillyer, 1920)

r

Après avoir été faussement accusé par son rival en amour, un vagabond embauché dans une gare démasque une bande de bandits.

Pour une fois, William S.Hart incarne ici un cow-boy lumineux. Sa relation avec le cheval Friz insuffle une tendresse amusante à un western plus conventionnel que Son dernier exploit, Le jaguar de la sierra et autres Cité du désespoir. Les scènes d’actions sont peu nombreuses, concentrées vers la fin, mais elles sont excellentes grâce à Lambert Hillyer qui fait toujours preuve de beaucoup de brio à la mise en scène. En définitive, ce n’est pas hyper original mais c’est très bon.

La lance brisée (Edward Dmytryk, 1954)

A sa sortie de prison, le fils, rejeté par ses frères, d’un puissant baron du bétail se rappelle les événements précédant son incarcération.

La fausseté du suspense autour du flashback n’a d’égal celle d’oppositions familiales se voulant tragiques. Ce qui conduit au duel final est complètement tiré par les cheveux. Plus de rigueur dans la narration aurait été salutaire car La lance brisée contient de belles choses; ainsi les rapports entre le riche propriétaire et son épouse indienne. Il faut également préciser que Spencer Tracy et Richard Widmark, tous deux excellents, font partiellement oublier les gros fils blancs du récit.

Alvarez Kelly (Edward Dmytryk, 1966)

En 1864, un convoyeur de boeufs mexicain travaillant avec les nordistes est capturé par des confédérés pour qu’il les aide à faire passer du bétail à travers le blocus de Richmond.

Certaines articulations du récit sont téléphonées, la fusion dramatique entre la rivalité personnelle et les enjeux militaires est grossière. Effleurant une multitude de pistes intéressantes, Alvarez Kelly manque d’un point de vue affirmé sur  son sujet. De plus, Richard Widmark cabotine un peu et William Holden n’est pas un Mexicain très crédible. Toutefois, le film se suit avec un certain plaisir grâce à sa bonne tenue formelle. Notamment, les scènes de batailles, avec leurs multiples cascades équestres, ne manquent pas d’intensité.

Le souffle de la violence (Violent men, Rudolph Maté, 1955)

Un ancien capitaine nordiste devenu rancher rechigne à s’engager dans un conflit entre ses voisins fermiers et le gros baron du bétail qui veut s’accaparer toutes la vallée.

Un excellent western bizarrement mésestimé. D’abord, le scénario est d’une grande richesse sans que cette richesse ne semble procéder d’une bête accumulation. L’ensemble des noeuds dramatiques, y compris la passion adultérine qui au début semble un cheveu sur la soupe, procède de deux événements originels (une guerre entre un éleveur ambitieux et des fermiers et l’installation d’un ancien soldat pour raisons de santé) dont les conséquences sont déroulées avec une imperturbable logique sauf dans la dernière partie qui apparaît précipitée au bénéfice de l’action. Ensuite, la distribution est royale. Aucun stupéfiant contre-emploi mais Glenn Ford en cow-boy, Barbara Stanwyck en garce et Edward G.Robinson en potentat infirme sont bien sûr parfaits. Ils insufflent chair et vie à leurs personnages archétypaux mais non dénués de nuances.

Enfin, la mise en scène de Rudolph Maté, que je ne connais guère, m’a étonné par sa précision et son souffle visuel. Non seulement, les séquences de violence sont emballées avec une inventivité et une percutante sécheresse bien dignes des petits maîtres hollywoodiens de l’âge d’or (Phil Karlson, Don Siegel…) mais l’ancien chef-opérateur de Dreyer sait se servir de l’encore jeune Cinémascope pour établir une relation entre des hommes et un paysage, magnifiant les uns aussi bien que l’autre. De surcroît, ses séquences de destruction et d’incendie sont d’une ampleur qui surprend venant d’une production de ce petit studio qu’était la Columbia. Succédant à des images de centaines de chevaux et bovins au galop, le surgissement d’une diligence en feu à travers une baie vitrée a époustouflé l’amateur de westerns blasé que je suis. Ainsi, si Le souffle de la violence ne se limite pas à un affrontement manichéen entre le gentil cow-boy et le méchant propriétaire mais tient bien la promesse de son titre français -à savoir montrer l’embrasement progressif d’un homme et d’une région-, il le doit également à l’intelligence et au savoir-faire de son réalisateur.

Wagon tracks (Lambert Hillyer, 1919)

Un pisteur se rend compte que le convoi qu’il emmène dans l’Ouest comprend l’assassin de son frère…

Avant La caravane vers l’OuestLa piste des géants ou Le convoi des braves, Wagon tracks est possiblement le premier représentant de ce sous-genre du western où des chariots bâchés remplis de pionniers partent vers l’Ouest. Pour une fois, William S.Hart ne joue pas un cow-boy au sombre passé mais un héros d’une candeur qui confine à la naïveté. Face à lui, il y a un méchant très méchant (et très fourbe). D’où que le manichéisme se substitue aux accents tragiques emblématiques de ses meilleurs films. Il y a bien un dilemme concernant la soeur d’un méchant mais c’est très stupidement et très facilement que le drame est dénoué. Heureusement, la mise en scène est solide. Lambert Hillyer exploite bien le décor naturel et particulièrement le désert où se déroule une séquence qui a possiblement inspiré Sergio Leone pour Le bon, la brute et le truand.

Le survivant des monts lointains (Night passage, James Neilson, 1957)

Après avoir été renvoyé, l’employé d’une compagnie de chemin de fer est embauché à nouveau pour convoyer la paye des ouvriers, systématiquement volée depuis quelques mois…

Produit par Universal, Le survivant des monts lointains eût pu être le sixième western de Anthony Mann avec James Stewart si le cinéaste n’avait finalement été appelé à d’autres besognes. C’est ainsi qu’un certain James Neilson fut chargé de la réalisation. Visionner ce film dont les ingédients (héros au passé mystérieux joué par James Stewart, scénario moral et tragique de Borden Chase, décors sauvages photographiés par William Daniels…) sont les mêmes que ceux des splendides Je suis un aventurier et Winchester 73 permet, par contraste, de se rendre compte du génie de Mann. En effet, quoiqu’il se suive sans trop d’ennui, Le survivant des monts lointains manque de l’unité et du caractère d’évidence que peuvent apporter un grand metteur en scène. La narration apparaît dispersée et artificielle (le gosse, pur prétexte à la confrontation morale des deux frères), le lien entre les personnages et l’environnement naturel où ils évoluent n’est pas rendu sensible par la caméra, Dan Duryea est bizarrement grotesque, l’action est rare et manque d’intensité dramatique et le format large du Technirama permet à Neilson d’éviter de faire des choix de découpage décisifs, ce qui accentue le caractère filandreux de son oeuvre. Même une séquence qui eût pu être magnifique, celle où James Stewart chante sur le wagon, est gâchée par le montage mécanique des plans qui la composent. Quant au grand acteur, il « fait le boulot » mais semble moyennement impliqué dans un rôle dont il a du se rendre compte qu’il était une synthèse peu inspirée de ses rôles westerniens précédents.