Les demoiselles Harvey (George Sidney, 1946)

Un groupe de jeunes filles arrive dans une ville du Far-West pour devenir serveuses dans un nouveau restaurant.

Entre western et comédie musicale, The Harvey girls ne convainc dans aucun des deux genres dans lesquels il s’inscrit: pas assez sérieux dramatiquement parlant pour un western, pas assez virevoltant pour une comédie musicale. Après un début qui promet grâce à ses couleurs chatoyantes, il a vite fait de s’étioler malgré l’allant du découpage de George Sidney dont les cadrages originaux et les mouvements de caméra amples et précis introduisent un dynamisme qui fait défaut à l’action, assez peu dansante.

The invaders (Thomas Ince & Francis Ford, 1912)

Des géomètres de la Compagnie des chemins de fer pénètrent en territoire sioux…

Un western primitif transfiguré par plusieurs trouvailles formelles, notamment: montage suggestif, hors-champ qui généralise la peur, gros plan qui appuie le suspense. Très bon.

La rédemption de Rio Jim (The return of Draw Egan, William S. Hart, 1916)

Un bandit en cavale accepte un poste de shérif dans une ville en proie au désordre…

De par la qualité de sa mise en scène, The return of Draw Egan fait indéniablement partie des meilleurs westerns de son temps. La sophistication d’un découpage très signifiant insuffle du poids à chaque geste de la star (le roulage d’une cigarette est aussi dramatisé qu’une fusillade) et concrétise la louable ambition des auteurs qui était de retracer l’évolution psychologique du héros plutôt que d’exciter le spectateur avec des chevauchées. En effet, à l’exception d’un début sur les chapeaux de roues, l’essentiel du film se déroule en milieu urbain. Toutefois, on ne m’empêchera pas de préférer la vive spontanéité des Cheyenne Harry de John Ford à la pesante précision des Rio Jim. L’austérité puritaine de William S. Hart aurait fait de lui un comédien idéal chez Dreyer mais rend son western quelque peu monotone. Je chicane parce que je pense que le grand air, le mouvement et la variété des registres conviennent mieux au genre que les intérieurs, les postures étudiées et le sérieux affiché mais The return of Draw Egan n’en demeure pas moins un très bon film, emblématique des génies de Hart et de la Triangle.

Lust to kill (Oliver Drake, 1958)

Note dédiée à james

Un braqueur dont le frère a été tué est capturé, s’évade et veut se venger de tous ceux qui lui ont fait du mal…

Un western de série B qui étonne par sa violence et son âpre désenchantement. Le personnage principal est un desperado d’abord rendu attachant par la bonne volonté avec laquelle il s’est rendu à un shérif respectueux puis par les injustices qu’il subit de la part de villageois inhumains qui vont jusqu’à lui refuser d’enterrer son frère. Ensuite, il sombre dans une rage meurtrière, tirant ses ennemis comme des lapins pendant qu’ils prennent leur bain. La première singularité de Lust to kill est de présenter l’ensemble de ce parcours avec un égal détachement, insufflant ainsi à la petite série B une modernité béhavioriste à la Friedkin.

Si le vétéran de la série Z derrière la caméra n’est guère en mesure de retranscrire l’éveil progressif des pulsions de haine chez son personnage, la violence est parfois mise en scène avec un raffinement sadique tout à fait exceptionnel (voir le tueur finissant noyé dans une porcherie). Le manque de moyens et de talent se fait sentir au niveau de certaines scènes d’action mais la tenue globale du film demeure honorable et l’efficacité narrative doit forcer l’admiration. La dureté du visage de Don Megowan ne l’empêche pas de suggérer une certaine tristesse et Jim Davis a l’envergure suffisante pour incarner un héros de série B.

En somme, une belle petite découverte.

A l’ombre des potences (Run for cover, Nicholas Ray, 1954)

Par affection pour un jeune homme fougueux qui lui rappelle son fils décédé, un cow-boy solitaire s’installe dans une ville où il est choisi comme shérif…

Si le thème de l’histoire fait penser à d’autres films de l’auteur, il n’est pas étonnant que A l’ombre des potences soit aussi peu considéré aujourd’hui lorsqu’on se rappelle la filmographie de Nicholas Ray. En effet, la mise en scène, empesée par la lourdeur propre aux westerns Paramount, est dénuée du lyrisme plastique de Amère victoire, La fureur de vivre et autres Maison dans l’ombre. Les conventions y sont mal digérées. Après un début intéressant, le scénario dilue sa ligne dramatique principale dans des péripéties plus artificielles les unes que les autres. Ainsi, l’histoire d’amour, qui rappelle à plusieurs égards My darling Clementine, n’a aucune crédibilité faute du génie idyllique d’un Ford pour la sublimer. Un fait, pas si anecdotique que ça lorsqu’on se rappelle l’importance de la poussière dans les westerns de John Ford, en dit long sur le manque de conviction du metteur en scène: l’état toujours impeccable du brushing des acteurs même lorsque leurs personnages sont censés dormir à la belle étoile après plusieurs jours de chevauchée dans le désert. L’effet de réel, si important dans le genre, est anéanti sans pour autant être remplacé par une somptuosité baroque façon Johnny Guitar. Ne sachant visiblement que faire du VistaVision comme des paysages grandioses et insolites à sa disposition, Nicholas Ray a signé un film pas franchement mauvais mais académique. Ce sont James Cagney, impeccable, et le fond commun mythologique du genre qui parviennent à maintenir l’intérêt du spectateur pour les inepties qui lui sont racontées.

Le baron de l’Arizona (Samuel Fuller, 1950)

Au XIXème siècle, falsifiant de vieux documents espagnols, un clerc de notaire entreprend de revendiquer la possession de l’Arizona.

Ce sujet est évidemment basé sur des faits réels car un argument aussi ahurissant se doit d’avoir une caution historique pour être crédible aux yeux du spectateur. Au déroulement de cette gigantesque escroquerie qui met bien en valeur les limites d’un état de droit, ce grand romantique secret qu’est Fuller a adjoint une histoire d’amour qui complexifie le portrait de son anti-héros et enrichit la dramaturgie du film jusqu’à y insuffler une beauté surprenante. Grâce à la collaboration amicale du grand James Wong Howe à la photo et à son sens de l’efficacité narrative, le réalisateur camoufle aisément la modicité de ses moyens même si pour ce deuxième opus, il n’a pas encore atteint sa plénitude stylistique (sa caméra est plus sage qu’elle ne le sera dans ses chefs d’oeuvre baroques). En somme, un bon petit film.

La femme qui faillit être lynchée (Allan Dwan, 1953)

Pendant la guerre de Sécession, une jeune femme prend en charge la gestion d’un tripot, suite au meurtre de son frère…

C’est l’arc narratif principal d’un western qui met aussi en scène une mairesse impitoyable chargée de gouverner une ville sur la ligne de démarcation, les bandes de Quantrill, un espion sudiste ou encore une femme qui a quitté son fiancé pour un bandit. Ce foisonnement assure une belle vitalité à la narration et camoufle ses quelques raccourcis.

Contrairement à ce que Bogdanovitch a pu faire dire à Dwan au cours de leurs entretiens, La femme qui faillit être lynchée n’est pas une parodie. Si le traitement ne manque ni d’humour ni de légèreté, les instants dramatiques sont pris au sérieux et, à l’exemple de la bagarre entre les deux femmes, les scènes de violence peuvent être d’une brutalité que n’aurait pas reniée Samuel Fuller. La maîtrise classique et souveraine d’un cinéaste apte à intégrer tous ces éléments disparates dans un ensemble fluide fait que jamais le spectateur n’est heurté par une quelconque hétérogénéité. Une jeune femme réfugiée dans un bordel peut entonner une chanson de Peggy Lee au moment où les soldats viennent l’arrêter, cela apparaît comme un moment de grâce naturellement arraché à la réalité et pas du tout comme la fantaisie d’un auteur volontariste.

Cette impression de naturel vient aussi du fait que les oppositions dramatiques sont composées, décomposées et recomposées au cours du récit. Les personnages ne semblent pas soumis à des rôles de conventions fixés une fois pour toutes mais plutôt suivis dans leur évolution psychologique par un cinéaste détaché et bienveillant. Entre autre qualités, c’est parce qu’Allan Dwan a filmé mieux que personne -à l’exception d’Anthony Mann- les mille répercussions de l’action et de l’environnement sur l’itinéraire moral d’un héros (ou d’une héroïne) que ses westerns sont parmi les plus beaux qui soient. La femme qui faillit être lynchée est en cela typique de la manière de son auteur et annonce un de ses chefs d’oeuvre absolus: Le mariage est pour demain.