L’empreinte du passé (The road to yesterday, Cecil B.DeMille, 1925)

Dans le Grand Canyon, de jeunes mariés s’avèrent être des réincarnations d’amoureux anglais du XVIIIème siècle.

Le récit contient des bifurcations parmi les plus radicales de l’Histoire du cinéma. C’est sa principale force mais aussi sa principale faiblesse car la sidération se fait au détriment de la cohérence: la réincarnation telle que nous la présente DeMille est pour le moins fumeuse. Si le film fonctionne souvent en dépit de soubassements saugrenus et alambiqués, c’est parce que la mise en scène accentue la force des rebondissements: les morceaux de bravoure s’enchaînent, surtout dans la dernière partie qui est une suite ininterrompue de scènes d’action; duel, poursuite, torture, exécution, carambolage et incendie s’enchaînent avec une virtuosité tellement étourdissante que leur prétexte n’a plus aucune importance. Oeuvre dénuée de tout surmoi, L’empreinte du passé brinquebale pas mal mais, par sa stupéfiante maestria visuelle et dramatique, préfigure Godless girl, chef d’oeuvre encore plus époustouflant et, de plus, parfaitement achevé.

Les bateliers de la Volga (Cecil B. DeMille, 1926)

Pendant la révolution de 1917, un meneur du peuple tombe amoureux d’une aristocrate qu’il n’a pu se résoudre à exécuter.

Les bateliers de la Volga est sans doute le film américain le plus juste parmi ceux traitant de la révolution russe. Il a été réalisé par un cinéaste farouchement anticommuniste -futur soutien de McCarthy- mais qui mettait la vérité dramatique au-dessus de son opinion personnelle. Grâce à cette hauteur de vue, c’est une véritable dialectique de l’oppression qui meut le récit. Le dénouement de ce récit est quelque peu artificiel mais il est politiquement très audacieux. Plus que dans le versant « fresque » (le manque d’ampleur de la séquence éponyme m’a étonné) de son film, c’est dans le versant intimiste que Cecil B. DeMille brille ici. Ses acteurs (Elinor Fair, Robert Edeson, William Boyd qui ressemble au jeune John Wayne) sont comme souvent inconnus mais leur jeu est d’une finesse telle que l’évolution psychologique de leurs personnages est retranscrite très fidèlement dans des séquences d’une longueur inusitée qui n’en demeurent pas moins passionnantes grâce à la virtuosité totale du metteur en scène.