The lucky lady (Raoul Walsh, 1926)

L’héritière du trône d’un petit royaume dont l’économie est basée sur le jeu refuse un mariage arrangé et s’entiche d’un touriste américain.

Sympathique petite comédie à la Lubitsch agrémentée d’un dynamisme typique de Walsh (la course-poursuite entre amoureux) . Les savoureux cartons sont ce qu’il y a de plus amusant.

Street scene (King Vidor, 1931)

Un jour de canicule, plusieurs habitants d’un immeuble populaire new-yorkais se retrouvent devant sa façade…

L’unité de lieu fait ressentir l’origine théâtrale de Street scene. Cependant, l’attention aux petites gens et la prise en compte par la dramaturgie de la diversité ethnique des habitants, caractéristique rare dans le cinéma d’alors, font tendre le film vers le néo-réalisme. Par là, Street scene s’inscrit dans la même veine que La foule, réalisé par King Vidor trois ans auparavant. Néanmoins, le réalisateur transfigure cette base réaliste par un lyrisme qui lui est propre. Lorsque le fait divers survient, le découpage génial de Vidor, reposant notamment sur de grandioses mouvements de caméra, donne une ampleur tragique à la chronique. Une excellente distribution en tête de laquelle figure la belle et talentueuse Sylvia Sydney et le refus du happy-end de convention finissent d’insuffler à ce qui n’aurait pu être qu’une poussiéreuse adaptation théâtrale l’étoffe d’un grand film. Après La foule et Hallelujah, Street scene vient rappeler qu’aucun cinéaste n’avait, au tournant du parlant, une intelligence aussi complète de son art que King Vidor.

Rain or shine (Frank Capra, 1930)

Dans un cirque financièrement aux abois, l’écuyère est partagée entre le bonimenteur et un jeune homme qui a quitté sa bonne famille pour rejoindre le spectacle.

Rain or shine est un film absolument extraordinaire qui témoigne de cette tranquille liberté emblématique de plusieurs des premiers films parlants américains. Les genres n’ont pas encore imposé leurs carcans. Au gré de la fantaisie de son auteur qui n’est jamais arbitraire, Rain or shine se fait burlesque, fou, absurde, mélancolique, musical. Devant ce film dénué d’effusion sentimentale mais pétri d’humanité, on songe aux trois merveilles que John Ford tourna avec Will Rogers quasiment à la même époque. Comme celles-ci, Rain or shine est impossible à résumer car son intrigue est lâche et ses multiples personnages y introduisent de complexes ramifications. Le moindre figurant enrichit le film de sa vitalité. Ainsi des ouvriers noirs qui chantent du blues pendant le montage du chapiteau.

On aura beau jeu de taxer les acteurs de sous-Marx Brothers. Effectivement, il y a un sosie de Harpo tandis que le baratin de Joe Cook rappelle trop fortement celui de Groucho pour que la ressemblance ne soit fortuite. Il n’empêche. Le jeu de Cook est moins verrouillé, moins rôdé  que celui de son illustre confrère moustachu. Il interagit plus avec le reste du film, film qui ne se résume pas à une succession de numéros. Son personnage existe en dehors de ses vannes. Cet éternel cow-boy solitaire de la piste aux étoiles est à vrai dire un très beau héros, de la même famille que Ethan Edwards ou le juge Priest.