Alvarez Kelly (Edward Dmytryk, 1966)

En 1864, un convoyeur de boeufs mexicain travaillant avec les nordistes est capturé par des confédérés pour qu’il les aide à faire passer du bétail à travers le blocus de Richmond.

Certaines articulations du récit sont téléphonées, la fusion dramatique entre la rivalité personnelle et les enjeux militaires est grossière. Effleurant une multitude de pistes intéressantes, Alvarez Kelly manque d’un point de vue affirmé sur  son sujet. De plus, Richard Widmark cabotine un peu et William Holden n’est pas un Mexicain très crédible. Toutefois, le film se suit avec un certain plaisir grâce à sa bonne tenue formelle. Notamment, les scènes de batailles, avec leurs multiples cascades équestres, ne manquent pas d’intensité.

La colline de l’adieu (Love is a many-splendored thing, Henry King, 1952)

A Hong-Kong, une doctoresse métisse s’éprend d’un Américain correspondant de guerre…

Le début, avec ses larges images en Technicolor et la sobriété de Henry King, laisse entrevoir un joli film mais une fois que la relation amoureuse est concrétisée, la narration languit et le profond académisme du style saute aux yeux. Médiocre.

Fedora (Billy Wilder, 1978)

Pour relancer sa carrière, un producteur indépendant tente d’engager une ancienne star hollywoodienne recluse en Grèce…

Cette énième critique de Hollywood par Hollywood se singularise en cela qu’elle pousse très loin la métaphore du star-system assimilé au vampirisme. Cette métaphore fait tendre la satire vers le pur mélodrame. Cette tendance fantastico-mélo (qui correspond à ce qui tourne autour des rapports entre Fedora et sa fille) est ce qu’il y a de plus réussi dans ce film, ce qui s’accorde le mieux à une narration en tiroirs qui néglige la crédibilité la plus élémentaire au profit de sidérants rebondissements.

Une histoire de Chine (Satan never sleeps, Leo McCarey, 1962)

En 1949 en Chine, un prêtre américain suivi par une jeune fille rejoint une mission dont le père supérieur est aux prises avec l’armée communiste.

Dans ce qui est resté son dernier film, Leo McCarey a repris des situations et personnages qui ont constitué la matière de plusieurs de ses chefs d’oeuvre passés (en premier lieu: La route semée d’étoiles). Malheureusement, le schématisme de l’écriture dramatique allié à un rythme bizarre (il ne se passe pas grand-chose sauf à la fin où les péripéties s’enchaînent de façon quasi-surréaliste) donne l’impression d’un laborieux radotage de la part du vieux maître. De plus, si William Holden et Clifton Webb sont impeccables, le jeu grimaçant de France Nuyen accentue le côté caricatural de l’ensemble. L’amateur cherchera en vain la grâce des mises en scène passées.

La lune était bleue (The moon is blue, Otto Preminger, 1953)

Un riche architecte tente de séduire une vierge.

Cette adaptation d’une pièce de F. Hugh Herbert que Preminger avait déjà montée à Broadway a fait date parce que le cinéaste avait décidé de ne pas édulcorer des dialogues très crus et donc de ne pas respecter le code Hays. L’intrigue n’en reste pas moins conventionnelle et finalement très morale: personne n’a de relations sexuelles avec personne et cela se finit par un mariage. Il y a quelques répliques drôles mais le film se traîne. Preminger n’a rien fait pour atténuer la théâtralité originelle et les deux comédiens principaux ne peuvent faire tenir le film sur leurs épaules. William Holden n’est pas Sacha Guitry et Maggie McNamara n’a pas la grâce d’une Audrey Hepburn qui aurait été parfaite dans ce rôle. Il y a tout de même David Niven qui campe un beau personnage à la profondeur inattendue.

S.O.B. (Blake Edwards, 1981)

Un producteur tombé en dépression suite à un énorme flop a l’idée de transformer ce dernier en film érotique…

S.O.B est une satire virulente envers les patrons des studios, les stars, le milieu hollywoodien et l’humanité en général. Une scène à l’humour très noir est tout à fait emblématique du ton du film: notre producteur agonise sur la plage et son chien est à ses côtés. Deux vacanciers s’arrêtent, s’exclament « oh, qu’il est mignon ce petit chien! » et repartent sans avoir prêté une seconde d’attention au gisant. Blake Edwards, vieillissant et ayant eu pas mal de problèmes avec les studios hollywoodiens durant les années 70, a mis toute son amertume dans cette peinture d’une civilisation en phase terminale qui ne croit plus qu’en deux choses: le cul et le fric.

Cette misanthropie exacerbée stimule sa verve comique. Comme dans toutes ses réussites, il y a une galerie de seconds rôles hauts en couleurs. Ici, les caricatures particulièrement bien senties sont interprétées par une pléthore de vedettes (William Holden, Larry Hagman, Julie Andrews…). Robert Vaughn en porte-jarretelle, c’est à voir, d’autant que c’est présenté finement. Comme dans son chef d’oeuvre absolu Elle, tourné juste avant avant, c’est un enchaînement très précis d’actions (souvent des gags) qui produit la narration. Jamais on ne sent les intentions précéder l’exécution, tout apparaît logique y compris les scènes les plus radicales, y compris le dénouement exceptionnellement choquant, tout est parfaitement mis en scène.

La férocité brillante et jusqu’au boutiste de la satire suffirait à classer S.O.B parmi les oeuvres majeures de Blake Edwards. Mais les meilleurs comédies du cinéaste sont également fameuses pour leurs ruptures de ton et S.O.B contient son lot d’émotion même si, contrairement à Diamants sur canapé, Elle ou That’s life!, il s’agit d’une alternance plutôt que d’un mélange des registres. En effet, la dernière partie du film est un virage à 180 degrés où Blake Edwards, d’une façon grotesque et magnifique, célèbre l’amitié et montre donc que, finalement, tout n’est pas complètement pourri en ce bas-monde. Les funérailles viking sont un moment bouleversant qui achève la satire en apothéose lyrique. Du grand cinéma.

Deux hommes dans l’Ouest (Wild rovers, Blake Edwards, 1971)


Deux cow-boys, un jeune et un vieux, braquent une banque dans l’espoir de se la couler douce au Mexique.

L’originalité de Deux hommes dans l’Ouest vient du fait que les braqueurs de la banque sont présentés comme de braves types. Ce sont la lassitude, la peur de mourir et l’absence de perspective dans leur boulot, sentiments cristallisés par la mort soudaine d’un de leurs collègues durant une tâche de routine qui les décident à passer à l’acte, à transgresser la loi. Ceci est montré sans tambour révolutionnaire ni trompette sursignifiante. Le cinéaste se focalise sur le tranquille désenchantement des deux protagonistes. C’est fort bien vu d’autant que le duo formé par William Holden et Ryan O’Neal est convaincant.

Malheureusement, le film ne tient pas les belles promesses de son début à cause d’une mise en scène kitsch (abus de soleils couchants et de ralentis), d’une caractérisation des personnages qui restera superficielle, d’un rythme qui s’alanguit (était-il nécessaire par exemple de faire durer à ce point la partie de cartes fatale?) et de cadrages en Cinémascope qui sont loin d’être aussi harmonieusement composés que ceux des illustres prédecesseurs de Blake Edwards dans le genre tel Anthony Mann ou Delmer Daves.

Bref, encore un film victime de ce laisser-aller formel si emblématique du cinéma américain des années 70…