Les enfants de la chance/Laissez faire les femmes! (Paul Martin, 1937)

A New-York, un reporter se marie avec une vagabonde pour lui éviter la prison…

Si, en dépit de la relative habileté de son réalisateur, cet ersatz allemand de comédie américaine ne dispense pas le même plaisir que ses modèles, c’est d’abord à cause de ses acteurs. La jolie mais éteinte Lilian Harvey est à mille lieux de l’abattage d’une Jean Arthur ou d’une Katharine Hepburn, Willy Fritsh n’est en rien comparable à un Cary Grant et les seconds rôles ne sont pas plus que « sympathiques ». Par ailleurs, le rythme, si essentiel dans les screwball comedies, pèche par endroits. L’exposition et la séquence du tribunal qui s’ensuit, très molle, semblent durer des plombes. Enfin, tandis que Leo McCarey et Tay Garnett savaient pousser leurs séquences jusqu’à des paroxysmes délirants à force d’inventions comiques, la fantaisie demeure ici timide et velléitaire. D’où que cette histoire de mariage éclair et d’héritière enlevée, malgré ses rocambolesques rebondissements, laisse une impression de tiédeur.

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La mélodie du coeur (Hanns Schwarz, 1929)

Montée à Budapest de sa campagne natale, une petite bonne tombe amoureuse d’un soldat…

Ce premier film parlant allemand (que j’ai vu dans sa version insonorisée qui est vraisemblablement meilleure car moins statique) préfigure clairement le cinéma de Max Ophuls. L’étourdissante virtuosité formelle, typique des dernières années du muet, est à même de restituer les effervescences urbaines, dansantes ou populaires dans lesquelles les protagonistes aiment à s’enivrer. Hanns Schwarz filme avec un égal bonheur la capitale et la campagne, sachant grâce à ses plans longs, souples et mobiles corréler l’action dramatique à un cadre, un décor, un lieu.

Ce sens du mouvement va de pair avec une finesse de l’appréhension des rapports entre amour et argent digne de l’auteur du Plaisir. Derrière son titre sentimental, La mélodie du coeur peut ainsi être considéré comme un petit traité sur les différentes formes de prostitution, acceptée et réprouvée, féminine et masculine. Une véritable attention de l’auteur à ses personnages abstrait ceux-ci de leurs rôles de convention et transfigure le canevas mélodramatique. Voir la caractérisation du soldat qui est à l’opposé de tout schématisme réducteur mais qui est nourrie par les circonstances de l’action; moderne en un mot.

Dans ce grand film nuancé et dialectique, seule l’interprétation de Dita Parlo dépare. Toutefois, les fausses notes apportées par son visage uniformément résigné n’empêchent pas La mélodie du coeur de se conclure sur une fin sublime où la retenue de l’expression hisse le mélo à la hauteur de la tragédie. C’est alors à Mizoguchi que l’on songe (impression renforcée par des images magnifiques de lacs).

Le chemin du Paradis/Die drei von der Tankstelle (Wilhelm Thiele, 1930)

Mis à la porte par leur bailleur, trois amis ouvrent une station-service.

Incommensurable nullité de cette comédie musicale allemande qui non seulement est dénuée de toute consistance dramatique, déroulant laborieusement un semblant de récit archi-prévisible, mais qui est de surcroît mise en scène avec une rigidité qui coupe court à toute velléité d’entrain. Fred Astaire a définitivement ringardisé cet immense succès des débuts du parlant et ce n’est que justice.