Les volontaires de la mort/La bataille navale à Hawaï et au large de la Malaisie (Kajirō Yamamoto, 1942)

De 1936 à 1941, du début de leur formation à l’attaque de Pearl Harbor et de Singapour,  le parcours de deux jeunes japonais dans un escadron d’aviation.

Aujourd’hui, La bataille navale à Hawaï et au large de la Malaisie (sorti à Paris en juin 1944 sous le titre Les volontaires de la mort) vaut surtout en tant que pur symptôme de la propagande belliciste japonaise. Parce que le patron de la Tohô en enterra une copie, c’est une bande rescapée de la destruction ordonnée par MacArthur en 1945. Étonnamment, les séquences d’endoctrinement et de bombardements -soit l’essentiel de l’oeuvre- pourraient avoir été tournées par l’ennemi Frank Capra dans Why we fight?. La négation totale de l’individu, caractéristique totalitaire qui faisait frémir les Occidentaux, était ouvertement glorifiée par le pouvoir nippon (ce qui provoqua l’admiration de Lucien Rebatet dans Je suis partout). La guerre contre les puissances anglo-saxonnes est brandie comme une nécessité immanente sans être vraiment justifiée. La jubilation des aviateurs attaquant Pearl Harbor est également étonnante. Même un cinéaste hollywoodien n’aurait pas osé filmer les Japonais riant aux éclats pendant leur oeuvre de destruction.

Par ailleurs, la facture technique est excellente: la netteté presque documentaire couplée à un sens du spectaculaire très développé (l’intégration des stocks-shots et autres plans truqués est plus probante que dans les films américains contemporains) permet de suivre le film sans ennui malgré que l’intrigue et les caractères ne soient nullement développés (totalitarisme oblige). Une séquence où les avions s’en vont bombarder accompagnée par un remix de la chevauchée des Walkyries préfigure très clairement Apocalypse now.  Akira Kurosawa, qui fut assistant sur ce film, a donc été à bonne école.

Ma femme, sois comme une rose! (Mikio Naruse, 1935)

Une employée de bureau qui vit avec sa mère poétesse envisage de se marier mais elle aimerait d’abord ramener au foyer son père parti vivre avec une geisha…

Ma femme, sois comme une rose! est un film aussi beau que son titre (encore que le rapport entre les deux m’échappe). Cela commence comme un mélo classique à base de famille délaissée et de dualité entre l’épouse et la geisha avant que le film ne bifurque vers quelque chose de plus inattendu où l’opposition schématique qui s’annonçait est déjouée au profit d’un beau récit initiatique dans lequel une jeune fille apprend la complexité du monde. Cette complexité va à l’encontre de ses sentiments et ce qui est beau chez Naruse, c’est que l’auteur ne nie pas ces sentiments. En d’autres termes, ce n’est pas la prise de conscience des justifications de son père qui va empêcher sa fille de tenter de le ramener à la maison.

Les personnages ont plusieurs facettes, parfois des contradictions. D’où une impression de justesse extraordinaire dans la peinture de leurs caractères. Ce sont vraiment les protagonistes qui font l’intrigue et non l’inverse. Chacun a ses raisons, sa beauté. Ce qui n’empêche pas Ma femme, sois comme une rose! d’être un film rigoureusement construit avec un début, une fin et un développement (qui brille par sa concision, le métrage ne dure guère plus d’une heure).

Le film n’est jamais pesant, il ne manque pas d’humour. Le fameux ton de Naruse, tout en demi-teinte, est déjà présent. Ma femme, sois comme une rose! est d’abord une jolie comédie « douce-amère ». Le découpage est parfait. Souvent, une séquence de conversation entre plusieurs personnages est filmée en divers plans d’ensemble et à la fin, le cinéaste opère un bref focus sur un personnage, un personnage qui généralement a été plutôt discret mais s’avère le plus affecté par ce qui vient de se dire ou décider durant la scène. Pudeur, justesse, délicatesse. Du Naruse pur jus.