Le prince au masque rouge (Vittorio Cottafavi, 1953)

En Février 1793, un noble s’infiltre dans la garnison du Temple pour délivrer Marie-Antoinette…

Cette seconde adaptation de Dumas après Milady et les mousquetaires est un des meilleurs films réalisés par Vittorio Cottafavi. La variété des passions (politiques, amoureuses, amicales, familiales) animant les personnages lui permet de s’éloigner du manichéisme et de déployer ses qualités tragiques. Emblématique en est le plan où Yvette Lebon annonce à son mari que leur projet de délivrer la Reine ne l’intéresse plus face à son amour pour le chef révolutionnaire. Son hiératisme, la lenteur inéluctable de son déplacement dans l’escalier et les variations de sa distance par rapport à l’objectif traduisent sublimement l’élan d’une héroïne qui, comme chauffée à blanc, vient de se choisir un nouveau joug, un nouveau destin. Ainsi, la profusion des péripéties est-elle vivifiée par le style de Cottafavi. Outre ces séquences d’une grandeur racinienne, le metteur en scène trouve matière à déployer son sens pathétique (les retrouvailles avec le dauphin où la mère s’écroule physiquement), son sens de la liturgie (l’exécution de Marie-Antoinette dont la géométrie rappelle celle de son chef d’oeuvre: La fiamma che non si spegne) et son sens sadique (le duel au poignard avec des détails d’une violence incroyable). Bref, le budget est vraisemblablement modique mais le talent est éclatant, particulièrement dans la très prenante dernière partie où le complexe écheveau narratif trouve son unité.

Milady et les mousquetaires (Vittorio Cottafavi, 1952)

A force d’intrigues et de séductions, l’ascension d’une servante de couvent qui sera connue sous le nom de Milady de Winter.

Les trois mousquetaires revisité du point de vue de Milady. Pour une fois, le roman de Dumas n’est pas réduit à une enfilade de guillerettes cabrioles. Il devient la matière d’une tragédie féminine de la même famille que Ambre ou Le démon de la chair. Vittorio Cottafavi ignore le manichéisme mais présente des personnages mus par des passions (vénalité, vengeance ou amour sincère). Pour confectionner cette pellicule à budget réduit, le montage semble avoir prédominé sur le découpage; caractéristique qui fait de ce film-fétiche de Michel Mourlet une œuvre assez peu conformes aux canons baziniens du mac-mahonisme. Du stupéfiant pré-générique à l’amer plan final, Milady et les mousquetaires est une succession d’acmés. La vivacité des mouvements de caméra grâce auxquels l’Histoire semble filmée par un reporter de guerre, la brutalité elliptique des raccords et la dilection du cinéaste pour les scènes de cruauté font que l’intensité dramatique ne faiblit pas une seule seconde. Grand petit film.

Zouzou (Marc Allégret, 1934)

Un marin et une métisse élevés par un homme de cirque montent à la capitale…

L’inconsistante mollesse de Marc Allégret annihile un film qui avait un bon potentiel dramatique (les relents incestueux qui auraient pu être mieux exploités) et spectaculaire (les chorégraphies, pâles ersatz de Busby Berkeley). Visiblement, Joséphine Baker n’était pas une grande actrice de cinéma.

Gibraltar (Fedor Ozep, 1938)

A Gibraltar, un officier anglais criblé de dettes est séduit par une espionne…

Pas loin d’être nul. La convention du scénario et le cosmopolitisme factice du projet ne sont même pas compensés par une quelconque allégresse du style. Ce à quoi on aurait pu légitimement s’attendre de la part du metteur en scène raffiné de La dame de pique et des Frères Karamazov.

Monsieur Grégoire s’évade (Jacques Daniel-Norman, 1945)

Parce qu’il a gagné un concours de mots-croisés, un comptable est poursuivi par des malfrats qui le confondent avec un des leurs…

Ecrit et réalisé par Jacques Daniel-Norman, Monsieur Grégoire s’évade est une savoureuse comédie policière où l’équilibre entre drôlerie et mystère est finement tenu. Une plaisante galerie de seconds rôles entoure la belle Yvette Lebon, la fascinante crapule Jules Berry et Bernard Blier dans le rôle éponyme. Cette incarnation parfaite de la banalité s’insère idéalement dans le réalisme quotidien du début qui anticipe les films parisiens de Becker. Dans la suite du film, il faut reconnaître que l’attrait de son personnage pour le milieu n’est guère rendu sensible, la mise en scène peinant à se coltiner les invraisemblances psychologiques de l’astucieux scénario. Daniel-Norman filme avec des mouvements d’appareil alertes qui accentuent la charmante vivacité de l’ensemble. Ce n’est certes pas Toute la ville en parle mais c’est franchement pas mal.

Romarin (André Hugon, 1937)

En Provence, un épicier tente de fiancer sa fille à un pêcheur séducteur dont le père, musicien et champion de pétanque, l’aiderait à devenir maire…

Ce n’est que l’un des axes narratifs d’un film qui mélange les genres et a aussi des composante policières et musicales. Le tout est très inégal mais a un certain charme. Les dialogues (du sous-sous-Pagnol) et le cabotinage de Larquey et Le Vigan (en roue libre) amusent tandis que le folkore provençal, la sympathie des acteurs, les chansons de Scotto et les décors naturels des calanques restituent plutôt bien l’atmosphère chaleureuse d’un midi mythifié. En revanche, dès qu’il s’agit d’insuffler un peu de tension dramatique, dès qu’il s’agit d’insuffler un peu de vérité à des situations usées, la platitude du découpage de André Hugon se ressent cruellement. Le montage entre les différentes composantes du récit est également plus maladroit qu’audacieux: il y a une partie dont on se demande pourquoi elle est racontée en flashback…mais ce genre de tentative fait partie de la poésie naïve de ces petits films bricolés avec une ambition manifeste même si pas vraiment concrétisée (André Hugon, réalisateur de troisième division mais auteur complet, signe ses films comme les signait Abel Gance).

Divine (Max Ophuls, 1935)

Une fille de province monte à Paris dans l’espoir de travailler au music-hall…

Un mélodrame ultra-conventionnel que la touche de Colette (scénariste dont la contribution est mise en avant par le générique à une époque où Max Ophuls n’avait pas la réputation qu’il a aujourd’hui) vient épicer un peu. Cette touche se résume en deux mots: saphisme et stupéfiants. Soit les ingrédients de la débauche qui guette la jeune et candide provinciale. Autant dire que, Colette ou pas Colette, l’histoire n’en reste pas moins balisée de bout en bout. Max Ophuls, lui, ne révèle sa présence derrière la caméra qu’en de rares intermittences.  Il y a une poignée de beaux mouvements d’appareil, notamment un fabuleux panoramique à 360 degrés qui révèle les coulisses du théâtre avec toutes les actrices en train de se préparer. La sophistication de la forme n’est pas vanité mais célèbre la vie, le travail. Ceci étant, Divine reste un film franchement mineur dans l’oeuvre du cinéaste.