La Femme du hasard (Flame of the islands, Edward Ludwig, 1956)

Une femme investit dans un bar des Bahamas pour retrouver son premier et richissime amant…

Le scénario, entre mélo et polar, est particulièrement tordu mais la mise en scène est sans éclat. Flame of the islands, film d’aventures de derrière les fagots s’il en est, garde aujourd’hui un zeste d’intérêt grâce à la beauté somptueuse de Yvonne De Carlo.

Tomahawk (George Sherman, 1951)

Un trappeur essaie d’éviter une guerre entre les Sioux et un régiment de cavalerie encombré d’éléments bellicistes.

Tomahawk est un western de série Universal qui bénéficie d’une certaine originalité dans la mesure où, après La porte du diable et La flèche brisée, c’est un des premiers westerns parlants qui prend clairement parti pour les Indiens. Sous l’impulsion de la scénariste de gauche Silvia Richards, le massacre de Sand Creek est évoqué dans un film hollywoodien près de vingt ans avant Soldat bleu. Comme quoi les années 60 n’ont vraiment rien inventé de fondamental. Néanmoins, cette audace politique n’empêche pas la convention de régir le film par ailleurs. Si les rapports de force entre la cavalerie et les Indiens sont retranscrits d’une façon assez subtile, le manichéisme se retrouve dans la caractérisation du trappeur (le gentil très gentil) et du personnage d’Alex Nicol (le méchant très méchant). George Sherman ne fait pas preuve d’une grande imagination dans sa mise en scène. Voir pour s’en convaincre la façon guère plus qu’illustrative dont est découpée le meurtre décisif qui entraîne l’escalade belliciste. Heureusement, les verdoyants paysages du Dakota (censés figurer le Wyoming) sont jolis et on notera que l’importance des nuages dans le cadre dramatise un peu l’action. De plus, western de série Universal, Tomahawk a les qualités des westerns de série Universal; à savoir sécheresse du montage et concision de la narration. En somme, c’est un film honorable.

Timbuktu (Jacques Tourneur, 1959)

Au Soudan français, pendant un soulèvement des autochtones, un mercenaire américain joue un trouble jeu avec le commandant de la garnison, son épouse et le chef des rebelles.

La convention du film d’aventures coloniales est détournée par un script intelligent qui rend incertaines les motivations des principaux protagonistes. Une multitude d’enjeux (patriotiques, économiques et amoureux) pèsent sur leurs décisions. Les personnages y gagnent une densité humaine tout à fait inhabituelle. Leur vérité psychologique va de pair avec une certaine grandeur romanesque exprimée à travers plusieurs actions surprenantes. Yvonne de Carlo est magnifique et les yeux de cocker de Victor Mature insufflent une tristesse bienvenue à son personnage de mercenaire désabusé. Comme il en a l’habitude, la petitesse de son budget est retournée par le cinéaste à son avantage: beauté nue des cadres, épure du découpage, génie de la fulgurance. Pour s’en convaincre, voir ne serait-ce que l’excellente ouverture.
Bref: Timbuktu est une superbe réussite de Jacques Tourneur.

Pour toi j’ai tué (Criss Cross, Robert Siodmak, 1949)

De retour dans sa ville natale, un homme tente de renouer avec son ex-femme. Celle-ci est désormais la compagne d’un caïd…

Ce film noir archétypal est parfaitement réussi à ceci près que sa construction narrative a quelque chose de frustrant: l’exposition (la présentation des protagonistes et de leur environnement) vient après un démarrage en trombe et fait donc retomber la tension. Le procédé du flashback a pu donner de brillants résultats, surtout dans ce genre, mais ici son emploi s’avère malhabile. Il s’agit moins pour les auteurs de pénétrer la subjectivité du personnage (comme dans Laura) que de dispenser au spectateur les informations nécessaires à la compréhension de la suite du récit. Quitte à briser le crescendo entamé précédemment. Le mouvement dramatique est descendant alors que si le film avait été raconté à l’endroit, il aurait été ascendant (cf La femme à l’écharpe pailletée réalisé l’année suivante par le même Siodmak). Pour toi j’ai tué n’en reste pas moins un bon film, montrant un personnage de femme fatale particulièrement ambivalent -donc intéressant- ainsi qu’une séquence finale absolument superbe.

La belle espionne (The sea devils, Raoul Walsh, 1953)

Ce film est avant tout un modèle de concision dramatique, un récit mené tambour battant qui offre au spectateur attentif un sous-texte d’une belle richesse. Il faut préciser ici que le scénario a été ciselé par le grand Borden Chase. A travers des échanges verbaux qui ne manquent pas de sel, ce pur film d’aventures parle du couple (la belle espionne en question est avant tout une menteuse et une cachotière vis-à-vis du héros Gilliatt, elle se comporte donc avec lui comme si elle était sa maîtresse) avec l’élégance caractéristique des meilleurs films hollywoodiens, c’est à dire sans en avoir l’air, en faisant croire que ce qui compte c’est la truculence, l’humour et l’action. Et de fait, c’est bien à travers le récit d’aventures et non malgré lui que s’expriment les sentiments des personnages.

Le film est purement walshien dans la mesure où la dramaturgie est guidée par les états d’âme du héros, par ses pulsions, par son amour qui le fait grandir par rapport à son alter-ego rival qui lui restera toute sa vie un contrebandier ne s’intéressant qu’à l’argent et aux filles faciles. D’ailleurs, les moments les plus faibles du film sont ceux dans lesquels l’espionne effectue sa mission en France, une poignée de séquences purement fonctionnelles durant lesquelles Gilliatt est temporairement évacué de l’intrigue. Pourtant, ce qui empêche La belle espionne de se hisser parmi les plus beaux chefs d’oeuvre de Raoul Walsh, c’est aussi et surtout le manque désespérant de charisme et d’expressivité de Rock Hudson. Si un acteur de la trempe d’Errol Flynn l’avait remplacé, gageons que Gilliatt aurait eu un tout autre panache…Le film n’en reste pas moins un joyau, un témoignage précieux d’une ère où la fusion entre spectacle et vision personnelle du cinéaste était totale.