Ma grand-mère (Kote Mikaberidze, 1929)

Un bureaucrate licencié tente de réintégrer l’administration en se prévalant d’une recommandation officielle.

La violence de cette satire contre la bureaucratie est telle que, malgré qu’elle était dans la lignée du pouvoir soviétique de l’époque, ce pouvoir l’a mise sous le boisseau pendant quarante ans. Nul doute que si Ma grand-mère avait été plus largement diffusé, l’Histoire et le panthéon du septième art en auraient été changés. Kote Mikaberidze fait feu de tout bois stylistique pour nourrir sa charge. D’où que le déferlement formel -impressionnant en lui-même avec carrément des plans en dessins animés- soit sous-tendu par une exceptionnelle vitalité, une vitalité qui fait globalement défaut aux oeuvres d’avant-garde qui pullulèrent partout au cours des années 20. La joyeuse férocité du regard oriente l’invention qui, visuelle, burlesque ou narrative, ne faiblit pas une seconde, à l’instar du rythme. Le film a le bon goût de ne pas durer plus d’une heure car plus d’une heure aurait probablement fatigué son spectateur qui, devant cette incroyable découverte peut songer à du Harold Lloyd sous amphétamines, à du Titi et Grominet live, à du South Park revu par Piscator (cette fin!) avant de se rendre à l’évidence: Ma grand-mère est unique et inqualifiable.

La reine de Broadway (Cover girl, Charles Vidor, 1944)

Une danseuse d’une petite compagnie devient une vedette après avoir été en couverture d’un magazine.

Le script ne dévie de la convention la plus éculée qu’avec des complications saugrenues (du type flashback sur la grand-mère de la danseuse) mais il y a un bon numéro et un super numéro: celui où Gene Kelly danse avec son double. Sur 1h45, c’est peu.