Dans un port méditerranéen, les fiançailles entre une jeune fille et un beau pêcheur sont contrariées par la réputation de séducteur de ce dernier.
Même si Alexandre Astruc nous avais prévenus, quelle belle surprise que ce véhicule pour Tino Rossi mis en scène par Pierre Billon! C’est d’abord dû au scénario de Jacques Prévert qui est peut-être, après celui de Remorques, le meilleur de son auteur. En effet, pour une fois, sa construction dramatique est solide, les motivations de ses personnages sont claires sans déterminisme abusif et les antagonistes ne sont pas diabolisés mais peuvent avoir de surprenants élans de générosité (Pierre Brasseur dont le rôle est ici infiniment plus beau que dans Quai des brumes). Ses dialogues gardent une saveur poétique mais suffisamment ancrée dans le quotidien pour ne pas apparaître fumeuse.
Ce scénario, Pierre Billon, aidé par Louis Page à la photo, s’est surpassé pour le mettre en boîte. Son découpage est fluide et les cadres sont composés avec goût, exprimant aussi bien le réalisme pittoresque du village que le trouble nocturne dans l’arrière-pays. De Charles Vanel méconnaissable en gitan mélancolique à Germaine Montero épouse insatisfaite en passant par les pagnolesques Delmont et Blavette, les acteurs sont tous impeccables, évitant la caricature qui leur tendait les bras. Enfin, surtout, les chansons de Tino Rossi sont bien intégrées à l’ensemble, tantôt de façon réaliste, tantôt de façon symbolique, tantôt les deux en même temps. Le soleil a toujours raison montre encore une fois que la réussite d’une oeuvre ne tient pas aux données de départ mais à l’écriture et à la mise en scène.