Les fiancés de Glomdale (Carl Theodor Dreyer, 1926)

Un jeune fermier est amoureux de la fille d’un voisin promise à un riche prétendant.

Hormis un final inspiré d’A travers l’orage dont le spectaculaire se dilue dans une longueur excessive et un découpage qui n’a pas la précision dramatique de celui de Griffith, ce drame rural à la Stiller (j’ai aussi songé à Johan) est une parfaite réussite où le génie de l’épure visuelle qui est celui de Dreyer intensifie la présence de la matière filmée: carrioles, montagnes, champs de blé, maisons isolées, visages jeunes et moins jeunes. La beauté solaire des séquences d’ébats juvéniles est d’autant plus précieuse qu’elle disparaîtra, peu ou prou, de l’oeuvre du maître danois après cet opus. La dialectique entre élans du coeur et traditions est aussi finement observée que dans L’homme tranquille et donne lieu à des scènes surprenantes et pleines de vérité humaine tel celle où le père, confronté au retour de sa fille prodigue, fond en larmes. Les fiancés de Glomdale est donc un beau film, préférable à La passion de Jeanne d’Arc.

Le désir et la corruption (Crime and passion/Ace Up My Sleeve, Ivan Passer, 1976)

En Autriche, un financier au bord de la ruine arrange le mariage de sa maîtresse avec un riche client.

Cette adaptation de James Hardley Chase commence à la manière d’une comédie de Lubitsch, se poursuit comme un vaudeville et s’achève dans un huis-clos macabre. C’est globalement laborieux faute de profondeur aussi bien que de rigueur dans l’écriture mais quelques trouvailles fantaisistes empêchent le total désintérêt. Dans une telle confusion, les acteurs ne semblent pas à l’aise, à commencer par Omar Sharif. Il y a pourtant quelques jolis moments où les personnages se mettent à exister, tel la fin. La musique de Vangelis est pas mal. Ace up my sleeve est un film plus original que réussi mais les amateurs d’Ivan Passer peuvent y consacrer une heure et demi de leur temps.

Saint-Cyr (Patricia Mazuy, 2000)

A la fin du XVIIème siècle, Madame de Maintenon ouvre l’école de Saint-Cyr destinée à éduquer les jeunes filles de la noblesse pauvre.

Après le formidable Travolta et moi, une relative déception. Si l’injection d’un réalisme physique inédit dans la reconstitution historique produit des scènes étonnantes de vérité (le désir et le sexe sont judicieusement filmés), un film dont l’ambition se limite à ce programme apparaît fatalement étriqué. Par manque d’esprit de synthèse, la mise en scène échoue à faire apparaître le sens profond d’un récit qui s’éparpille autant qu’il effleure. J’ai peiné à voir où l’auteur voulait en venir, pourquoi elle avait voulu raconter la fondation de Saint-Cyr. Par exemple, le revirement bigot de Madame de Maintenon après la représentation à Versailles, aussi radical que peu justifié, apparaît exagéré. Le ressassement des deux thèmes de la bande originale, vernis uniforme appliqué à des scènes très diverses, n’insuffle pas l’unité qui fait défaut mais ajoute au sentiment d’incongruité. Parfois, Patricia Mazuy tente de compenser la faiblesse de son script en en rajoutant dans la brutalité mais le résultat apparaît alors convulsif et grotesque; ainsi des scènes de flagellation ou de la tentative de noyade dans la baignoire.

Un homme marche dans la ville (Marcel Pagliero, 1949)

Au Havre, un docker subit les avances de l’épouse d’un collègue mis au placard par le directeur.

Cette tentative de néo-réalisme à la Française, mise en scène par un scénariste de Rossellini, est honorable quoique velléitaire. En effet, le décor du Havre, alors en cours de reconstruction, n’est pas aussi présent que Berlin dans Allemagne année zéro ou Rome dans Rome, ville ouverte. Ce qui compte avant tout, c’est l’intrigue passionnelle, charpentée comme une pièce de théâtre. Cette impression d’artifice théâtral est accentuée par la surabondance des dialogues, l’importance du café dans le déroulement du récit et le jeu d’acteurs frisant parfois la caricature (Robert Dalban). La dramaturgie s’articule autour d’un personnage de garce, bien interprétée par Ginette Leclerc et emblématique de la misogynie du cinéma français d’alors. Heureusement, la fin, belle et sourdement audacieuse dans son amoralité, justifie quelque peu la conduite caricaturale de son personnage. Par ailleurs, il y a quelques plans, tel la remontée du cadavre, qui impressionnent sans affectation.