Braguino (Clément Cogitore, 2017)

Au fin fond de la taïga, Clément Cogitore filme une famille fâchée avec ses voisins.

Dédaignant les fonctions descriptives et didactiques du documentaire, Clément Cogitore essaye de construire un récit mythique à partir de ce qu’il est parti filmer à l’autre bout du monde. Le matériau est effectivement riche de potentiel dramatique (on retrouve dans ce « eastern » des enjeux typiques du western liés à l’éloignement de la civilisation) mais ce potentiel n’est pas exploité en profondeur. Comme dans la séquence de la confrontation des enfants (où le simulacre de la mise en scène est probable), le réalisateur peut faire preuve d’un talent certain pour suggérer une tension à partir de trois fois rien mais il ne va pas au-delà de cette tension. Tout reste à l’état d’esquisse faute de densité. On passe 50 minutes avec cette famille extraordinaire, vivant délibérément comme des ermites, mais on ne saura rien d’eux en dehors de leur façon de subsister (la scène de chasse et de dépeçage, impressionnante mais aussi légèrement complaisante) et de leur paranoïa, une paranoïa qui demeure malheureusement bien vague. Filmer la famille voisine eût peut-être enrichi la dramaturgie. In fine, il semblerait que, pour Clément Cogitore, ce projet ait surtout été un prétexte pour enregistrer de belles images de la taïga; car le soleil qui embrase la rivière ou les enfants blonds qui jouent sur une plage sont superbement captés.

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