Le fou de guerre (Dino Risi, 1985)

Dans le désert de Libye pendant la guerre, une unité de médecins italiens se retrouve commandée par un fou.

Dans une séquence capitale, le personnage du fou interprété par Coluche se fait examiner par des psychiatres. Après avoir facilement déjoué les pièges tendus par les premiers tests, il révèle sa psychose en parlant à une photo de petit garçon. La folie, dont les effets dévastent ses subordonnés, est alors montrée comme le dérèglement d’affects filiaux et c’est émouvant car assez fin. Malheureusement, le fragile équilibre de la séquence est rompu lorsque sa crise mène le personnage à crier, à s’accrocher à une table et à dire des textes peu crédibles. Ce fragment reflète bien l’ensemble d’une oeuvre qui, en basculant parfois dans l’outrance et le vouloir-dire, gâche sa singulière poésie. C’est d’autant plus dommage que Risi a un vrai génie pour rendre naturel le saugrenu, tel qu’en témoigne le bel enterrement du chacal.

 

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Le téléphone sonne toujours deux fois (Jean-Pierre Vergne, 1985)

Un détective enquête avec ses amis d’enfance sur une série d’assassinats…

Ce premier film écrit et joué par les Inconnus (à l’époque où ils étaient cinq) est une parodie absurde qui préfigure La cité de la peur. Il y a des moments drôles mais le comique est loin d’être aussi abouti que celui de leurs meilleurs sketches (ainsi de Pas de bégonia pour le cave, pour rester dans leur veine référentielle). Sur la longueur, le récit ne tient pas la route. De Jean-Claude Brialy à Patrick Sébastien en passant par Darry Cowl et Jean Reno, la distribution de seconds rôles est gratinée.

Rouge-gorge (Pierre Zucca, 1985)

 

Une jeune Parisienne dont le père vit d’activités mystérieuses rencontre un jeune loubard…

Le mélange des tons, entre mystère du polar, comique de Fabrice Luchini et tendresse de la relation entre Léotard et sa fille, est à la fois original et convaincant. La douceur de la mise en scène unifie harmonieusement ces différentes tendances et rend le film particulièrement attachant en dépit d’une fin délibérément -et bêtement- incompréhensible.

Sweet dreams (Karel Reisz, 1985)

L’ascension et le mariage houleux de la chanteuse de country Patsy Cline.

Sweet dreams est d’abord un très beau morceau d’americana, une sorte de prolongement moderne des films de Henry King. La vie des Virginiens des années 50 est reconstituée avec une foultitude de détails réalistes. Entre autres, les évènements liés à la communauté sont bien mis en relief: bals populaires, cuites dans les bars, fêtes de fin d’année…L’un des pics dramatiques du film est un grave accident de voiture. Comme beaucoup d’accidents de voiture, il est très brutal. En deux secondes, la scène bascule de la joie fraternelle à l’horreur pure. Pourtant, le cinéaste avait inconsciemment préparé le spectateur à cet évènement en lui montrant subrepticement tout au long du film de dangereuses incartades au code de la route. Tantôt un amoureux filait en moto en pleine nuit, tantôt un homme traversait la route en courant, se faisant klaxonner par une voiture, au moment d’aller rejoindre sa femme sur le point d’accoucher. Ainsi, loin d’être uniquement décorative, la reconstitution de l’Amérique des années 50 passe aussi par la recréation de ce climat d’une société alors peu portée sur la sécurité routière. C’est le parfait exemple d’un travail de mise en scène aussi subtil que pertinent.

A l’instar de l’auteur de Wait ’til the sun shines, Nellie, Karel Reisz se place toujours à une juste distance de ses personnages. Il ne fait pas sien leurs rêves matérialistes mais ne les surplombe pas non plus avec le mépris facile de celui qui, en 1985, connaît évidemment les méfaits de la société de consommation. Les années 50 furent par excellence l’ère de la consommation heureuse et Reisz sait retranscrire  le bonheur d’une ménagère ayant trimé depuis son enfance qui vient d’acheter un four encastré lui permettant enfin de « voir la cuisson du poulet sans se baisser ». Dès qu’ils sont contents, les personnages fêtent la bonne nouvelle en allant claquer leur argent. Judicieusement contrebalancée par l’émouvante évocation de leur enfance quasi-misérable, la dérisoire aliénation qui est la leur est montrée mais ne sert pas à les discréditer.

L’histoire d’amour est également racontée avec une touchante justesse. S’avérant le contraire d’un puritain, Karel Reisz porte un regard droit sur les contradictions de ses protagonistes. L’amour sincère, la violence, la naïveté et surtout l’immaturité caractérisent mais ne réduisent pas leur conduite. On voit une femme se faire battre, on ressent évidemment de l’empathie pour elle mais Sweet dreams n’est pas un film « sur les femmes battues » et encore moins « contre les méchants maris ». Il faut saluer Ed Harris qui incarne les facettes les plus contradictoires de son personnage sans jamais faire douter de sa vérité humaine. Quant à Jessica Lange, elle est parfaite. Si la synchronisation de ses lèvres avec le chant de Patsy Cline est bluffante, elle fait oublier la performance du rôle « à Oscars » pour mieux faire ressentir l’humanité de la femme qu’elle interprète.

Bref, Sweet dreams est une sorte de film de Henry King revu par Pialat. Que l’on aime ou non la country, il mérite d’être vu.

Une bringue d’enfer (Fandango, Kevin Reynolds, 1985)

Avant le mariage ou le départ au Viet-Nam, la virée dans l’Ouest de quatre jeune diplômés.

Les multiples trouvailles de montage, la beauté évanescente de Suzy Amis, les embardées semi-oniriques, l’utilisation des grands espaces américains et, surtout, la finesse d’une narration suggestive plus qu’explicite insufflent un romantisme secret et rendent particulièrement attachante cette classique comédie de passage à l’âge adulte. Et il y a évidemment la révélation du grand Kevin Costner.

Vaudeville (Jean Marboeuf, 1985)

Un quadragénaire marié depuis vingt ans envie son meilleur ami cavaleur…

Noir et blanc esthétisant, personnages qui théorisent leurs sentiments mais qui ne vivent jamais, musique d’ascenseur… Vaudeville s’annonçait vu sa distribution (Guy Marchand, Jean-Marc Thibault, Roland Giraud…) et son sujet comme une agréable comédie de moeurs mais c’est en fait une prétentieuse et fort sinistre dissertation filmée.