The happy ending (Richard Brooks, 1969)

Après 16 ans de mariage, une mère au foyer s’enfuit. Comment en est-elle arrivée là ?

Ses fâcheuses tendances politico-sociologico-morales font parfois oublier aux cinéphiles la profonde sensibilité de Richard Brooks. Cette sensibilité avait la forme d’une finesse d’analyse psychologique rare dans le cinéma américain d’alors. Une finesse qui, en offrant toutes leurs chances à des héros aux personnalités ambivalentes, nuançait voire faisait complètement disparaître la lourdeur des pamphlets (ainsi de son chef d’oeuvre Elmer Gantry). En ce sens, The happy ending est typique des meilleurs films de Brooks.

Le film commence par des séquences de fête qui dressent un panorama amer de la famille américaine en présentant des couples qui forcent sur la codéine, la vodka et dissertent sur l’échec de leur mariage. Le discours sociologique est alors un peu trop démonstratif.  Cependant, peu à peu, le véritable sujet du film se dessine. A travers une narration audacieuse mais jamais clinquante qui utilise ellipses et flashbacks pour mieux faire l’introspection de son héroïne, Richard Brooks réalise un des plus beaux portraits de femme du cinéma américain. Une femme que la vie va forcer à confronter ses idéaux de jeune fille façonnés par Hollywood avec la réalité.

Cette femme est jouée par son épouse d’alors, Jean Simmons. Et c’est peu dire qu’elle porte le film sur ses épaules. Bien sûr, les collaborateurs techniques sont au top. De la belle photographie de Conrad Hall à l’entêtante musique de Michel Legrand qui a pour l’occasion signé un standard (What Are You Doing The Rest Of Your Life?), l’ensemble de la réalisation procède d’une élégance feutrée qui fait plaisir à voir tout en sécrétant une douce mélancolie. Mais ce qui rend The happy ending aussi précieux, c’est bien l’alchimie entre Jean Simmons et son réalisateur amoureux. Elle est superbe. La maturité fragile et rayonnante, elle est aussi belle à quarante ans qu’elle l’était à vingt, petit animal pervers et juvénile dans Un si doux visage.

Huit ans plus tard, Richard Brooks tournera une sorte de post-scriptum à The happy ending : A la recherche de Mr Goodbar, film aussi bon que son prédecesseur mais nettement plus désespéré.

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