La fille du Far-West (Cecil B. DeMille, 1915)

Dans l’Ouest sauvage, un shérif convoite une jeune fille entichée du bandit qu’il recherche.

Pour un amateur du genre, il est intéressant de constater que ce western vieux de plus d’un siècle -adapté d’une pièce de David Belasco, le mentor de De Mille, popularisée par l’opéra de Puccini- est un des moins manichéens qui existent. C’est comme si l’auteur se bornait à miser sur la fascination du public pour un monde sauvage, un monde d’avant la civilisation. Le récit est parfaitement amoral, caractéristique qui deviendra rarissime dans le western comme dans le cinéma hollywoodien en général. A la peinture de ce monde primitif correspond une technique primitive, encore marquée par le théâtre mais n’empêchant ni de belles prises de vue en extérieur ni quelques idées cinématographiques qui accentuent la dramaturgie (tel le découpage de la scène du poker décisif).

Le mensonge de Rio Jim (Keno Bates, Liar, William S. Hart, 1915)

keno-bates-liar-29

Après avoir tué un homme qui voulait le braquer, un tenancier de saloon s’occupe de la soeur de sa victime.

C’est ainsi que la subversion du manichéisme emblématique des westerns de William S.Hart prend ici des atours particulièrement surprenants et touchants. Le mensonge de Rio Jim est probablement un des plus beaux films de sa période « deux bobines » (une petite demi-heure).

The ruse (William H. Clifford et William S. Hart, 1915)

Un mineur de l’Ouest s’en va vendre sa production à Chicago mais ses acheteurs s’avèrent des gangsters.

Quand les intérieurs urbains remplacent les grands espaces du Far-West (et que de surcroît, le découpage est assez primitif), les films de William S.Hart sont quand même vachement moins bien.

Un lâche (The coward, Reginald Barker, 1915)

Au commencement de la guerre de Sécession, le fils d’une grande famille sudiste désespère son père en désertant.

La première partie, avec le fils qui signe son engagement sous la menace du revolver de son père, annonce une puissante tragédie psychologique comme les affectionnait Thomas Ince. Le découpage renforce l’intensité dramatique des scènes grâce notamment à une utilisation judicieuse du gros plan et de la profondeur de champ. La suite du récit, avec un conventionnel revirement du lâche, déçoit mais permet à Reginald Barker de déployer tout son talent de cinéaste: courses-poursuites, chevauchées et batailles rangées sont filmées avec une ampleur, une clarté et un dynamisme saisissants. L’acmé est une fusillade dans un salon où les balles éteignent les chandelles: le réalisme le plus brutal permet un contraste dramatique entre la lumière et l’obscurité. C’est grand.

Des pieds et des mains (Gaston Ravel, 1915)

Un homme fait une cour désespérée à une femme du monde…

Seuls les mains et les pieds des personnages sont filmés. Ce volontarisme formel qui préfigure les travaux de l’avant-garde française aussi bien que ceux de Robert Bresson évacue la théâtralité latente de l’intrigue. Une certaine beauté plastique émane de ce ballet de mains et de pieds mais il n’y a que dans une poignée de séquences -celle de la voiture surtout- que le dispositif apparaît arbitraire. Intéressant.

Regeneration (Raoul Walsh, 1915)

A New-York, un gangster se repend par amour…

Le récit schématique et moralisateur est d’autant moins convaincant que l’on ne voit jamais le gangster en question commettre de crime. Toutefois, ce récit est étayé par le réalisme brutal, mouvementé et parfois inventif (la fuite finale du méchant) de la mise en scène. A ce titre, ce premier long-métrage de Raoul Walsh est remarquable et annonce l’oeuvre à venir (The Bowery notamment).