Printemps dans une petite ville (Fei Mu, 1948)

La jeune épouse d’un homme malade voit revenir dans son village reculé un médecin qu’elle aima autrefois.

Ce drame implacable, entre Flaubert et Le facteur sonne toujours deux fois, est considéré comme un des meilleurs films de l’histoire du cinéma chinois. La cruauté sans fard avec laquelle est présentée la situation, l’abstraction d’un environnement réduit à une maison et un mur en ruines, la sinistre voix-off de l’héroïne et le jeu anti-sentimental de Wei Wei installent une ambiance étouffante mais cette ambiance est illuminée par la nostalgie refoulée d’un passé toujours vivace. La mise en scène de Fei Mu, qui impressionnait déjà par sa justesse et son refus de la caricature, se montre particulièrement percutante dans ces évocations aussi lyriques que subtiles. Voir par exemple la promenade de l’ancien couple cadré de dos au milieu d’un sentier ensoleillé. Sans que la parole ne soit nécessaire, les vas-et vient contradictoires de la jeune femme rendent joliment sensibles les tourments de son coeur. La froideur désespérée de la narration est ainsi équilibrée par l’inscription des personnages dans les beaux décors naturels qui donne une ampleur cosmique au drame intimiste. Enfin, le dénouement achève de montrer que cette odyssée mentale au sein de la noirceur humaine n’est pas complaisance nihiliste mais terreau nécessaire à une salvatrice prise de conscience. Printemps dans une petite ville est un très beau film.

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