Les révoltés du Clermont (Little Old New York, Henry King, 1940)

A New-York au début du XIXème siècle, Robert Fulrton débarque dans le but de faire construire le bateau à aubes qu’il a inventé.

C’est avec une habileté toute conventionnelle que Henry King mêle la romance, l’humour, la baston et l’édification dans cette reconstitution « 100% studio » du New-York circa 1807.

Campement 13 (Jacques Constant, 1940)

Une femme fait des ravages dans un campement de mariniers.

Ce seul film français réalisé par Jacques Constant est un titre atypique de la production de son époque. En plus d’être l’occasion d’un intéressant discours documentaire dans les premières séquences, le milieu des mariniers sur berge est un terreau dramatique des plus fertiles: pour le scénariste de métier qu’était Jacques Constant, il fut sans doute facile d’appliquer les bonnes vieilles recettes du mélo naturaliste à cette population masculine coupée du monde et confrontée à l’altérité féminine. Ainsi, plus qu’une étude entomologiste à la Becker, Campement 13 est un drame de la passion qui rejoue l’éternel schéma de la fille de mauvaise vie qui rend fou d’amour les braves gars, sans grande subtilité mais avec un beau sens de la dialectique et un lyrisme naïf matérialisé dans les dialogues qui touche juste à plusieurs endroits. A voir.

La roulotte rouge/La belle écuyère (Chad Hanna, Henry King, 1940)

Dans le sud des Etats-Unis en 1841, après avoir aidé un esclave à fuir, un palefrenier et la fille d’un propriétaire rejoignent un cirque itinérant…

Petite bluette au charme superficiel. Le superbe Technicolor à dominante rouge et or, la sobre délicatesse de Henry King à l’origine de quelques beaux moments (tel le premier baiser des mariés) et la qualité des comédiens assurent un spectacle agréable mais ne suffisent pas à étoffer un récit foncièrement pusillanime et conventionnel.

La comédie du bonheur (Marcel L’Herbier, 1940)

Un riche héritier évadé de l’asile où l’avait mis sa famille en raison de ses pulsions philanthropiques paye des comédiens pour faire croire à des jeunes gens malheureux qu’ils sont aimés.

La luxuriance des décors, signe distinctif de Marcel L’Herbier, n’a d’égale que l’ennuyeux statisme du déroulement d’une intrigue d’ailleurs pleine de poncifs. La comédie du bonheur, comédie pas drôle et vaguement pirandellienne, dispense cependant un plaisir rare: celui de revoir, dans un second rôle, Jacqueline Delubac.

Untel père et fils (Julien Duvivier, 1940)

De 1870 à 1939, l’histoire d’une famille française, les Froment.

Condenser 70 ans de guerres, de mariages et de conflits familiaux en 80 minutes (il  existerait une version de 114 minutes) ne va pas sans dilution à peu près totale de l’intérêt dramatique.  Les décors de studio et le défilé de stars accentuent l’aspect artificiel de ce projet commandé en haut lieu pendant la drôle de guerre. Au sein de ce navet officiel et insignifiant, je retiens quand même une scène: celle des retrouvailles de Raimu et Suzy Prim, portée par le talent des deux comédiens, qui trouve le temps et les répliques pour s’épanouir.

La valse dans l’ombre (Waterloo Bridge, Mervyn LeRoy, 1940)

Pendant une permission, un officier se fiance à une jeune danseuse.

Un mélodrame désolant d’académisme bourgeois. Le scénario a beau évoquer la guerre, l’attirance amoureuse plus forte que la convention sociale, la misère matérielle et même la prostitution, le film est aussi inoffensif qu’un Disney tant le style de LeRoy est plat. Voir par exemple comment la pudibonderie et l’absence d’imagination du réalisateur escamotent le drame de la fille obligée de vendre son corps pour se nourrir. Comment croire alors aux affres du remords qui suivront? On voit ainsi qu’un traitement académique appliqué au mélo n’est pas simplement l’absence de « transcendance » d’un quelconque matériau de base, c’est l’anéantissement pur et simple de ce matériau de base à force d’indifférence routinière. Avec une mise en scène aussi insipide, le sinistre ridicule de certaines péripéties est d’autant plus évident. Reste le charme de Vivien Leigh que la médiocrité du reste ne semble pas atteindre.